‹ Adolph MonodChapitre 93 sur 143 · PRÉDICATION DE LA CROIX · texte numérisé non relu

PRÉDICATION DE LA CROIX

ces discours imprimés, il manque la vie, et ceux-là seuls qui l'ont entendu peuvent savoir ce qu'implique ce mot: la vie. Ce qu'était en effet en chaire ce serviteur dévoré du zèle de la maison de Dieu, ce chrétien aux compassions infimes, qui aurait voulu se faire tout à tous, pour en gagner au moins quelques-uns; ce qu'était son regard, voilé d'une sainte tristesse, sa voix, toute vibrante de l'amour de Dieu et de la compassion de Jésus-Christ, qui semblait viser chacun, et l'atteindre dans les profondeurs de sa conscience, — ceux-là seuls le savent qui l'ont vu gravir les degrés de la chaire où il allait annoncer l'Evangile, comme s'il eût porté sur son cœur les péchés de ses auditeurs.

«0 croix de la prédication de la croix! qui d'entre mes auditeurs de demain soupçonnera que depuis lundi matin jusqu'à samedi fort avant dans la journée., j'ai réservé pour ma préparation tous les moments dont j'ai pu disposer, sans parvenir à rien trouver que je pusse leur communiquer avec foi, comme un message de Dieu, et sans savoir, à l'heure qu'il est, de quoi je parlerai demain! Cette inquiétude d'esprit, jointe à cette stérilité de travail... 0 croix de la prédication de la croix ! »

«L'amertume de la prédication est passée», disait-il souvent au retour de son service du dimanche soir.

« Les deux choses qui ont fait la force de ma pré-

dication, disait-il encore, je le dis en toute simplicité et devant Dieu, c'est d'une part que j'ai travaillé pour cela plus qu'on ne fait d'ordinaire ; et de l'autre cet esprit de mélancolie qui m'a poussé à creuser les choses spirituelles. Dieu est amour. »

Il donnait en effet à chacun de ses sermons une forle préparation, méditant sur un sujet quelquefois des semaines avant de le traiter; et consacrait spécialement la journée du samedi soit au travail soit à la prière, en vue de la prédication du lendemain.

Il écrivait ses sermons, tantôt avant de les prêcher, tantôt après; dans les dernières années de sa vie , il les écrivait le plus souvent après ; et lorsque le temps lui manquait pour reproduire certaines prédications avec tous leurs développements, il en conservait les principales idées dans des analyses développées , dont quelques-unes étaient rédigées avec soin et de manière à former un tout complet.

Une grande épreuve le frappa ainsi que toute sa famille, en 1 851 : nous voulons parler de la mort de Mme Monod mère. Depuis nombre d'années elle se partageait entre ses enfants, passant une partie de l'année chez elle à Paris, et l'été au Havre, où deux de ses fils et une de ses filles étaient établis. Les remarquables facultés intellectuelles et morales dont Dieu l'avait douée, n'avaient en rien souffert du

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