‹ Adolph MonodChapitre 96 sur 143 · ACTIVITE PASTORALE · texte numérisé non relu

ACTIVITE PASTORALE

Église, mais un peuple spirituel), et qui puisse fournir à notre prédication l'appui que celle des apôtres trouvait dans l'Eglise primitive de Jérusalem. Je fais en ce moment une série de discours sur saint Paul, qui tendent vaguement à ce but... Oh! que je sens bien qu'il ne me faudrait, pour être heureux et saint, que de croire en Jésus-Christ avec la foi de Paul, et de vivre, comme Paul, de sa communion et de la prière !

Cette année-là et les deux suivantes furent peutêtre celles de la plus grande activité pastorale et oratoire d'Adolphe Monod, au dedans et au dehors, où il était sans cesse appelé pour des prédications, des services de consécrations, de dédicaces, etc. Cependant il commençait dès lors à sentir un certain déclin de ses forces :

« Il n'y a personne ici qui ne se réjouisse sincèrement de vous revoir, écrivait-il à un ami, à commencer par le père et la mère, vos vieux amis qui commencent à se sentir vieillir, petit à petit. Cesl le chemin de toute la terre. Le cœur pourtant n'est pas du voyage.

« Notre fête de Pâques a été plus animée que de coutume ; le temple où j'ai prêché était plus que plein; l'auditoire recueilli; les communiants plus nombreux que les années précédentes, et la collecte plus abondante. J'ai lieu de croire qu'il en a été de même partout.

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«Je ne prolonge pas la conversation, par une raison que j'ai apprise du bon saint Jean. (3 Jean, 43, 14). J'adopte pour salutation le v. 15, et vous dis adieu dans cet esprit. »

Et au mois de septembre: «J'ai prêché avec liberté sur Psaume LY, 7 : dans l'agitation présente, chercher son lieu de repos en Jésus-Christ. Quelques témoignages m'ont prouvé que ce discours a fait du bien; mais F., qui m'a entendu à Blois, et B. ici, m'ont trouvé l'air et l'organe fatigué. Jls me comparent avec ce qu'ils m'ont vu autrefois, et ne peuvent me retrouver. Je crois en effet que ma force physique et oratoire a décliné. S'il en est ainsi, puissé-je éprouver 2 Cor. XII, 10! »

Parfois lorsqu'il avait un travail urgent à faire, ou un sermon à écrire, il fuyait les interruptions de Paris, et cherchait quelques jours de repos de corps et d'esprit à la campagne, choisissant pour cela des endroits où son ministère pouvait s'exercer d'une manière utile et sans trop de fatigue. Il était grand admirateur des œuvres de Dieu, et jouissait à la fois des beautés de la nature et de l'affection de ses amis chrétiens.

Villers-Cotterets , 16 Mai 1851. — ...Nous rentrons d'une promenade en voiture dans la forêt, avec Mme Pelet et M. Salanson. Nous avons visité les restes (ce ne sont pas même des ruines) de la tour

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de Uéaumont, point culminant de la forêt. Un lac d'arbres, ou plutôt une mer, car il y en a à perte de vue, sur un sol montueux et déchiré; des hêtres montant au ciel, droit comme des colonnes, vraies colonnes en effet du temple de la nature, vieux de quatre ou cinq siècles, hauts de près de cent pieds, si ce n'est plus, avec la violette, la pervenche, la reine des bois croissant à leur pied et sous leur ombre; des houx, parmi lesquels nous avons rôdé en vrais braconniers pour choisir une canne ; et au milieu de tout cela, causant, entre l'admiration et le braconnage, avec cette femme au cœur d'or, à l'esprit supérieur, à la parole éloquente, à la foi enfantine qu'on appelle Mme Pelet... Mais me voila lancé dans ma phrase et ne sachant comment en sortir, forcé que je suis d'être court pour arriver à temps à la poste, et me préparer à l'humble nécessité du dîner par la vaine réalité de la toilette. Charmante promenade! séjour délicieux! Je ne sais quand j'en sortirais, sans ce diaconat de mardi soir. Mon sermon ne bat que d'une aile. Je l'écris à bâtons rompus, sans ni 'imposer aucune gêne. Mon temps n'est pourtant pas perdu pour le service de mon Maître, j'aime à le croire; je puis faire du bien aux autres, et le Seigneur m'en fait a moi-même.

Paris, 18 Juillet 1851. — J'admire, chère Madame, écrivait-il a Mllle Pelet, quelques semaines plus tard, comment vous avez pu trouver que la

reconnaissance est de votre côté, pour la semaine que vous m'avez fait passer à Villers-Cotterets. Je ne me la rappelais que comme quelques-uns de ces jours précieux et rares, qui comptent dans la vie et qui demeurent dans le souvenir par le bien qu'ils font à la fois au corps et à l'âme, au cœur et à l'esprit. Mais l'amour fraternel explique bien des choses. Il donne et il accepte; il se plaît à donner, et il se plaît à accepter. Je veux bien vous laisser toute votre reconnaissance, pourvu que vous me laissiez la mienne ; et nous rivaliserons, si vous le voulez bien, de zèle pour nous faire mutuellement du bien dans le Seigneur.

Heureux entre tous qui donnera à ses frères, dans ces temps de faim et de soif pour la justice, l'exemple de la faim et de la soif apaisées dans la communion non interrompue avec le Seigneur, et dans la conformité sans réserve à sa volonté !

Au commencement de septembre la première assemblée œcuménique régulière de l'Alliance Évangélique le ramena en Angleterre. Ce fut son dernier voyage dans ce pays, où il fut reçu de la manière la plus cordiale par ses excellents amis Sir Gulling et Lady Eardley.

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