DERNIER VOYAGE EN ANGLETERRE
A Lady Eardley.
Paris, 13 septembre 1851.
Mylady et honorée sœur dans le Seigneur,
La reconnaissance est parfois lente dans son expression, sans être pour cela moins sincère: j'en suis la preuve. Gomment ai-je pu attendre une semaine entière avant de vous dire combien mon cœur est pénétré de vos bontés à vous et aux vôtres, pour moi et pour les miens? Mon trop court séjour à Belvédère restera gravé doucement dans mon souvenir comme un gage d'hospitalité chrétienne et d'amour fraternel; et si je ne craignais de dire une trop grande hérésie en présence de celui à qui Dieu vous a donnée pour femme, j'ajouterais que j'aurais encore plus joui de mon excursion à Belvédère, si la grande Conférence de Londres n'y était venue troubler mon charmant repos. Votre activité anglaise me tue ; je suis rentré au logis épuisé de corps et d'esprit; et plus disposé, si je m'écoutais, à dormir qu'à travailler... J'espère toutefois que, de toute manière, comme repos de Belvédère et comme exertion de Freemason's Hall, mon petit voyage en Angleterre m'aura été vraiment salutaire. Mon âme a été particulièrement rafraîchie dans le Seigneur par cette communion du 3, et cette journée du l\\ journée délicieuse, pour laquelle je ne saurais assex
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remercier Sir Culling de m'avoir retenu. C'est le meilleur de mes jours à Londres. Veuillez dire à mon respectable et honoré ami que, pour la publication des discours prononcés, tout en lui donnant mes pleins pouvoirs, je suis de ceux qui pensent qu'il convient de maintenir dans cette publication cette diversité des langues qui a fait le caractère de notre triple prédication. Je lui enverrai mon discours en épreuve, aussitôt que corrigé, avec les quelques lignes d'introduction que j'y ai ajoutées à Tower Church 1.
Et maintenant, chère madame et sœur, j'implore sur vous, sur votre excellent mari, sur vos chers enfants et sur toute votre maison, y compris ma propre fille, à laquelle j'envoie ma tendre et paternelle bénédiction, toutes les bénédictions que peut souhaiter un ami qui vous aime d'un cœur vrai, et selon le Seigneur.
Après quelques semaines passées à Paris, il dut se rendre à Divonne, et y faire une cure prolongée pour se préparer à un laborieux hiver. Là,
1 A la suite des Conférences de Londres, Sir Culling Eardley désira que trois de ses amis, qu'il avait eus en séjour chez lui, prêchassent chacun dans sa langue, en anglais, en allemand et en français, dans l'église de Tower Church qui dépendait de sa propriété. MM. les pasteurs Th. Binney, Krummacher et Adolphe Monod accédèrent à son désir, et les trois sermons furent imprimés en un volume sous le titre de Tower Church Sermons.
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il retrouva son frère et sa belle-sœur, M. et Mme Frédéric Monod. Il n'en revint que vers la fin de novembre.
23 Octobre 1851. — ...Mardi, promenade en compagnie à Crassier, paroisse actuelle de Taillefer ; et hier dans la même compagnie, nous sommes allés prendre le thé chez Lise Noguet, dont le traité: Marie, ou les deux jambes de bois, est l'histoire exacte, qu'on a seulement eu le tort d'imprimer de son vivant. Elle nous a donné un excellent repas champêtre, et fait passer un après-midi des plus intéressants. A soixante-cinq ans, marchant sur deux jambes de bois, mais sans béquilles, sourde à ne pas entendre un coup de canon, elle est heureuse, gaie, aimable, pleine qu'elle est de la vie du Saint-Esprit. Elle a été d'autant plus heureuse de me voir que mon sermon Qui doit communier? que le gendarme Pichonnaz lui avait donné, a contribué à l'éclairer à salut. Elle supplée à l'ouïe qui lui manaue en observant le mouvement des lèvres; si bien que Frédéric a causé un quart d'heure avec elle, par demandes et par réponses, sans se douter qu'elle fut sourde. C'est à n'y pas croire.
Dès le mois de mai l'année suivante, du 16 au 26, Adolphe Monod entreprenait une tournée de prédications en Alsace, notamment au Ban de la Roche, à Mulhouse et à Strasbourg.
Avant son départ il avait échangé quelques lettres avec les pasteurs de différentes localités où les chaires lui étaient offertes avec empressement, et il écrivait à M. le pasteur Bernard, de Mulhouse, qu'il ne connaissait pas encore :
A M. le Pasteur Bernard.
Paris, Mai 1S52.
...Votre lettre n'en a pas moins pour moi un charme particulier, cher Monsieur. C'est un des organes de ces amis inconnus que se fait, sans le savoir, un homme qui annonce publiquement l'Evangile. Moins vive ou moins sensible que l'affection des amis connus, la leur a je ne sais quoi de délicat, de spirituel, d'indéfini, qui plaît à mon cœur. Je m'appuie sur eux avec une confiance qui, pour être un peu vague, n'en est que plus abandonnée, et je crois sentir qu'ils s'appuient également sur moi, dans le Seigneur. J'aime à prier pour eux et à me dire qu'ils prient pour moi. Je me disque, par la grâce de Dieu, je leur ai fait quelque bien ; car c'est par là que notre relation a commencé, et sans cela nous ne nous serions pas rencontrés dans cette vie intérieure qui fait notre seul lien. Eh ! qui sait si notre relation essentielle gagnerait à échanger ce lien contre un autre plus palpable, plus engagé dans les conditions de temps et d'espace? Il me semble parfois, quant à moi, que ceux qui ont l'insigne