ADAM ECRIVAIN
Adam a beaucoup écrit, nous avons eu l'occasion de le voir. Dès la fondation de la Gazette musicale de l'éditeur Schlesinger, il prit part à la rédaction de ce journal, qui comptait parmi ses collaborateurs Berton, déjà très-vieux à cette époque, Halévy, Berlioz, Joseph Mainzer, Stœpel, Anders, conservateur du dépôt de la musique à la Bibliothèque royale, Castil- Blaze, d'Ortigue, Stéphen de la Madeleine, Adrien de la Fage, Henri Blanchard, Georges Kastner, Rellstab, F. Danjou, Liszt, Maurice Bourges, Panofka,etc.,etc. Ses articles dans ce journal n'ont cependant jamais été très-nombreux, et Adam, comme Halévy, semblait plutôt les écrire pour se délasser de ses autres travaux, tandis que Berlioz, qui se rendait parfaitement compte de l'utilité de la plume du critique, s'en servait pour aider chez lui celle du compositeur. C'est dans la Gazette musicale qu'Adam rendit compte de la cérémonie funèbre de Boieldieu, à Rouen, et qu'il publia son petit récit sur la Répétition générale d'Iphigénie en Tauride. Lorsque se fonda la France musicale, il donna aussi quelques articles à cette feuille, et c'est là qu'il publia, à son retour de Saint-
Pétersbourg, ses Lettres sur la musique en Russie; on y trouve aussi des notices nécrologiques signées de son nom sur Blangini, Turcas, Cherubini, Jenny Colon, et des comptes rendus des albums de~ Théodore Labarre et de madame Loïsa Puget; enfin, c'est dans la France musicale qu'il donna ses deux études sur Monsigny et sur Rameau, cette dernière reproduite plus tard par la Revue contemporaine. On rencontre encore quelques articles d'Adam dans le Monde dramatique, dans la Revue pittoresque, et aussi dans les Guêpes de M. Alphonse Karr, qui contiennent (n° de février 4842) une notice nécrologique de lui sur Henri Karr, père de cet écrivain '..
Toutefois, Adam ne fut, jusqu'en 1849, qu'un littérateur amateur. Ce n'est qu'à partir de ce moment qu'il devint un critique militant, par suite de la proposition que lui fit le docteur Véron de remplacer momentanément Fiorentino, pendant une absence de celui-ci, comme feuilletoniste musical du Constitutionnel. Au bout de quelques mois, Fiorentino était de retour et reprenait ses fonctions; mais presque aussitôt Adam entrait en la même qualité au journal l' Assemblée nationale, où il fit régulièrement son feuilleton jusqu'à sa mort. Et d'ailleurs, s'il ne fit plus de critique courante au Constitutionnel, cela ne l'empê-
1. Le Spectateur, revue politique et littéraire qui fit son apparition au commencement de 1854 et qui n'eut qu'une courte existence, citait au nombre de ses collaborateurs Adolphe Adam et Halévy. Je ne sais si, en effet, Adam prit une part à la rédaction de ce journal.
cha pas d'en rester le collaborateur, car c'est à dater de cette époque qu'il y donna, en feuilleton, quelques-unes de ses plus jolies études musicales, entre autres celles sur Gossec et sur Berton, et aussi un travail intitulé Sediane et Duni (3 et 4 septembre 1 850), qui n'a pas été reproduit dans 4es deux volumes de Souvenirs d'un Musicien.
Mais si les diverses monographies qui ont été réunies dans ces deux volumes sont pleines d'intérêt, les articles purement critiques d'Adam ne sont pas moins dignes d'attention. Il faut en avoir lu la série complète, comme je l'ai fait moi-même, pour se rendre compte de sa valeur intellectuelle, de ses idées particulières en matière d'art, pour découvrir les principes très-arrêtés, les doctrines souvent très-étudiées et très-sérieuses de cet esprit en apparence frivole et léger, qui semblait tout devoir à l'impression nerveuse et à la spontanéité. Adam, musicien pratiquant, était doublé d'un critique très-lucide et trèsexpert, souvent plein de surprises et d'inattendu. Aussi peut-on dire que l'un complète l'autre, et qu'on ne connaît qu'à demi le compositeur lorsqu'on n'a pas fréquenté l'écrivain. A ce dernier point de vue, la grande qualité d'Adam — qualité rare! — était la sincérité. De plus, il faut avouer qu'il possédait, en ce qui concerne la poétique générale de l'art et la variété de ses manifestations, une largeur de vues qui n'est pas Papanage ordinaire des artistes militants lorsque le hasard ou les circonstances leur mettent
une plume en main. Inférieur à Berlioz en tant qu'écrivain proprement dit, maniant la langue avec grâce mais non sans de fréquentes incorrections, il lui est bien supérieur à cet égard, et son horizon artistique est autrement étendu. Je n'en veux pour preuve que la sympathie qu'il témoigna en plus d'une occasion, lui, simple auteur d'opéras-comiques, à Berlioz lui-même et à M. Reyer, et surtout l'admiration qu'il ne cessa d'exprimer pour M. Gounod, dont on peut dire qu'il a singulièrement pressenti le génie, bien qu'il ne lui ait pas été donné d'assister à sa complète efflorescence. On conviendra cependant que le tempérament d'Adam, en tant que compositeur, était assez éloigné de ressembler à celui de ces trois artistes. Je ne veux pas dire assurément qu'Adam ne se soit jamais trompé, — qui ne se trompe, en matière de critique? — je ne prétends point qu'il fût exempt 4e préjugés, mais je maintiens qu'il avait l'esprit très-large, très-ouvert, et qu'il était doué d'un éclectisme beaucoup plus ample qu'on n'eût pu le supposer.
Au surplus, j'ai pensé qu'on ne lirait pas sans intérêt quelques-unes des appréciations générales d'Adam sur les musiciens remarquables qui étaient ses contemporains et dont, en tant que critique, il a été appelé à s'occuper. J'ai donc réuni ici plusieurs des jugements portés par lui sur ces artistes, entre autres sur Auber, Berlioz, MM. Gounod, Henri Reber, Ambroise Thomas, Verdi, Ernest Reyer, etc. On trouvera
dans ces fragments, choisis avec soin, la preuve de ce que je viens d'avancer, et je crois que cette lecture ne pourra qu'inspirer plus d'estime encore et plus de sympathie pour le caractère et pour le talent de ce musicien distingué. Il va sans dire que je me suis efforcé, dans les limites du possible, de ne reproduire ici que des appréciations qui, sans exclure absolument la critique de détait, pouvaient surtout faire connaître l'opinion d'Adam non pas sur telle ou telle œuvre de tel ou tel artiste, mais sur ces artistes euxmêmes, sur leurs facultés générales, enfin sur leur talent considéré dans son ensemble.