Assemblée nationale du 4 décembre
morceau est excellent, mais il doit cependant le céder aux deux qui suivent. L'andante débute par une phrase de grande haleine, et d'une pureté et d'une quiétude admirables. Les développements sont extrêmement ingénieux, et puis tout cela est si clair, si net, si bien arrêté! Les menuets ne sont pas moins bien réussis, et se distinguent par les mêmes qualités. Le finale, dont le mouvement était peut-être un peu trop précipité, a produit moins d'effet. Puisqu'il en est ainsi dans toutes les symphonies, puisque presque toujours ce n'est que dans le second et le troisième morceau que l'on parvient à captiver l'attention et les suffrages du public, pourquoi ne pas changer cette coupe? Elle fut adoptée par Haydn, continuée par Mozart et leurs imitateurs et bien peu modifiée par Beethoven. N'a-t-elle pas fait son temps, depuis un siècle qu'elle est en usage, et n'y a-t-il pas moyen de rien trouver de plus satisfaisant? Je livre ces réflexions à M. Gounod. Il est malheureux que des tentatives aussi généreuses, aussi grandes, aussi désintéressées que celles des compositeurs qui, pour le seul amour de fart, entreprennent un travail aussi sérieuxque celui qu'exige lacomposition d'une symphonie, il est malheureux, dis-je, que ces efforts ne soient pas mieux récompensés, et que l'enthousiasme du public ne seconde pas davantage l'enthousiasme des artistes ; mais peut-être cette indifférence cesserait-elle si des idées nouvelles n'étaient pas obstinément renfermées dans un cadre usé et vieilli, et si tout s'accordait pour faire ressortir l'originalité de l'invention et de la combinaison? Un jour viendra, sans doute, où l'on rendra justice complète à M. Gounod et où on le proclamera le premier symphoniste français. Je ne veux pas attendre jusqu'à ce jour pour lui dire que l'Allemagne serait bien fière si elle possédait un compositeur qui sût, comme lui, être maître à la fois de ses idées, de son orchestre et de son public. C'est alors qu'elle pourrait se vanter, à juste titre, de
produire la musique de l'avenir; mais celle qu'elle affuble de ce titre me fait l'effet de n'être celle d'aucun pays ni d'aucun temps, ni passé, ni présent, ni futur '.