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Assemblée nationale du 8 mai

consistent en œuvres instrumentales très-remarquables et en quelques mélodies pleines de charme et de naïveté. Il s'essaya d'abord, pour le théâtre, dans un acte de ballet, le Diable amoureux. La musique de ballet demande des qualités opposées à celles qu'on exige d'un musicien symphoniste et que possède M. Reber. Il faut pour le ballet du brillant, du laissez-aller, des rhythmes accusés, point ou très-peu de développements, pas de détails d'orchestre, rien que de la musique saisissante et tout à fait en dehors. AI. Reber apporta de l'élégance, de la finesse, de la recherche; sa musique fut appréciée des artistes et des musiciens de l'orchestre, mais peu goûtée par les amateurs de ballets.

Plus tard, M. Reber a donné un opéra-comique en trois actes, la Nuit de Noël, où mademoiselle Darcier remplissait le principal rôle. Dans cette œuvre on admira encore le musicien consciencieux et de bon goût, mais on aurait désiré un sentiment dramatique plus prononcé : l'orchestration, quoique fort habile et savamment disposée, avait paru un peu terne. Enfin, aux concerts de la Société de Sainte-Cécile, M. Reber fit entendre une ouverture qu'il intitula Naîm, et où se trouvaient réunis la verve, le brillant et l'éclat, dont l'absence avait nui aux premières œuvres de l'auteur. On comprit dès-lors tout ce que l'on pouvait attendre de son talent, et ces espérances se trouvent réalisées dans la partition nouvelle qu'il vient de nous donner (le Père Gaillard).

Rien au premier abord n'aurait paru moins sympathique aux habitudes du compositeur que ce livret, où les chansons et les occasions de musique gaie l'emportent sur les motifs à andante et sur les situations dramatiques. Cependant, ce sont les morceaux qu'on l'aurait cru le moins capable de bien faire, où M. Reber a le mieux réussi. L'introduction, où trois airs d'un rhythme différent se trouvent réunis avec un bonheur de science bien

rare, un septuor dont la strette est charmante, différents couplets de demi-caractère, un délicieux trio de femmes d'une suavité et d'un charme inexprimables, un finale habilement disposé, mais surtout un ravissant petit air de scène au troisième acte, dans la meilleure manière des meilleurs maîtres, puis un excellent duo et bien d'autres morceaux peut-être, dont la nomenclature plus que le souvenir échappe à ma mémoire; voilcà ce que le public s'est empressé d'applaudir dans le nouvel opéra. Il y a dans cette œuvre un très-grand progrès au point de vue de la scène : par ses travaux et ses études premières, l'auteur semblait peu disposé à adopter le style qui convient au théâtre, mais il y est parvenu cette fois, eti a parfaitement réussi. Sauf quelques récitatifs assez intempestifs qui ôtent à la musique l'allure dégagée qu'elle doit avoir dans un sujet de ce genre, toute la partition est parfaitement entendue au point de vue scénique, et je ne saurais trop louer le compositeur de cette réussite qui lui était peut-être moins facile qu'à un autre.

J'allais continuer cette appréciation de la musique de M. Reber, lorsqu'on m'apporte un journal où l'on fait de son œuvre un éloge très-mérité, auquel personne plus que moi n'est disposé à s'associer. Mais il y a des gens ainsi faits, qui, se voyant obligés de jeter de l'encens d'une main, croient ne pouvoir se dispenser de jeter quelques pierres de l'autre. Ainsi, l'auteur de l'article que je lis divise les compositeurs en deux catégories : les uns sont les musiciens honnêtes, méprisant souverainement le goût du public, et ne composant leur musique que pour eux et leurs amis, s'ils en ont; les autres sont les fripons qui croient que la musique est faite pour plaire à ceux pour qui on l'écrit, et qui s'efforcent de donner au public ce qu'il aime et ce qu'il désire. Il est bien entendu que c'est îe public qui a tort, et que la musique dont il ne veut pas est la seule bonne. L'auteur du feuilleton fait à

M. Reber l'injure de le compter dans la première catégorie.

Si l'on veut ainsi diviser les musiciens en musiciens honnêtes et en musiciens qui ne le sont pas, il est trèsvrai que ceux que l'on appelle honnêtes n'ont pas à se reprocher d'avoir jamais soutiré l'argent du public, qui fuit leurs œuvres comme la peste, tandis qu'il achète très-volontiers le droit d'admirer et d'applaudir la musique des musiciens même désintéressés. De cette façon, les génies incompris auront seuls le droit de rester parmi les musiciens honnêtes. Pour moi, la seule chose que je comprenne des génies incompris, c'est qu'ils ont peu de talent et point du tout de génie.

Mais l'auteur de l'article va plus loin : il termine son éloge (très-mérité, je le répète) de l'œuvre de M. Reber, en prétendant que le succès de sa partition est un bonheur pour l'art et les compositeurs. Pour l'art, je le veux bien : il est heureux, en effet, qu'un homme du talent de M. Reber ait assez étudié les œuvres des modèles et de ses confrères pour arriver à écrire une œuvre dramatique dans des conditions susceptibles ; mais pour les compositeurs? Quel bonheur y a-t-il pour Rossini, par exemple, à ce que M. Reber ait basé son finale du deuxième acte sur un motif de l'introduction du Moïse français? Et quel bonheur pour M. Auber, que ces charmants couplets : Je voulé pas, de Fra-Diavolo, aient servi de calque à la mélodie verveuse et piquante que M. Reber fait chanter au troisième acte à la servante Marotte ?

Que M. Reber me pardonne de relever ces réminiscences involontaires, que j'aurais passées sous silence, sans le pavé maladroit qu'on vient de lui jeter à la tête. Dire qu'il y a progrès et talent dans l'œuvre de M. Reber, c'est rendre justice à la vérité, mais prétendre que cette partition doive faire une révolution dans l'art et doive servir de modèle à ceux dont les œuvres sont, à juste

titre, en possession de la faveur générale, c'est pousser la plaisanterie adulative un peu trop loin '.

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