‹ Adolphe AdamChapitre 35 sur 63 · AUBER · texte numérisé non relu

AUBER

C'est par erreur qu'il a été dit que M. de Planard

avait donné le premier opéra à Auber. Le premier ouvrage d'Auber, intitulé le Séjour militaire, était de Bouilly; il fut représenté en 1813 et n'eut qu'un très-médiocre succès. La pièce a été reprise sous la direction de Pixérécourt; je l'ai vu représenter. Le sujet a quelque analogie avec le charmant vaudeville que Scribe donna quelques années après sous le titre du Nouveau Pourceaugnac . Dans la musique, il n'y a guère qu'un petit chœur de table dont le motif soit un peu saillant. C'est du second ouvrage d'Auber, le Testament et les Billets doux, que M. de Planard avait composé les paroles. Cet opéra en un acte fut joué en 1818 : il n'eut pas de succès. Je ne connais pas la pièce, mais j'en connais la musique, et elle est inférieure à celle du Séjour militaire. On raconte qu'à la première représentation, pendant qu'on sifflait assez vertement dans la salle, M. de Planard se désespérait dans la coulisse et disait à qui voulait l'entendre : — « Est-il possible que j'aie été confier à un si médiocre musicien un poëme magnifique, en trois actes, qui ferait la fortune d'un compositeur de talent, et qu'il me fera tomber comme cet ouvrage-ci !»

Deux ans après, en 1820, on représentait le poëme magnifique de la Bergère châtelaine : la pièce était quelque peu sifflée, ainsi que l'avait prévu le poëte, mais non pas à cause de la musique, bien au contraire : il y avait eu transformation complète chez le compositeur. Le premier chœur était bissé, et deux ou trois autres morceaux, restés populaires, obtenaient le même honneur. Emma fut le troisième et dernier ouvrage où s'arrêta la collaboration d'Auber et de Planard. Le succès fut cette fois aussi

grand pour le poëte que pour le musicien. Cette petite anecdote ne prouve-t-elle pas qu'il faut être indulgent pour les débutants, et qu'on doit d'autant plus savoir gré aux auteurs qui confient des sujets aux jeunes compositeurs, que ceux-ci font quelquefois profiter de moins hardis et de plus heureux des bénéfices du talent qu'on leur a donné le moyen d'acquérir1?

J'ai dit qu'Auber était alors amateur (lors de la

représentation de ses deux premiers ouvrages); il avait, en effet, de la fortune, ou du moins croyait en avoir parce que son père avait toutes les apparences de l'aisance que peut donner un commerce florissant. Il fit donc graver, à ses frais, les deux partitions de ses opéras tombés, et c'est à son amitié que j'en dois le cadeau. Elles figurent dans ma bibliothèque à côté des nombreuses et brillantes sœurs dont elles étaient loin défaire présager la venue, et j'en ai quelquefois conseillé la lecture à de pauvres élèves qui se décourageaient de ne pas faire de progrès assez rapides, et qui désespéraient de posséder jamais la fécondité mélodique, sans laquelle il est bien difficile de réussir au théâtre.

Peu de temps après avoir donné ces deux ouvrages, Auber perdit son père, et sur-le-champ s'évanouirent les espérances d'indépendance et de fortune qu'il avait caressées depuis son enfance. Il ne lui restait rien qu'une mère et une sœur dont il devait être le soutien et l'appui. La musique, qu'il n'avait cultivée qu'en amateur, était sa seule ressource, et c'est à elle qu'il eut recours. C'est dans les premiers mois de Tannée 1820 qu'eut lieu la première représentation de la Bergère châtelaine, opéra-co-

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