‹ Adolphe AdamChapitre 4 sur 63 · France musicale du 25 mai · texte numérisé non relu

France musicale du 25 mai

Cependant, Adam continuait à travailler sérieusement avec Boieldieu, et se préparait à concourir à l'Institut pour le prix de Rome. On sait que cette récompense, à défaut d'une utilité qu'on paraît avoir un peu -trop contestée, a du moins pour effet d'exempter du service militaire le jeune artiste qui l'obtient avant d'avoir été appelé sous les drapeaux. Halévy, Théodore Labarre, Panseron et quelques autres se sont trouvés dans ce cas. Adam, qui savait ne pouvoir compter sur son père pour se faire remplacer, songeait à l'avantage qui résulterait pour lui d'un concours heureux. C'était en 1824 ; il venait de tirer au sort, avait amené un mauvais numéro , et il s'apprêtait à subir l'épreuve , ayant plus le désir que l'espoir d'obtenir un prix.

Cependant, dit-il, comme je n'étais pas sûr de l'obtenir une première année, je me mis en quête de moyens d'exemption. J'avais la vue assez faible. Je me mis des

lunettes qui m'abîmèrent les yeux! J'avais eu, deux ans auparavant, un mal au doigt assez grave; M. Dupuytren m'avait opéré, mon mal guérit, mais mon doigt resta faible et estropié; aujourd'hui encore je ne puis l'étendre, quoiqu'il ne me gêne en rien pour le piano. Je fus chez le grand chirurgien, qui n'était pas aimable tous les jours; je lui expliquai mon embarras, mes craintes, et je lui demandai un certificat qui attestât la faiblesse de ma main. Voici ce qu'il m'écrivit :

« Je certifie avoir fait à M. Ad. Adam l'opération d'une tumeur au doigt, dont il est parfaitement guéri. »

Il était inutile de porter ce certificat au conseil de révision. Je courus chez Gherubini. — Monsieur, lui dis-je, vous pouvez me rendre un grand service, peut-être me faire exempter. — Eh! que veux-tou que z'y fasse? me répondit-il peu gracieusement.— Ecrivez-moi une attestation qui prouvera que je donne des espérances comme compositeur, et cela, signé par vous, me sauvera, je l'espère.—-Ma, tou n'en donnes pas doit tout d'espérances, malheureux ! mecrie-t-il en colère. Enfin, ze vais tout de même te faire oun certificat.

J'étais habitué aux brusques sorties de Cherubini et, du moment qu'il consentait à écrire ce que je lui demandais, je n'avais pas le droit de me blesser.

— Tiens, me dit-il, voilà ton certificat.

Je le remerciai et sortis tout content. A peine hors de son cabinet, je m'empressai de le lire ! Voici ce qu'il contenait :

« Je certifie que l'élève Ad. Adam suit exactement les classes du Conservatoire. »

Je pouvais mettre ce certificat avec celui de M. Dupuytren. — Ma petite taille et mes lunettes me servirent davantage : Je fus exempté.

Adam fit bien de ne pas compter absolument sur

l'Institut en cette circonstance. Bien que le concours ne fût pas complètement nul pour lui, il n'obtint cependant qu'une mention honorable, tandis que le premier prix était décerné à M. Barbereau, et le second à Guillion. La scène de concours était intitulée Agnès Sorel, et l'auteur des paroles était Vieillard1. Il fut plus heureux l'année suivante, mais non satisfait, ainsi qu'on peut le voir par ces lignes :

Boieldieu me conseilla de tenter encore une fois le concours de l'Institut. J'entrai en loge en 1825: la scène était Ariane2. Je sortis le premier, je fis entendre ma scène à Boieldieu, qui en fut content et m'assura qu'elle méritait un premier prix. Mais le jury ne fut pas de son avis, et, quoique je fusse chanté par mademoiselle Cinti, depuis madame Damoreau, je n'obtins que le deuxième second grand prix. Boieldieu fut désespéré de mon succès, il me fit jurer de ne plus concourir, et il eut raison. Pendant que mes heureux rivaux, Barbereau, premier prix de 1824, et Paris, premier prix de 1825, étaient en Italie, je me faisais une place à Paris. Dix ans plus tard, Barbereau était chef d'orchestre au Théâtre-Français, Paris, chef d'orchestre au Panthéon; ni l'un ni l'autre n'était arrivé

1 . (( A cette époque, dit Adam, la cantate n'était que pour une voix; c'était difficile, ennuyeux et monotone à faire. i> Ce n'était donc guère qu'un air, précédé d'une introduction et d'un récit plus ou moins développé. On sait qu'aujourd'hui les cantates de concours sont à trois personnages, et contiennent au moins un air, sinon deux, avec un duo et un trio.

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