‹ Adolphe AdamChapitre 5 sur 63 · Ariane à Naxos, paroles de Vinaty · texte numérisé non relu

Ariane à Naxos, paroles de Vinaty

au théâtre, et moi je donnais le Chalet, dans lequel j'avais mi» toute ma scène d'Ariane! Le public me vengea du jugement de l'Institut.

Ce dernier trait n'est pas généreux, et nous ne pouvons dire aujourd'hui si la plainte d'Adam était légitime. De quelque talent qu'il ait pu faire preuve dans son concours, ses rivaux en avaient peut-être déployé davantage encore, et le jugement de l'Institut pouvait, après tout, être équitable. Mais nous savons tous combien sont douloureux, dans l'extrême jeunesse, ces froissements d'amour propre, et qu'en de telles circonstances les récriminations restent excusables, alors même qu'elles sont injustes.

Je ne m'arrêterais pas davantage sur un fait d'ailleurs peu important, si Adam n'avait fait publiquement, trente ans plus tard, et relativement à ce concours, un aveu qu'il n'est pas sans intérêt de connaître et d'enregistrer. C'était alors qu'il tenait le feuilleton musical du journal l'Assemblée nationale, dans lequel il a laissé des souvenirs personnels si nombreux et si pleins de saveur. Ayant à juger, dans un de ses articles, une œuvre nouvelle de Berlioz, et venant à parler des études des jeunes musiciens et particulièrement de celle de la fugue, il se reportait à l'époque de ses concours et rappelait ainsi une conversation qu'il avait eue à ce sujet

44 s ADOLPHE ADAM.

avec Fétis, dont l'enseignement était très-réputé et la renommée de professeur très-considérable :

Je venais de concourir à l'Institut, et quoique je fusse élève de Boieldieu et de Reicha, je voulus soumettre mon travail à un autre maître. M. Fétis était alors professeur de contrepoint et de fugue au Conservatoire; il aimait à causer avec les élèves, même ceux qui n'étaient pas les siens; il s'informait de leurs travaux, et j'étais sûr d'être bien accueilli par lui en lui portant mon travail de concours : c'était une cantate à une seule voix et une fugue à deux sujets et à quatre parties. Il me fit de grands compliments de ma cantate; mais quand il en vint à la fugue, ce fut autre chose : « Voilà, me dit-il avec une franchise qui me rendit plus précieux les éloges qu'il m'avait donnés pour l'autre morceau, voilà une des plus mauvaises fugues que j'aie jamais vues. — Il y a donc bien des fautes? — Pas une. — Eh! bien, alors, elle n'est donc pas mauvaise. —Votre réponse me prouve que vous n'en ferez jamais une bonne de votre vie, puisque vous ne sentez pas ce qui manque à celle-ci, et que vous croyez que l'absence de fautes en doit constituer le mérite. — Mais alors, à quoi me servira de l'avoir apprise? — Cela vous servira toujours et dans les moindres choses que vous ferez. Mon cher enfant, ajouta-t-il, il faut avoir l'instinct de ce genre de combinaison, et il vous manque entièrement. Autrefois, quand la musique intriguée était à peu près la seule musique, une phrase ne sortait jamais que tout armée de la tête d'un compositeur; c'est-à-dire que leurs idées musicales comportaient dès leur enfantement leurs réponses, leurs contre-sujets et leurs développements; de même qu'il est probable que vous ne pouvez concevoir une mélodie sans qu'elle ne soit en même temps escortée de son accompagnement et de son harmonie. Depuis que la musique a eu un autre but que la combinaison scientifique,

les idées musicales ont pris un tout autre essor : dans les compositeurs modernes, je ne crois guère qu'il y ait eu plus de deux hommes qui aient également réussi dans la musique idéale et dans la musique scientifique : l'un se nommait Mozart, l'autre s'appelle Cherubini. Vous n'approcherez jamais ni de l'un ni de l'autre; croyez-moi, renoncez à un travail que vous ne sentez pas; vous n'en saurez pas plus que vous n'en avez appris; peut-être, un jour, pourrez-vous réussir comme compositeur, mais ce sera en suivant une autre voie *.

Cette petite confession tend à nous faire croire que l'Institut n'avait pas eu tout à fait tort en ne décernant à Adam qu'un second prix.

Néanmoins, Adam était devenu, avec Labarre, l'un des élèves favoris de Boieldieu. Tous deux faisaient honneur à leur maître, qui, dans l'espace de deux ans et dès la formation de sa classe, avait obtenu clans leur personne un double succès à l'Institut. xAussi les choisit-il tout naturellement l'un et l'autre pour lui venir en aide lorsqu'il s'agit, au dernier moment, de mettre la main à certaines parties secondaires de la partition de la Dame blanche2 . Mais Labarre, qui, comme Adam, avait re-

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