Assemblée nationale du 23 novembre
pas pendant la saison défavorable aux théâtres, on peut dire que pour lui l'été n'a point de feux, et ajouter avec une légère variante que V hiver n'a point de rhumes. Effectivement, là, point d'indisposition, tout le monde est sur la brèche, c'est une ardeur et une activité à faire plaisir. La Luisa Miller a été montée avec une rapidité qui a un peu nui à l'ensemble de la première représentation, mais qui, fort heureusement, n'a nullement empêché son succès. Je l'ai dit, le salut du Théâtre-Italien est dans la réussite des ouvrages de Verdi ; moi, qui ne veux la mort de personne, pas même celle du pécheur, je me réjouis fort du succès réel de Luisa Miller, car ce n'est pas, je le crois et je l'espère, le meilleur ouvrage du maestro favori des Italiens, et nous aurons encore à applaudir bon nombre de ses ouvrages inconnus à Paris.
Il ne s'agit pas aujourd'hui d'examiner le système dans lequel sont composés les opéras de Verdi; j'ai donné assez souvent à mes lecteurs l'ennui de cette espèce d'analyse; il faut accepter la manière du maître, le juger comparativement à lui-même et non aux musiciens qui l'ont précédé. Le public se trompe rarement, ou bien, quand il se trompe, son erreur dure peu. Or, voici déjà longtemps que dure le succès des opéras de Verdi : cela prouve-t-il que sa manière soit la meilleure, je ne le crois pas; mais cela prouve au moins qu'il est le seul compositeur italien de quelque valeur, et qu'il a le mérite de faire autrement que les autres et d'avoir un cachet à lui, et c'est là une des qualités qui aident le plus au succès. Si je ne craignais de rentrer dans cet examen que je veux éviter de renouveler, je dirais que les opéras de Verdi me font un peu l'effet des mélodrames en littérature. Tout y est gros et poussé à l'effet; mais il faut du talent pour faire de bons mélodrames, et ce genre, qu'on affecte de dédaigner, passionne profondément ceux même qui essayent d'échapper à ces émotions. Peut-être en sera-t-il
ainsi des partitions de Verdi, et trouverons-nous bien froids, dans quelques années ,les ouvrages antécédents qui nous semblent le plus colorés K
LES VEPRES SICILIENNES.
Les compositeurs étrangers ont tous modifié leur manière lorsqu'ils ont écrit pour la France ; ils ont dû, la plupart, prendre une allure plus sévère et laisser de côté les habitudes de concessions faites, soit àrdes chanteurs, soit à des auditeurs habitués à apprécier une œuvre musicale, abstraction faite du sujet sur lequel elle est basée. M. Verdi se trouvait dans une position exceptionnelle. La modification que d'autres faisaient subir à leur talent, il l'a imposée d'avance à son propre pays. La musique de ses opéras italiens est plus sérieuse, plus accentuée, plus dramatique dans son ensemble que ne l'était celle de ses prédécesseurs; c'est par la vigueur, l'énergie, la verve, une certaine âpreté d'une saveur particulière et par de grands efforts de sonorité qu'il a conquis une immense popularité dans un pays où, avant lui, on n'avait presque jamais réussi que parle charme, la suavité et l'abondance des mélodies. Pouvait-il aller plus loin chez nous qu'il ne l'avait fait précédemment? Non, évidemment. Il a donc dû recourir aux moyens qu'il avait le moins exploités, et c'est principalement par les qualités qu'on lui niait et qu'on ne croyait pas qu'il pût posséder, qu'il a acquis à Paris ses lettres de naturalisation, c'est par des mélodies remplies de fraîcheur, de charme et d'élégance, que son grand succès a été obtenu, et il vivra par ces choses même dont ses détracteurs disaient partout que l'absence le ferait périr.