‹ Adolphe AdamChapitre 42 sur 63 · M. AMBROISE THOMAS · texte numérisé non relu

M. AMBROISE THOMAS

Chaque musicien trouve, une fois en sa vie, un sujet tellement conforme à ses sentiments, à ses instincts, à son individualité que, lorsqu'il a accompli son œuvre, Ton peut dire que nul autre ne s'en fût acquitté avec le même bonheur, avec la même réussite, avec la même perfection. Ainsi, Weber a fait le Freischûtz; Rossini, il Barbiere ; Boieldieu, la Dame blanche; Auber, V Ambassadrice; Halévy, V Éclair. Retournez les rôles, donnez le Barbier à Weber, le Freischûtz à Rossini, V Ambassadrice à Boieldieu, V Éclair à Auber, la Dame blanche à Halêvy, et nous aurons cinq chefs-d'œuvre de moins. Chacun des ouvrages que j'ai cités (mais dans l'ordre où ils ont échu à leurs auteurs) semble en effet résumer les qualités principales des maîtres célèbres qui y ont attaché leurs noms.

La bizarre sauvagerie de quelques mélodies de Weber, sou style haché, ses modulations hardies lui assuraient en quelque sorte le privilège de traiter le^enre fantastique où domine le personnage de l'ennemi du genre humain, selon nos croyances légendaires ; et lorsque, dans Euryanthe, il ne doit s'imprégner que de la couleur de l'époque des preux de Charlemagne, lorsque dans Oberon, il doit nous initier aux féeriques personnages Shakespeariens, son style, malgré lui et à son insu, reflète encore cette mystérieuse vapeur qui convient si bien à entourer les personnages qui s'agitent autour du chasseur noir, et l'on croit voir percer la queue du diable entre les ailes des génies.

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