‹ Adolphe AdamChapitre 47 sur 63 · MISS FAUVETTE · texte numérisé non relu

MISS FAUVETTE

J'ai du malheur avec M. Victor Massé, je suis rarement de l'avis des autres à son égard. Si ce n'est pour les Noces de Jeannette ,où il y avait unanimité sur le mérite de la partition, j'ai presque toujours été en dissentiment avec mes confrères de la presse musicale. Ainsi, j'ai été le seul à dire que la Fiancée du Diable était lu meilleure partition de M. Massé, tandis que d'autres, englobant le mérite de la musique dans la disgrâce de la pièce, reprochaient au compositeur un insuccès qui ne pouvait lui être attribué, et ne lui tenaient pas compte des qualités très-grandes et très-réelles qu'il avait déployées dans cet ouvrage remarquable; je souligne l'épi thète parce que je tiens à mon opinion, et que je veux en renouveler l'expression nonobstant les reproches très-spirituels, mais très-injustes, qu'on me fit alors de ne tant louer cet ouvrage que parce qu'il avait eu moins de succès.

C'est que je sais par expérience combien après un insuccès on a le cœur ulcéré, combien on est sensible à la critique, et comme on peut facilement être entraîné dans une voie fatale par d'injustes attaques. M. Massé était dans un chemin excellent, dans les Noces de Jeannette comme dans la Fiancée du Diable, il marchait droit à la mélodie, à la clarté et à l'unité de la forme. On lui aura sans doute dit de se défier de sa facilité, on l'aura engagé à soigner davantage son orchestration, à combiner plus

Page 1