‹ Adolphe (volume 2)Chapitre 2 sur 75 · Elle faisait fort bien les silhouettes · texte numérisé non relu

Elle faisait fort bien les silhouettes

sors de chez lui. J'ai mangé des cerises avec lui; il s'est endormi au milieu de notre déjeuner... »

Il a tracé lui-même, du salon de M,,,e de Staël, un piquant tableau, plein d'esprit et de malice, bien digne de cette plume désabusée :

0 Le salon de Mme de Staël se trouvait alors peuplé de quatre à cinq tribus différentes : des membres du gouvernement présent, dont elle cherchait à conquérir la confiance , de quelques échappés du gouvernement passé, dont l'aspect déplaisait à leurs successeurs ; de tous les nobles rentrés, qu'elle était à la fois flattée et fâchée de recevoir; des écrivains qui, depuis le 9 thermidor, avaient repris de l'influence, et du corps .diplomatique, qui était aux pieds du Comité de salut public en conspirant contre lui.

« Au milieu des conversations, des actes, des intrigues de ces différentes peuplades, ma naïveté républicaine se trouvait fort embarrassée. Quand je causais avec le parti républicain qui était victorieux, je l'entendais dire qu'il fallait couper la tête aux anarchistes et fusiller les émigrés, à peu près

sans jugement. Quand je me rapprochais du petit nombre de terroristes déguisés qui avaient survécu, j'entendais dire qu'il fallait exterminer le nouveau gouvernement, les émigrés et les étrangers; quand je me laissais séduire par les opinions modérées et doucereuses des écrivains qui prêchaient le retour à la morale et à la justice, on m'insinuait, à la deuxième phrase, que la France ne pouvait se passer d'un roi, chose qui me choquait singulièrement. Je ne savais donc trop que faire de mon enthousiasme pour la République. »

Benjamin Constant se donne ici pour plus naïf qu'il ne l'était réellement malgré son air candide. Il n'était pas non plus aussi amoureux qu'en Suisse, au début de la passion. Ayant proposé à Mme de Staël de l'épouser, après qu'elle eût perdu son mari en 1802, il éprouva une sorte de refus. Elle ne voulait pas quitter le nom que ses écrits avaient déjà rendu célèbre. Il s'en piqua et se lia alors avec Mmî Talma1, puis avec d'autres.. Il finit même, pour faire pièce à son orageuse amie, par se

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