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marier avec une fade Allemande, Charlotte de Hardenberg, ce qui suggérait à Sismondi des réflexions fort sensées :
« M. Constant a fait un choix bien étrange. Les hommes se figurent souvent que Forage qui est dans leur cœur est excité par l'objet de leurs affections, et qu'ils se calmeront s'ils s'attachent à un être apathique. C'est une manière de se fuir eux-mêmes que de fuir ce qui leur ressemble ; mais cette manière ne peut leur réussir longtemps. »
En effet l'amant dépité fut reconquis par Mme de Staël et la suivit dans son exil à Weimar et à Coppet. On ne vit jamais deux êtres plus distingués, plus parfaitement faits pour se comprendre, s'attirer, se repousser et se tourmenter cruellement. Sismondi, qui les rencontra dans ce dernier séjour, eut quelque peine d'abord à se faire à ces assauts continuels d'esprit et d'éloquentes discussions, à ces passes d'armes où il souffrait tout bas de ne pas assez briller entre les jouteurs. Mais bientôt la verve et l'entrain des deux grands virtuoses l'enchantèrent si bien que sa mère fut obligée de le
mettre en garde contre le trop de chaleur et d'entraînement. Avec son bon sens de femme expérimentée, elle avait deviné le caractère de Constant, ce qui lui permit de rabattre l'engouement de son fils:
« Tu vas me trouver pis que ridicule, mon Charles, si je me mêle encore de te donner des avis sur Constant. Tu me diras que tu le connais et que je ne le connais pas. Ce que je pense de son caractère est en grande partie le résultat des éloges que je t'en ai entendu faire; mais enfin..., mais enfin, il est du nombre de ceux à qui il ne faut pas se livrer entièrement. Il peut goûter les gens, il peut vouloir leur plaire ; mais une tendre et vraie amitié, l'abandon, le dévouement, sont choses qu'il ne faut pas attendre de lui. Revenu de tout cela, il n'a de sensibilité que celle des passions ; il fait tout avec de l'esprit, il en a infiniment; mais ce qu'on appelle de l'âme, il n'en a point... »
N'allez pas croire que tous les torts, dans cette liaison orageuse avec M"'e de Staël, aient été du côté de Benjamin Constant. Lui-même s'estimait
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plus grand coupable qu'il ne l'était, lorsqu'il disait: « Quand je rentre dans Paris je lève les glaces de ma voiture de peur d'être montré au doigt. » Il ignorait que, pendant ce temps, Corinne, dont le grand cœur logeait plusieurs affections à la fois, s'était mise en coquetterie réglée avec Camille Jordan et lui proposait de l'accompagner en Italie, ainsi qu'on peut le voir par cet extrait de la lettre qu'elle lui écrivait le 6 septembre 1802 :
« Une seule chose m'aurait donné l'idée de ne pas revenir cet hiver : c'eût été si vous aviez voulu venir à la fin d'octobre ici et partir avec une ou deux personnes de Genève et moi pour l'Italie. Nous aurions vu M. de Melzi, qui m'y invite, Rome et Florence, et le printemps. En repassant à Genève, peut-être auriez-vous emmené mon père en France. J'ai assez d'argent pour faire le voyage agréablement, presque sans frais pour vous. Benjamin -passe l'hiver à Paris. Il nous en donnerait en route des nouvelles. — Si vous ne saisissez pas ce projet qui me touche, n'en parlez pas absolument^ car il ne faut pas refroidir les autres amis par cette idée. — Oublier tout ce qui m'oppresse pendant
six mois ; l'oublier avec vous, que j'aime profondément; sous ce beau ciel d'Italie; admirer ensemble les vestiges d'un grand peuple, verser des larmes sur celui qui succombe avant d'avoir été vraiment grand, ce serait du bonheur pour moi; je mènerais avec moi mon fils aîné, qui est très-bon, et je suspendrais la douleur pendant six mois. — Pourquoi donc n'avez-vous pas le même mouvementé Mais encore une fois, si vous ne l'avez pas, si je n'ai pas cet événement heureux pour me consoler de tant de peines — ne dites jamais que je vous ai écrit un seul mot; c'est important... »
Malgré le refus de Camille Jordan, elle ne lui en voulut pas ; à défaut d'un sentiment plus tendre, elle se rabattit avec lui sur l'amitié :
« Ce 23 octobre 1802. Coppet,
« Je savais bien, mon cher Camille que ce qu'on appelle communément la raison n'était pas pour mon projet; mais j'avais eu un élan vers quelque chose de mieux qu'elle, quand cette idée me vint. N'en parlons plus... Benjamin sera peut-être retenu par son père à Genève la moitié de l'hiver, et vous me
reverrez seule et peu de jours après mon roman1. J'espère que vous me soignerez d'autant plus qu'un de mes amis me manquera. Je vous le répète, j'arriverai vous aimant plus que quand je suis partie. C'est pour vous avoir mieux connu. La cause doit vous plaire... »
Vers le même temps, elle avait auprès d'elle, pour élever son fils , un Allemand du plus grand mérite, le docte Schlegel qui, non content de partager l'hospitalité de cette aristocratique existence, avec un traitement de 1,000 francs par mois, s'arrogeait encore de plus douces familiarités. Dans la crainte qu'on ne le prît pour un précepteur ordinaire, s'il parlait avec trop de déférence à la maîtresse de la maison, il ne manquait pas, dès qu'il y avait du monde, de s'adresser à Mme de Staël en l'appelant chère amie. Ce qu'elle supportait sans trop d'humeur.
Une fut pas le seul pour qui elle s'humanisa. Dans le cercle d'adorateurs qui l'entourait, elle distingua encore M. de Sabran, puis M. deBarante, dont elle