TE AN U
tal)l(s. (]'^c(iiit un vijyourcux gaillard i maln^ré* mon expérience des montagnes et mon agilité j'^avais de la peine à le tenir a distance. Souvent, à la clarté de la lune qui venait de se lever , je vis briller en s*'abaissant le canon de son fusil; mais il n''osait pas perdre sa poudre, et recommençait a courir. Malheureusement, je ne connaissais plus les chemins ; le sentier qui m''avait guidé jusqu'^alors disparaissait dans un précipice. AlU lieu de le suivre, j''escaladai au hasard quelques rochers. Mon ennemi s''y trompa, et du haut de ma retraite, je le vis s** enfoncer à ma recherche dans le chemin que je n** avais pas pris. Tout à coup le terrain s''éboula sous ses pieds, et un énorme quartier de roc se détacha et roula dans la vallée. Je me croyais délivré, et je cherchais a reprendre ma route, lorsquHme balle vint s''aplatir à quelques pouces au-dessus de moi. Le douanier avait échappé à Té-
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boulement; mais, placé au fond de son précipice, il ne pouvait se rapprocher de moi. Le sentier avait disparu, et je voyais mon ennemi a cent pieds à pic au-dessous du rocher qui me servait d''asile. Cest de la que cet homme commença son feu contre moi. Le moindre mouvement de ma part me découvrait tout entier, tandis que lui-même, abrité par la saillie du rocher, pouvait charger son fusil tout à son aise. Je n''apercevais jamais que ses yeux et le bout de son fusil. Ilm'^envoya ainsi plus de vingt balles, auxquelles je ne pouvais pas répondre. Alors, je m''avisai de faire le mort. Je poussai un graud cri, conrnie s''il m''eùt frappé, et je le vis, comme je m''y attendais, quitter sa position. Un coup de fusil m''en délivra.
Il fallait alors rejoindre Ortiz et Manoéla. J''entendais dans la vallée le bruit d'aune autre fusillade , et j''en devais conclure que les
douaniers avaient retrouve la bonne piste* Cependant je ne voulais pas abandonner Manoèla et son pcre. Je courus a leur secours. Tout à coup au détour du sentier que je suivais, j'aperçois Ortiz, soutenant Manoéla blessée, et charge en outre d''un ballot assez volumineux,
— Tout est perdu , me dit-il , si tu ne sais pas oii nous cacher.
Il n'^y avait pas de temps à perdre. Je songeas aux rochers qui venaient de s'^ëbouler ; celte circonstance pouvait nous sauver, et en peu de temps , Ortiz , chargé de son ballot, et moi, portant dans mes bras ma chère Manoéla , nous parvenons a Fendroit où j''avais tue le douanier. Caches derrière les rochers , nous entendions au loin la voix de nos ennemis; mais notre retraite e'tait sure , et Ortiz se félicitait d'^avoir pu la rencontrer. Pour moi, je ne songeai qu'à Ma-
nocla, dangereusement blessée. Elle souffrait, la pauvre enfant! mais le moindre bruit nous eût trahis : son père étouffait ses plaintes en la pressant dans ses bras.
— Silence , Manoêla, disait le malheureux Ortiz : i''ai vu briller une baïonnette sur le sentier.
En effet, un de nos persécuteurs s''était avancé jusque-la.
— Oh ! mon père ! mon père ! tuez-moi plutôt. Jean , par pitié , tuez-moi. Si vous saviez combien je souffre et ne pas pouvoir crier ! . . .
Enfin , la douleur Temporta. Manoéla poussa un gémissement sourd que je ne pus étouffer de mes baisers.
Le douanier n^avait rien entendu; mais Ortiz était furieux.
— Tais-toi , dit-il à sa fille ; la vie de ton
père , la tienne en dépendent.
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