Diodore de Sicile, II
41'J. En donnant cette interprétation du jeune homme portant la hache à double-tranchant, je suis d’accord avec Sir W. M. Ramsay (« On the Early Historical Relations betvveen Phrygia and Cappadocia », Journal of the Royal Asialic Society, N. S., XV (1883), p. 118, 120), C. P. Tiele (Geschichte der Religion ini Allertuni, I, 240, 2à.H), et prof. J. Garstang {The Land of the Ilillites, p. 23.7; The Syrian Goddess, p. 8). C’est aussi l’opinion des professeurs Jensen et Ilommel que le personnage debout sur le lion ou la panthère représente l'amant de la grande déesse. Voir P. Jensen, Ililliler und Armenier, p. 173-175; F. Ilommel, Grundriss der Géographie und Geschichte des alten Orients, p. .51. Le prof. G. Perrot pense que le jeune homme en question est un doublet du dieu portant la barbe qui est à la tête du cortège des hommes, leur costume étant le même, bien que leurs attributs soient ditïérent.s (G. Perrot et Ch. Chipiez, Histoire de TArt dans l' Antiguité, H', r.ol). Mais il est peu vraisemblable, comme je l’ai déjà remarqué, que le même dieu soit représenté deux fois et avec des attributs difiérents dans la même scène. La ressemblance des deux personnages s’explique mieux si l’on sujipose qu'ils sont le Père et le Fils. Ce sont les deux mêmes divinités, le Père et le Fils, que l’on voit gravées sur le rocher à Giaour- Kalesi, lieu situé sur la route qui conduisait sans doute dans l'antiquité de Gordiuni à Pessinonte. Là sont taillés deux gigantesques personnages avec le costume hittite ordinaire, tiare, tunique courte, souliers à la pointe recourbée. Chacun a, suspendue à son côté, une épée au fourreau en forme de croissant, et chacun marche, du côté gauche du spectateur, la main droite levée; la ressemhlance entre eux est presque complète, excepté en ceci, que celui de devant est imberbe, et celui de derrière ))orte la barbe. Voir G. Perrot et Ch. Chipiez, Histoire de l'Art dans l' Antiquité, l^’, 714 sqq., avec la lig. 352; J. Garstang, The Land of the Hittites, p. IC2-H)4. Une ligure analogue, mais solitaire, est gravée dans une niche dans le roc à Kara-Bel, mais là, la divinité, ou l’homme, porte sur son épaule tlroite un arc triangulaire. Voir ji. 142.
Pour ce qui est des lionnes ou des |)anthèrcs, un bas-relief trouvé à Carchémis, la capitale du royaume hittite sur l’Euphrate, montre deux hommes dans le costume hittite, avec tiare, souliers recourbés, debout sur un lion accrouiii. L’un des deux porte des ailes, et dresse dans sa main droite un bâton court et courbe. Selon le prof. G. Perrot, nous sommes là en présence d’un dieu suivi d’un prêtre ou un roi (Voir G. Perrot et Ch. (Jiipiez, Histoire de l'Art dans l'Antiquité, IV, 549 sq. ; J. Garstang, The Land of the Hittites, p. 123 sqq.). De même, sur une table de pierre scidptée qu'on a trouvée a Amrit en Phénicie, nous voyons un dieu debout sur un lion, et tenant un lionceau dans sa main gauche, tandis qu’il brandit de la droite une massue ou une épée. Voir Perrot et Chipiez, op. cit. III, 412-41.4. Le type du dieu ou de la déesse debout ou assis sur un lion se retrouve aussi dans l'art assyrien, au([uel les Phéniciens et les Hittites l’ont
ADONIS
pcul-êti’3 omprunté. Voir Perrot et Cliipiez, op. cit. II, 042-60. De nombreux exemples relatifs à la représentation de divinités asiatiques avec des lions ont été rassemblés par Raoul-Rochette, dans sa savante dissertation « Sur l’Hercule Assyrien et l’hénicien », Mémoires de l'Académie des Inscrijilions et Belles- Lettres, XVII. Deuxième partie (Paris, 1818), p. 106 sqq. Comparez de Vogüé, Mélanges d' Archéologie Orientale, p. 44 sqq.
Ed. Mej’er (Beich und Kiillur der Cheliter, p. 90) voit dans le personnage qui suit la grande Déesse, Teschub, le dieu du tonnerre à la double hache, debout sur une panthère.
420. Pareillement à Yam, l'une des îles des détroits de Torrès, deu.x frères, appelés Sigai et Maiau, étaient adorés dans le sanctuaire sous la forme, respectivement, d’une espèce de requin et d’un crocodile, et étaient représentés par des effigies en écadle de tortue ressemblant à ces animau.x. Mais « les temples étaient sacrés à ce point que personne, à moins d’être initié, ne pouvait les visiter, ni ne savait ce qu’ils conlcnaienl ; on connaissait Sigai et Maiau, mais on ne savait pas que le premier était un requin et le second un crocodile; le mystère était trop sacré pour être révélé aux profanes. Lorsqu’on s’adressait aux héros, c’était toujours par leurs noms divins, et non leurs noms d’animau.x ou de totems. » Voir A. C. Iladdon, « The Religion of the Torres Straits Is anders », Anlhropological Essays presented to E. B. Tylor (Oxford, 1967), p. 185. Dans la figure composite de Boghaz-Keui, Ed. Meyer, Beich und Kulliir der Chetiler, p. 160, voit le « symbole d’un puissant dieu de la guerre et de la chasse, le même dieu qui est représenté ailleurs comme un lion ailé qui porte une tête d’homme sur la nuque ».
421. Il II ne peut y avoir de doutes que nous voyons ici représenté un Mariage Sacré, la rencontre de deux divinités adorées dans des lieux dilférents. comme llorus d’Edfu et Ilathor de Deuderah » (G. -P. Ticle, Geschichte der Beligion im Altertnm, 1, p. 2.55). Cette opinion semble différer, bien qu’elle s’en rapproche quelque peu, de celle que nous suggérons dans le texte. C’est aussi l’idée de Meyer que la scène représente un Mariage Sacré entre un dieu et une déesse (Geschichte des Altertums^, 1, 2 p. 6.33 sq.;de même Beich und Kultur der Cheti ter, p 96-91) ainsi que du Prof. J. Garstang, (The Land of the Hittites, j). 238 sq ; The Syrian Goddess, p. 7).