Baal et Baalath, sources de toute fertilité
Mais si les rois sémitiques en général, et ceux de Byblos en particulier, assumaient souvent le rôle de Baal ou d’Adonis, il s’ensuit qu’ils ont pu s’unir à la déesse, la Baalath ou Astarté de la cité. Nous savons de façon certaine à proj^os des rois de Tyr et de Sidon qu’ils étaient les prêtres d’Astarté’-. ür, pour les Sémites, peuple de cultivateurs, le Baal, ou dieu d’une terre, en était aussi la source de fertilité ; c’est lui qui produisait le blé, le vin, les figues, l’huile et le lin, grâce à ses eaux vivifiantes, qui, dans les régions arides du monde sémitique, sont plutôt des sources, des rivières et des courants souterrains que les eaux du ciel"®.
En outre « le pouvoir fécondant du dieu n'était pas limité au règne végétal, mais c’est à lui aussi qu’étaient attribuées l’accroissement de la vie animale, la multiplication des troupeaux, et, surtout, des hommes. Car la fécondité de la nature animée dépend évidemment, en dernier ressort, de la fertilité du sol; les races primitives, qui n’ont pas encore appris à différencier avec précision les divers modes de vivre, considèrent la vie animale, aussi bien que la vie végétale, comme ayant ses racines dans la teri'e et comme jaillissant de son sein. La terre est la mère de toutes choses dans beaucoup de philosophies mythologiques et la comparaison de la vie de l’humanité, ou d’un groupe d’hommes, avec la vie d’un arbre n’est pas, à l’origine, une simple image. Les mêmes adorateurs qui attribuaient la croissance de la végétation à une puissance divine lui rendaient grâces et hommages également pour la fécondité du bétail et des hommes.
Les premiers nés, aussi bien que les prémices, étaient offerts sur les autels des Baalim, et l’un des prénoms les plus répandus donnés par les parents à l'un de leurs enfants le désignent comme le « présent de Dieu ». Bref, « Baal était considéré comme le principe mâle de la reproduction, l’époux du pays qu’il fertilisait'* ».
Donc, en tant que le Sémite personnifiait les forces reproductrices de la nature en mâle et femelle, en Baal et Baalath, il paraît avoir identifié le mâle avec l’eau et la femelle avec la
ADONIS EN SYRIE
terre. A ce point de vue, les plantes et les arbres, les animaux et les hommes, sont la progéniture de Baal et Baalath.
Si, par conséquent, à Bjblos et ailleurs, le roi sémitique pouvait, ou plutôt devait, personnifier le dieu et épouser la déesse, cette coutume n’a pu avoir pour but que d’assurer la fertilité du pays et multiplier les hommes et le bétail au moyen de la magie homéopathique. Il y a lieu de croire qu’une pareille coutume était, dans un but similaire, observée dans d’autres parties du monde antique, et en particulier à Némi, où les puissances mâle et femelle, Dianus et Diana, étaient par un côté de leur nature, la personnification des eaux vivifiantes'^®.