PRÉFACE
immortels, qui mouraient tous les ans à la chute des feuilles, des fleurs et des blés, pour revivre dans le renouveau annuel de la nature. J’ai essayé de dépeindre quelques-unes de ces belles scènes consacrées par le génie des écrivains et des artistes anciens, d’après les descriptions de voyageurs modernes qui ont visité ces lieux; car, malheureusement, quoique j’aie voyagé avec délices, et pour ainsi dire avec ivresse, en Grèce, ce pays d’un enchantement infini, je n’ai jamais visité l’Orient, ni même aperçu de loin ses côtes et ses montagnes. Néanmoins, ayant étudié et comparé avec soin ce que d’autres témoins, plus heureux que moi, ont écrit sur ces plages célèbres, il me semble presque avoir parcouru moi -même avec eux les terres qu’ils nous font voir; avoir vu de mes yeux la rivière rougie du sang d’Adonis se déroulant au fond de la ravissante vallée, admiré les cascades pétrifiées d’Hiérapolis étincelant dans le lointain soleil et se diaprant de toutes les couleurs de l’arcen-ciel, exploré la profonde caverne corycienne béant brusquement dans le plateau pierreux avec toute la richesse et la fraîcheur de sa végétation toujours verte, et je crois avoir entendu de mes oreilles le murmure rêveur et berçant de ses eaux souterraines. Si je m’attarde un peu longuement dans ces paysages pleins de charme, j’espère que le lecteur voudra me le pardonner et qu’il envisagera de tels retards comme des étapes de repos durant un long voyage.
L’id ée fondamentale d'Adonis, comme celle d’A^y^ et d’Osiris, c’est la personnification des énergies vitales, c’est-àdire la conception que les forces se manifestant dans la vie végétale et animale s’incorporent dans un personnage divin, dont alternativement la mort et la renaissance excitent par une sympathie universelle tous les phénomènes correspon-