‹ Adonis, étude de religions orientales comparéesChapitre 21 sur 189 · Cas parallèles : Les prêtresses des Khasis en Assam · texte numérisé non relu

Cas parallèles : Les prêtresses des Khasis en Assam

Les rapports que nous supposons avoir existé entre la Flaminique et le Flamine trouvent une analogie approximative en Assam où dans la tribu des Khasis s’est maintenue jusqu’à aujourd’hui l’antique filiation féminine en tout ce qui touche la religion et l’héritage. Chez eux la propitiation des ancêtres défunts est considérée comme essentielle à la prospérité de la communauté, et, de tous les ancêtres qu’ils vénèrent, c’est l’aïeule primitive du clan qui a la priorité; ce qui fait qu’à chaque sacrifice la présence d’une prêtresse est nécessaire pour assister le prêtre; on nous dit même que celui-ci n’est que son délégué et « qu’elle est à coup sûr une survivance de l’époque où, sous le matriarcat, la prêtresse accomplissait toutes les cérémonies religieuses ». Le prêtre, paraît-il, n’était pas nécessairement l’époux de la prêtresse, mais celle-ci est soit la mère, la sœur, la nièce ou tout autre parente maternelle, du prêtre dans l’Etat de Khyrim, où chaque groupement vénère sa déesse locale, à laquelle on offre des sacrifices. La préparation de tous les accessoires du culte rituel est dévolue à

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la prêtresse et sans son aide la cérémonie propitiatoire ne pourrait être consommée'*’.

Ici donc, comme chez les anciens Romains, la prêtresse joue un rôle plus large que le prêtre ; celte supériorité est fondée sur la supériorité corrélative de la déesse ou de l’aïeule divine sur le dieu ou sur l'aïeul divin; ici, comme à Rome, un prêtre devait nécessairement abandonner son sacerdoce, s’il n’avait pas de parente assez proche pour l’assister dans l'exercice de ses fonctions sacrées.

9. Mariage du prêtre et de la prêtresse représentant le dieu-soleil et la déesse-terre.

Nous avons encore émis la conjecture que le Flamine et la Flaminique de Rome, en leur qualité de représentants de Jupiter et de Junon, ont pu célébrer annuellement un mariage sacré dans le butd’assurer la fertilité des puissances naturelles'*". Notre opinion peut s’appuyer sur une coutume parallèle observée encore dans l’Inde. Nous avons vu comment chez les Oruons, tribu primitive du Bengale montagneux, un prêtre et une prêtresse célébraient annuellement le mariage du Dieu-Soleil et de la Déesse-Terre et personnifiaient respectivement ces deux divinités.'*'. Cette cérémonie du mariage sacré a été décrite de façon plus détaillée par un missionnaire jésuite, très au courant de la religion et des coutumes du pays. Le rite est célébré durant le mois de mai quand fleurit l’arbre Sal et la fête porte son nom indigène [Khaddi) d’après la fleur de cet arbre. C’est la principale fête de l'annuée. « Le but de cette fête est de célébrer le mariage mystique du Roi-Soleil [Bhaf/aivan) avec la Déesse [Dliarti-Mai] pour les induire à être féconds et à fournir des récoltes abondantes ». Par la même occasion on se gagne les divinités inférieures, ou démons du village, afin qu ils ne mettent pas d’entraves à l’activité bienfaisante du Dieu-Soleil et de la Déesse-d’erre. La veille du jour fixé, personne n’a le droit de labourer ses chanqis, et le prêtre, accompagné de certains villageois, se rend au bos({uet sacré, où il bat du tamboui-, et invite tous les liôtes invisibles à la grande fêle qu’on leur prépare pour le lendemain. I.e jour suivant, de très bonne heure, avant le chant du coq, un acolyte se glisse avec le moins de bruit

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possible vers la source sacrée pour y puiser de l’eau dans une cruche de grès toute neuve. Cette eau sacrée promet toutes sortes de bienfaits pour les récoltes. Le prêtre a préparé au vase sacré une place au centre de sa demeure, entourée de fils de coton de couleurs variées. La vertu de cette eau est telle, qu’elle serait souillée et perdrait toutes ses qualités, si un œil profane venait à l’apercevoir avant qu’on l’ait portée dans la maison du prêtre. Pendant la matinée, l’acolyte et le substitut du prêtre vont de porte en porte rassembler des victimes pour le sacrifice. Dans l’après-midi, le peuple se réunit au bosquet sacré, et le prêtre procède à la consommation du sacrifice. Les premières victimes à immoler sont un coq blanc en l’honneur du Dieu Soleil et une poule noire en l'honneur de la Déesse-Terre; et, comme cette fête est effectivement le mariage de ces deux grandes divinités, on donne la bénédiction nuptiale aux conjoints volatiles, avant de les expédier dans l’autre monde. On barbouille notamment de vermillon les deux bêtes, exactement comme cela se pratique pour le marié et la mariée, dans un mariage humain, et on enduit aussi de vermillon la terre, comme une véritable fiancée, à l’endroit même où le sacrifice est offert.

Suivent alors des sacrifices de volailles et de chèvres offerts aux divinités inférieures ou démons. Les dépouilles de ces victimes sont ramassées par les enfants du village qui les cuisent sur place : mais toutes les têtes restent la propriété des sacrifiants et quant aux dieux, ils doivent se contenter de l’amasser les i-estes et en sont plus ou moins reconnaissants. Entre temps, l’acolyte s’est mis à cueillir les fleurs de l’arbre appelé Sal et à placer sa guirlande sur les lieux du sacrifice; il aura aussi rapporté de l’eau sainte de chez le prêtre. Une procession se forme ensuite; le pontife est ramené en triomphe dans sa propre demeure où sa femme l’attend déjà; dès sa rentrée chez lui, ces deux époux procèdent à une cérémonie nuptiale, se barbouillant mutuellement de vermillon, selon l’usage, afin de « symboliser le mariage mystique du Roi-Soleil avec la Déesse-Terre ». Pendant ce temps les villageoises, debout sur le seuil de leurs cabanes, portent chacune à la main des vans dans lesquels il y a deux coupes; l’une est restée vide afin qu’on y verse l’eau sainte, l’autre vase est plein de bière de riz qu’absorbera l’homme saint.

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Celui-ci, en s’approchant de chaque cabane, distribue des fleurs et de l’eau sacrée aux femmes en liesse ; et, de plus, il les gratifie généreusement de bénédictions multiples, en s’écriant : « Puissent vos demeures et vos granges être pleines de riz, afin que le nom du prêtre soit glorieux ». On asperge alors d’eau sacrée les semences conservées pour la saison prochaine, et l’officiant, après avoir redonné sa bénédiction, se met à ingurgiter la bière; et, comme il répète cette opération de porte en porte, il s'ensuit qu’arrivé au bout du village, le voilà ivre-mort. Les villageois étant dans le même état, tous les démons du hameau sont déchaînés; des scènes de débauches indescriptibles succèdent, comme de juste, à tous ces excès commis expressément en vue de rendre fructueux le Soleil et la Terre

Les anciens peuples de Chypre et de l’Asie occidentale ne furent donc pas les seuls à professer la croyance que la terre se fécondait grâce aux dérèglements auxquels se livraient les humains des deux sexes''®.

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