‹ Adonis, étude de religions orientales comparéesChapitre 22 sur 189 · Cinyras aimé par Aphrodite · texte numérisé non relu

Cinyras aimé par Aphrodite

Ginyras a été fameux pour sa parfaite beauté'®® et il est dit qu’Aphrodite elle-même s’en était éprise'®'.

Il paraît donc, comme des savants l’ont observé'®*, que Cinyras était en quelque sorte le double du bel Adonis, son fils, auquel la déesse passionnée avait aussi donné son cœur. En outre, ces légendes de l’amour i|u’Aphiodite portait à deux membres de la maison royale de Paphos, ne peuvent être séparées de la légende concernant Pygmalion, le roi phénicien de Chypre; on disait de lui qu’il était tombé amoureux d’une image d’Aphrodite, au point de l’avoir mise dans son propre lit'®®.

Si l’on rélléclut ({ue Pygmalion était le beau-père de Cinyras, dont le fils était Adonis, et que tous les trois, de génération en génération, ont été censés avoir aimé Aphrodite, il nous est pres({ue impossible de ne pas en conclure (jue les premiers rois phéniciens tle Paphos, ou leurs fils, se picjuaient d’être, non seulement les prêtres de la déesse,'®* mais aussi ses amants; en d’autres termes, ils avaient pour qualité officielle de personnifier Adonis.

ADONIS A CHYPRE

En tous cas, on dit qu' Adonis régna à Chypre et il paraît certain que le titre d'Adonis fut régulièrement porté par les fils de tous les rois phéniciens de File’®®. Il est vrai que le titre, dans son acception la plus étroite, ne signifiait pas autre chose que « Seigneur » ; pourtant les légendes qui associent ces princes chypriotes avec la déesse de Famour laissent à supposer que ces princes revendiquaient à la fois la nature divine et les honneurs humains rendus à Adonis.

L'histoire de Pygmalion fait allusion à la cérémonie d’un mariage sacré où le roi épousait l’image d’Aphrodite, ou plutôt d’Astarté. S’il enélait ainsi, le récit s'appliquerait véritablement, non pas à un homme seul, mais à toute une série d’hommes, et il s’appliquerait encoi’e mieux à Pygmalion, si ce nom était un nom donné fréquemment aux rois sémitiques en général, et aux rois de Chypre en particulier, (^uoi qu’il en soit, Pygmalion est le nom porté par le célèbre roi de Tyr, qui fit fuir sa propre sœur Didon'^’'; il y a aussi un roi de Citium et d’Idalium qui régnait en Chypre au temps d’Alexandre le Grand, et qui était appelé Pygmalion, au plutôt Pumiyathon, nom phénicien que les Grecs ont corrompu en Pygmalion*®®. 11 est à remarquer, en outre, que les noms de Pygmalion et d’Astarté sont associés, dans une inscription punique, sur un médaillon d’or trouvé dans un tombeau à Carthage; cette inscription est en caractères du type le plus ancien*®®.

Puisque l’institution de la prostitution sacrée à Paphos est attribuée au roi Cinyras, et que cet usage fut observé par ses filles*®**, nous pouvons en inférer que ces rois de Paphos jouaient le rôle de l’époux divin dans un rite moins innocent qu’un mariage avec une statue; à savoir, qu’à certaines fêtes^ chacun d’eux était tenu de s’unir avec une ou plusieurs courtisanes sacrées du temple, qui jouaient le l’ôle d’Astarté envers son Adonis. S’il en était ainsi, les Pères de l’Eglise avaient beaucoup plus de raisons qu’on ne le suppose en général pour prétendre que l'Aphrodite adorée par Cinyras n’était qu’une courtisane de bas étage****. Leur progéniture était considérée comme celle de la divinité, et devenait, dans la suite, Fascendance de dieux et de déesses, tout comme leur père et leur mère avant eux. De cette façon, Paphos, et peut-être tous les sanctuaires de la grande déesse asia-

ADONIS A CHYPRE

tique où se pratiquait la prostituliou sacrée, pouvaient posséder une ample collection de divinités humaines, issues du roi divin et de ses femmes, ses concubines, ou des courtisanes du temple. L’un ou l'autre d’entre ces fils divins pouvait succéder à son père sur le trône ou être sacrifié à sa place quand les nécessités de la guerre, ou d’autres graves conjonctures, réclamaient, comme il arrivait quelquefois'®*, la mort d’une victime de sang royal. Un tel impôt, levé de temps en temps sur l’innombrable progéniture du roi pour le bien du pays, n’occasionnait pas l'extinction de la famille divine, ni ne brisait le cœur d’un père, qui avait tellement à partager son affection.

De toutes façons, si, comme il y a lieu de croire, les rois sémitiques héritaient du double honneur royal et divin, il est aisé d’expliquer la fréquence des noms propres sémitiques impliquant que leurs titulaires étaient fils ou filles, frères ou sœurs, pères ou mères, d’un dieu; et il n’est pas besoin d’avoir recours aux expédients imaginés par certains savants pour échapper à la signilication littérale de mots'®b Un usage égyptien analogue confirme celte interprétation : en Egypte, où les rois étaient adorés comme dieux'®*, la reine s’appelait « épouse du dieu » ou « mère du dieu'®® », et le titre de « père du dieu » était porté non seulement par le véritable père du roi, mais, aussi par son beaupère'®’. De même peut-être chez les Sémites on permettait à tout homme, qui envoj’ait sa fille grossir le harem du roi, de se nommer « le père du dieu ».

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