‹ Adonis, étude de religions orientales comparéesChapitre 30 sur 189 · fils de Dieu · texte numérisé non relu

fils de Dieu

Des coutumes comme les précédentes peuvent servir à expliquer la croyance, nullement limitée à la Syrie, que des humains peuvent être réellement, et non pas simplement par métaphore, les enfants d’un dieu; car ces saints modernes, soit chrétiens, soit musulmans, k qui les mères syriennes attribuent la paternité de leurs enfants, ne sont pas autre chose que les anciens dieux .sous un travesti transparent. Si autrefois, comme elles le font aujourd hui, les femmes sémites s’en furent en pèleiànage afin d’éviter le reproche de stérilité — et la prière d’Anne, la mère de Samuel, est un exemple familier k tous de cette pratigue*” — nous pourrions aisément comprendre non seulement la tradition des fils de Dieu qui procréèrent des enfants par les

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filles des hommes mais aussi le fait qu’un très grand nombre de Juifs portaient des titres divins^^*. En effet, beaucoup d'hommes et de femmes, dont les mères avaient visité ces sanctuaires, pour obtenir des enfants, pouvaient être regardés comme les véritables enfants du dieu, et étaient censés recevoir leur nom en conséquence. ■

C’est pourquoi Anne appelle son fils, Samuel », ce qui veut dire « le nom de Dieu », ou « son nom est Dieu »-®^; il est probable qu’elle croyait sincèrement avoir conçu son enfant par l’œuvre de la divinité^®®. Consacrer cet enfant au service de Dieu dans le temple, c’était tout simplement rendre ce fils divin à son divin père. De même, en Afrique, quand une femme a obtenu un enfant dans le temple d’Agbasia, le dieu qui seul accorde la fécondité aux femmes, elle le consacre comme esclave sacré à la divinité-’’.

Donc, les croyances et les coutumes syriennes d'aujourd’hui, nous fournissent l’explication de la prostitution religieuse pratiquée, aux temps anciens, dans ces mêmes régions. Alors comme maintenant, des femmes avaient recours au dieu local, le Baal ou Adonis des anciens, le Abou Rabah ou saint Georges de nos jours, pour satisfaire le désir naturel d’un cœur de femme ; et alors, comme maintenant, le rôle du dieu local était rempli par des hommes consacrés, qui, en le personnifiant, pouvaient croire sincèrement qu’ils agissaient par une inspiration divine, et que les fonctions qu’ils remplissaient, nécessaires, voire même méritoires, assuraient la fertilité du pays et la propagation de l’espèce humaine. L’influence purifiante du Christianisme et de l’Islamisme a restreint ces pratiques à d’étroites limites ; même sous la domination turque, on ne les pratique plus qu’en cachette. Néanmoins, si la pratique s’est affaiblie, le principe qu’elle incarne paraît rester le même; c’est le désir de perpétuer l’espèce, et la croyance qu’un but aussi naturel et aussi légitime ne peut être atteint que grâce à une puissance divine qui se manifeste éternellement dans les corps des hommes et des femmes.

La croyance à la paternité physique du dieu ne s’est pas limitée à la Syrie, antique et moderne. Ailleurs aussi, bien des hommes ont été reconnus comme fils de Dieu dans le sens le plus littéral du mot, étant censés avoir été conçus dans le sein

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des mortelles par son esprit sacré. Ici nous nous bornerons à éclairer cette croyance par quelques exemples tirés de l’antiquité classique*®*.

C’est ainsi qu’afin d’obtenir des enfants, les femmes se rendaient au grand sanctuaire d’Esculape, situé dans une belle vallée élevée, à laquelle une route, serpentant le long d’une gorge boisée, conduit par la baie d’Epidaure. Là des femmes dormirent dans le saint lieu et furent visitées en songe par un serpent; et les enfants qui leur naquirent dans la suite étaient censés avoir été engendrés par le reptile*®®. Celui-ci était donc, indiscutablement, considéré comme le dieu en personne ; car Esculape apparaissait très souvent sous la forme de serpent*®®, et des serpents vivants, sans doute vénérés comme son incarnation, étaient gardés et nourris dans les temples pour guérir les malades*®'. Ainsi les femmes qui avaient conçu dans le sanctuaire d’Esculape attribuaient la paternité de leurs enfants au dieuserpent. Bien des hommes célèbres dans l’antiquité classique, furent, de cette façon et par de pareilles légendes rapportant une naissance miraculeuse, élevés jusqu’au rang divin. Les compatriotes du fameux Aratus de Sicyone le croyaient certainement fils d’Esculape; sa mère l’avait mis au monde, disait-on, après son union avec un serpent*®*; probablement elle s’était couchée dans le sanctuaire d’Esculape à Sicyone, où une figurine la représentait assise sur un serpent*®®, ou bien, peut-être, dans le sanctuaire plus retiré que le dieu avait à Titane, non loin de là; les serpents sacrés y rampaient parmi les cyprès séculaires sur le sommet de la colline qui domine l’étroite et verdoyante vallée de l’Asope, dont les eaux écumantes et troubles coulent au fond du vallon*®^. C’est là, à l’ombre des cyprès, au murmure de TAsope, que la mère d’Aratus a pu concevoir, ou s’est imaginé concevoir, le futur sauveur de son pays. De même, on disait de la mère d’Auguste qu’elle avait eu son fils par le commerce d’un serpent dans le temjjle d’Apollon; et de là vient (|ue l’empereur était censé être le fils de ce dieu*®®. Des légendes analogues sont rapportées au sujet du héros messénien Aristomène, d’Alexandre le Grandet de Scipion l’aîné; on disait d’eux tous qu’ils avaient été engendrés par des serpents*®®. D’après Elien, au temps d’IIérode, une vierge de Judée s’unit à un ser-

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pent-^C Peut-être cette histoire est-elle une tradition abâtardie de la filiation du Christ?

Dans l’Inde, on attribue même à des serpents en pierre le pouvoir de procréer des enfants aux femmes. Ainsi, les Komatis de Mysore « adorent Nâga ou le dieu-serpent. Ce culte est d'ordinaire limité aux femmes et se célèbre avec g'rande pompe une fois par an, le cinquième jour de la première quinzaine de Srâvana (juillet-août). On taille des fig’ures de serpents dans des plaques de marbre, et on les range autour d’un arbre Asvatiha sur une estrade, où l’on plante également un arbre appelé margosa. On place là ces serpents commes des sortes d’ex-votos, spécialement efficaces, dit-on, pour guérir les plaies ou d’autres maladies de la peau, et pour donner des enfants. Les femmes se rendent à ces sanctuaires emportant du lait, des fruits, et les fleurs, au jour prescrit, que l’on célèbre comme un jour de fête ». Elles lavent les pierres, les enduisent de turméric, et leur offrent du lait caillé et des fruits. Quelquefois, elle découvrent les repaires des serpents et versent du lait dans les trous pour les reptiles \’ivants-®L

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