Les Pieus et les Pierres sacrés chez les Sémites
On peut trouver peut-être des traces de croyances et de coutumes analogues k celles que nous venons de décrire chez les anciens Sémites. Lorsque le prophète Jérémie parle des Israélites qui disent à un pieu ou à un arbre (car en hébreu le mot est
HOMMES ET FEMMES CONSACRÉS
le même) : « lu es mon père », et à une pierre : « tu m’as enfanté », il est probable qu’il n’emplovait pas quelques vagues figures de rhétorique, mais qu’il avouait des croyances ayant réellement cours chez ses contemporains. Or, nous savons que, dans tous les sanctuaires cananéens, y compris les sanctuaires de Jéhovah, et cela jusqu’aux réformes d’Ezéchias et de Josias, les deux objets ordinaires d'adoration étaient un pieu sacré et une pierre sacrée**', et qu’en outre dans les sanctuaires, des hommes sacrés [Kecleshim) et des femmes sacrées [Kedeshoih) pratiquaient des rites de débauche.
N'est-il point naturel de supposer que le pieu et la pierre que les Israélites superstitieux regardaient comme leur père et leur mère, étaient le pieu sacré {as liera h) et la pierre sacrée (massebah) du sanctuaire; alors, le fruit de ces unions sexuelles pratiquées librement dans ces lieux sacrés, passait pour être la descendance ou l’émanation de ces idoles barbares mais vénérées, dans lesquelles, comme dans les arbres et les pierres sacrées d’Australie, on a pu supposer que les âmes des morts attendaient leur renaissance. D’après cette théorie, les hommes et les femmes sacrés qui, vraiment procréaient ou mettaient au monde les enfants étaient considérés comme la personnification des deux divinités, ces hommes représentant peut-être le pieu sacré, qui paraît avoir été un arbre dépouillé de ses branches, et la femme représentant la pierre sacrée, qui paraît avoir eu la forme d’un cône, d’un obélisque ou d’un pilier***.
Ces conclusions sontconfirmées parles résultats des recherches récemment effectuées à Gezer, ancienne ville de Canaan, qui occupait un point élevé et isolé sur la frontière méridionale d'Epliraïm, entre Jérusalem et la mer. Sur cet emplacement, les fouilles anglaises ont mis à jour les restes d’un sanctuaire avec les piliers de pierre ou obélisques sacrés {masseboth) encore en place et alignées; entre deux de ces pilliers, on a trouvé une pierre évidée, admirablement taillée, où l'on fichait peut-être le tronc ou pieu sacré {ashereah). Dans la terre qui s’était accumulée sur les dalles du temple, on a trouvé un grand nombre d’emblèmes mâles taillés grossièrement dans la pierre calcaire ; etdes tablettes de terre cuite, qui représentent en bas-relief la déesse génératrice, ont été également exhumées de ces lieux. Ces objets étaient, sans
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nul doute, des offrandes votives apportées par les adorateurs aux divinités mâles et femelles, que représentaient le pieu sacré et les pierres sacrées ; le très grand nombre de ces ex-votos donne une grande vraisemblance à la supposition que les divinités du sanctuaire étaient un dieu et une déesse regardés, pardessus tout, comme sources de fécondité.
Une autre découverte remarquable vient encore renforcer cette hypothèse. Sous le sol du temple, on a trouvé les os de beaucoup de nouveaux-néSj n’ayant pas vécu plus d’une semaine et enterrés dans de grandes urnes. Aucun de ces petits cadavres ne portait de marques de mutilation ou de violence : et à la lumière des usages 'pratiqués dans beaucoup d’autres pays’**, il nous est loisible de conclure que les petits enfants étaient mort-nés, ou périrent tout de suite après leur naissance, et qu’ils furent enterrés par leurs parents dans le sanctuaire, avec l’espoir que, ressuscités par la puissance divine, ils pourraient rentrer encore dans le sein de la mère et revenir au monde
Supposons que les âmes de ces enfants enterrés passaient dans les pieux sacrés et dans les pierres sacrées, pour s’élancer de là dans les corps des futures mères, qui se rendaient au sanctuaire, — et l’analogie avec l’Australie centrale sera complète. Que cette analogie est réelle et non pas fantaisiste, c’est ce que prouve les pratiques modernes des femmes syriennes, qui se rendent encore aux chapelles des saints pour obtenir des enfants, et qui regardent encore les « hommes saints » comme les incarnations humaines de la divinité. Sur ce point, comme sur beaucoup d’autres points obscurs de la superstition, le présent est le meilleur guide pour l’interprétation du passé; car, tandis que les formes plus élevées de la foi l'eligieuse s’évanouissent comme un mirage, les formes inférieures restent immuables et impérissables comme le roc. Les « hommes sacrés » d’une époque deviennent des derviches au siècle suivant, l’Adonis d’hier est le saint Georges d’aujourd’hui.