Le Dieu de la caverne corycienne
Rien encore de ce qu’on à découvert à Olba ne jette quelque lumière sur le caractère du dieu qui y était adoré sous le nom grec de Zeus. Mais, en deux endroits proches de la côte, à seulement quatorze ou quinze milles environ d'Olba, on adorait une divinité appelée aussi Zeus par les Grecs, située dans un paysage remarquable, qui doit avoir eu quelque rapport avec le culte et peut donc aider à l expliquer. En ces deux endroits, les caractères du paysage présentent une ressemblance générale, et dans l'un deux, le dieu était identifié d'une manière précise au Zeus d’Olba. Le pays est ici un plateau de roches calcaires, déchiré, par intervalles, de ces larges fissures, caractéristiques des formations calcaires. Des crevasses semblables, accompagnées de rivières qui s’y déversent et se dérobent sous terre, se rencontrent fréquemment en Grèce; on peut en observer aussi en Angleterre même, près d’ingleborough, dans le Yorkshire. On trouve souvent des ossement fossiles d’animaux dont la race est aujourd'hui éteinte, enfouis dans les stalagmites ou la brèche des cavernes calcaires. Par exemple, le fameux Trou de Kent, près de Tonjuay, renfermait des restes de mammouths, de rhinocéros, de lions, hyènes et d'ours, et il n’est pas rare de rencontrer dans presque toutes les contrées qui bordent la Méditerranée des ossements de quadrupèdes qui ont depuis longtemps disparu de l’Europe**®. La Gilicie Occidentale est plus riche en dépôts de miocène que toute autre partie de l’Anatolie, et les gorges de calcaire de la côte proche d’Olba sont remplies d’huîtres fossiles.
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de coraux et d’autres coquillages Là aussi, sur une distance de cinq milles, le plateau calcaire est déchiré par trois larges fissures, que la religion grec([ae associait avec Zeus et Typhon. L'une de ces fissures est la fameuse caverne corycienne.
Il faut partir de Gorycus, en Gilicie, pour atteindre la caverne, lieu charmant dont la beauté naturelle s’augmente encore par la célèbre légende qu’on lui prête. Nous laissons derrière nous la cité maritime, avec ses tours ruineuses, ses églises détruites, ses [ murs démantelés, ses maisons construites dans le roc, ses I citernes, sa jetée écroulée et sa forteresse insulaire encore impo- I santé dans sa ruine. Vue de la mer, cette partie de la côte cili- 1 cienne, couverte d’une longue file de décombres blanchis, que ! font ressortir les hauteurs de l’arrière plan avec leurs sombres I bouquets d’arbres, présente un aspect grandiose et populeux, i Mais, dès que nous nous en approchons, nous som.mes frappés du 1 vide et de la désolation de ce pays jadis prospère”'. En longeant j au couchant le rivage pendant une heure, nous aboutissons à une jolie anse que resserrent des collines boisées, où une source d’eau fraîche jaillit près de la plage et donne à l’endroit son nom de de Ta^/u-si/, c’est-à-dire « Eau Douce ». De cette baie, un ij sentier escarpé, long d'environ un mille, aboutit à une ancienne j voie pavée qui mène sur le plateau. Ici, s’introduisant adroitement idans un labyrinthe, ou mer pétrifiée de roches calcaires découj pées, on se trouve tout à coup sur la pente d’un abîme béant et [ insondable, c[ui est la Gaverne corycienne. De fait, ce n’est pas 1 une caverne, mais un immense trou, ou, pour ainsi dire, un bas- 1 sin ovale, perforé dans le plateau, d'un demi-mille environ de j circonférence. La hauteur des falaises qui l’enserrent varie de I cent à plus de deux cents pieds. Le fond rugueux de ce gouffre s’incline dans toute sa longueur du Nord au Sud, revêtu d’un fourré épais d’arbres et d’arbris.seaux, myrtes, grenadiers, caj roubes et bien d’autres, que des ruisselets, des eaux souterraines et l’ombre des hautes falaises maintiennent frais et verdoyants. IlUn seul sentier étroit descend jusqu’au bas de la caverne. Le trajet est long et pénible; à mesure qu’on descend la végétation iidevicnt plus dense; enfin, c’est dans l'ombre miroitante des > Ifeuillu ges qui bruissont sous la brise, c’est au son du clapotis des fontaines (pii jaillissent, (pi’on atteint le fond de l’abîme. On ne
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trouve plus parmi ces buissons le safran qui y poussait jadis, bien qu il fleurisse encore dans la contrée environnante.
Les pâtres nomades ont donné le nom de Paradis à cette caverne, avec sa verdure si riche, sa fraîche humidité et son ombre bienfaisante. Là ils attachent leurs chameaux, là ils font brouter leurs chèvres; et ils y viennent à la fin de l'été pour cueillir les grenades mûres. C’est par l’extrémité méridionale, qui est aussi l’endroit le plus profond de ce gouffre immense entouré de falaises, que l’on atteint la caverne proprement dite. L’entrée en est obstruée en partie par les ruines d’une église byzantine, qui remplaça un temple pa'îen. Le sol delà caverne descend, en pente douce, dans les entrailles de la terre. L’ancien chemin pavé de pierres polygonales s’y voit encore, mais pour se perdre bientôt sous le sable. La caverne se termine à deux cents pieds environ de son ouverture, et on entend le grondement retentissant d’eaux souterraines. On peut, en rampant et en s’aidant des mains et des pieds, arriver à un petit étang, couvert par un toit voûté de de stalactites ruisselantes, mais on ne peut voir le torrent dont on entend le tonnerre sourd. Il n'en était pas de même dans l’antiquité. Une source d'eau claire jaillissait du rocher, mais pour disparaître aussitôt après dans une fissure. De tels changements dans le cours des rivières sont fréquents en des pays exposés aux tremblements de terre, et aux éruptions volcaniques. Les anciens pensaient que cette caverne mystérieuse était un lieu hanté. Dans le grondement et le mugissement des eaux, ils croyaient entendre le choc des cymbales touchées par les mains divines*®*.
Quittons maintenant la caverne et retournons par le même chemin au sommet des falafses; nous allons trouver sur le plateau les ruines d’une ville et d’un temple, vers la bordure occidentale de la grande crevasse corycienne. Le mur de l’enceinte sacrée était bâti à quelques pieds des précipices, et le sanctuaire doit s’être élevé exactement au-dessus de la caverne et de ses eaux souterraines. Plus tard, le temple fut converti en une église chrétienne. J. T. Bent, en renversant une partie de l’édifice sacré, a eu la bonne fortune de découvrir une inscription grecque contenant une longue liste de noms, probablement ceux des prêtres qui dirigeaient le culte. On rencontre très souvent dans cette liste le nom de Zas, et il e.st tentant de le considérer comme une
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simple forme dialectale de Zeus. S'il en était ainsi, on pouvait supposer que des prêtres qui portaient le nom personnifiaient le dieu‘®L Mais l’inscription renferme un grand nombre de noms d’apparence étrange et évidemment barbares; Zas peut très bien être l’un d’eux. Il est certain, cependant, que Zeus était adoré dans la caverne corjcienne : à environ un mille de là, sur le sommet d'une colline, se trouvent les ruines d’un temple plus grand, dédié comme l’atteste une inscription, à Zeus Corycien*®^.
Mais Zeus, ou quelle que soit la divinité indigène qui portait son nom, ne régnait pas seul dans le vallon profond. Une créature plus terrible hantait un abîme plus effrayant encore, qui s’ouvre dans le soi à une centaine de mètres à l’est du gouffre corycien. C’est un entonnoir circulaire, d’un 1/4 de mille de circonférence assez semblable à la caverne voisine dans l’ensemble, mais plus petit, plus profond, et d’un aspect beaucoup plus terrifiant. Les bords surplombent et des stalactites y sont suspens dues. Il n’y a aucun chemin pour y pénétrer. La seule façon d’atteindre le fond, qui est couvert de végétation, serait de se laisser descendre au bout d’une longue corde. Les nomades appellent ce gouffre le Purgatoire, pour le distinguer de l’autre auquel il donnent le nom de Paradis. Ils disent qu’il y a un passage souterrain entre les deux, et qu’on peut voir la fumée d’un feu allumé dans la caverne corycienne sortir par l’antre. Le seul écrivain ancien qui mentionne expressément cette seconde et plus terrifiante caverne est Mêla; il dit que c'était l’antre du géant Typhon, et que nul animal qu’on y faisait descendre ne pouvait y vivre”®. Eschyle fait dire à Prométhée : « Typhon, fils de la terre, habitant les cavernes de Cilicie, monstre effrayant à cent têtes », qui, dans son orgueil, se dressa contre les dieux, sifilant la destruction de ses mâchoires terribles, tandis que l’éclair brillait dans ses yeux de Gorgone, ^lais un trait enflammé, lancé du ciel avec fracas, le frappa au cœur, et il est maintenant étendu, écra.sé et brûlé, sous le poids de l'Etna, près d’une mer étroite. Un jour cependant il vomira dans .sa colère une grêle de flamme, un déluge d’eau bouillante, des torrents de feu, pour dévaster les grasses plaines de Sicile”®». Cette description poétique du monstre, confirmée par un passage analogue de Pindare*”, prouve clairement (jue l’on concevait Typhon comme une
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personnification de ces volcans actifs qui vomissent flamme et fumée vers le ciel, comme s’ils voulaient attaquer les dieux célestes. Les cavernes coryciennes ne sont pas volcaniques, mais les Anciens croyaient sans doute qu’elles l’étaient, sinon ils n’auraient guère pu en faire l’antre de Typhon.
Selon une légende. Typhon était un monstre, moitié homme, moitié animal, conçu en Cilicie, par l’union de Tartare et de la déesse Terre : homme par le haut du corps, serpent énorme audessous des reins. Dans la guerre des dieux et des géants qui se livra en Egypte, Typhon enlaça Zeus dans ses replis de serpent, lui arracha son épée recourbée, et s’en servit pour couper les nerfs des mains et des pieds du dieu. Puis, le pi’enant sur son dos, il emporta de l’autre côté de la mer, en Cilicie, la divinité mutilée, et la déposa dans la caverne Corycienne. Là il enveloppa les nerfs qu’il avait arrachés dans une peau d’ours et les cacha. Mais Hermes et Ægipan réussirent à les déi’ober et à les restituer à leur divin propriétaire. A nouveau entier et en possession de sa force, Zeus assaillit son adversaire avec ses foudres, le chassa de lieu en lieu, et enfin l’engloutit sous le mont Etna. Des jets de flamme marquent encore les endroits où tombèrent en sifflant ces foudres^®®.
11 est possible que la découverte d'ossements fossiles d’énormes animaux disparus ait pu aider à localiser l’histoire du géant dans la caverne corycienne. On trouve souvent des ossements de ce genre, nous l’avons vu, dans les grottes calcaires, elles gorges calcaires de Cilicie sont en effet très riches en fossiles. Les Arcadiens plaçaient la bataille des dieux et des géants à Mégalopolis, où on a mis au jour de nombreux ossements de mammouth, et, en plus, on y a vu des flammes jaillir de la terre et brûler pendant des années Ces conditions naturelles sont bien faites pour suggérer une légende de géants en lutte avec les dieux et tués par la foudre. On regarde le feu couvant sous la terre ou ces jets de flamme comme les places où les éclairs de dieux avaient frappé la terre. Aussi les Arcadiens offraient-ils des sacrifices au tonnerre et à l’éclair^®®. En Sicile aussi, on a retrouvé de grandes quantités d’ossements de mammouths, d’éléphants, d’hippopotames, et d’autres animaux qui ont disparu depuis longtemps de l’île, et des patriotes siciliens y ont trouvé une preuve convaincante de la stature gigan-
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tesque de leurs ancêtres ou prédécesseurs^®*. Ces restes d'animaux énormes préhistoriques, qui s’ébrouaient jadis dans la jungle ou qui habitaient les fleuves de la Sicile, ont peut-être aidé, ainsi que les flammes de l'Etna, à la formation de ces histoires de géants emprisonnés sous le volcan et vomissant de la fumée et des flammes par son cratère. « Des légendes de géants et de monstres, qui sont en rapport direct avec la découverte de grands ossements fossiles, sont répandues dans toute la mythologie du monde. Certains restes de ce genre, trouvés à Punto Santa Elena, au nord de Guayaquil, ont servi de fondement à l’histoire d'une colonie de géants qui auraient habité là. La région des Pampas tout entière est un vaste tombeau d’énormes animaux disparus; il n’y a rien d’étonnant à ce qu’on ait appelé une grande plaine « le champ de géants » et que des noms comme « la colline du géant » ou « la rivière de l’animal » constituent des indications pour le géologue dans sa recherche d’ossements fossiles^®- ».
On trouve encore un autre abîme semblable à cinq mille environ au nord-est des cavernes coryciennes, mais séparé d’elle par beaucoup de gorges profondes et de rochers infranchissables. On peut y venir de la mer en une heure et quart, par une ancienne route pavée, qui monte d’abord à pic, puis plus doucement, à travers des collines boisées et couvertes de buissons. On arrive ainsi à une plateforme, où sont les ruines bien préservées d’une ancienne ville ; des restes de forteresses construites en pierres polygonales, d’églises imposantes, et de nombreuses maisons, ainsi que des tombeaux et des bas-reliefs, taillés avec art dans la pierre calcaire du voisinage, témoignent de l’étendue et de l'importance de la ville. Cependant aucun écrivain de l’antiquité ne la mentionne. Des inscriptions indiquent que son nom était Kanyteldeis on Kanytelideis, que l’on retrouve dans la forme moderne de Kanidiwan. Le goulfre s'ouvre au cœur même de la ville, mais les ruines sont en si grand nombre, que l’on n’aperçoit pas l'abîme avant d’en approcher à quelques mètres. C’est presque une circonférence régulière, d’un quart de mille de diamètre et de trois quarts de mille de tour, et d’une profondeur uniforme de deux cents pieds ou un peu plus. Les falaises descendent abruptes jusqu’au fond, et rappellent au voyageur les
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grandes carrières de Sjn’acuse. Mais, comme dans les cavernes corjciennes, dont la plus importante présente avec celle-ci une étroite ressemblance, la large ouverture est naturelle, et la profondeur est aussi recouverte d’arbres et de plantes. Deux chemins J descendaient dans l’antiquité, tous deux taillés dans le roc. L’un deux était un tunnel, aujourd’hui obstrué; l’autre est toujours ouvert. Des restes de colonnes et de pierres taillées que l’on trouve au fond du gouffre paraissent montrer qu’un temple s’élevait jadis en ce lieu. Mais il n’y a point de caverne au pied des falaises, on ne voit nulle rivière couler dans le creux profond et on n’en entend aucune gronder sous le sol. Une tour en ruines, bâtie en pierres polygonales, porte une inscription grecque; elle nous apprend que le monument fut consacré à'Zeus Olbien p.ar le prêtre Teucer, fils de Tarkuaris. Les lettres sont admirablement gravées dans le style du lu® siècle avant J.-C. Nous pouvons en inférer qu’à cette époque, la ville appartenait aux rois-prêtres d’Olba, et que le A^aste gouffre était consacré à Zeus Olbien^®’.
Quelle était donc la nature du dieu qui, sous le vocable de Zeus, fut adoré dans ces deux immenses gouffres? La profondeur des fissures béantes, s’ouvrant, pour ainsi dire, à l'improAuste au centre du plateau, était propre à émouvoir et à faire trembler le voyageur et le spectacle de la végétation viA^ace et dense, arrosée dans le sein de l’abîme par des ruisselets ou des courants souterrains, doit avoir offert un contraste saisissant aA^ec la désolation du plateau gris et rocailleux des alentours. Un tel lieu a dû paraître à ces peuples grossiers comme un paradis, comme un jardin de Dieu, comme la demeure des puissances suprêmes, qui savaient faire fleurir le désert, sinon de roses, du moins de myrtes et de grenadiers à l'usage de l’homme, et d’herbes et de broussailles à l’usage de ses troupeaux. Tel aura paru au Sémite (ainsi que nous l’avons déjà dit), le Baal qui sait fertiliser le sol par des eaux qui suintent de sous terre, au lieu de se déverser du ciel et par conséquent il aura eiiAUsagé sa divinité comme demeurant dans les profondeurs terrestres et non pas comme résidant au haut des cieux*®*. Dans les pays arides, le Dieu du Ciel est dépouillé d’une des principales fonctions dont il a la charge dans un climat froid et nuageux tel que celui de l’Europe.
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Ce n’est pas que la Cilicie soit aride, mais dans les jiays que baigne la Méditerranée la sécheresse est presque persistante durant les longs mois de l’été. Alors les plantes s’étiolent, le paysage prend un ton roussissant et brun ; les rivières tarissent et, seuls leurs lits blanchâtres et pierreux, qui brûlent les pieds et qui éblouissent les yeux, indiquent encore où était leur cours. C’est à de pareils moments, qu’une cavité verdoyante, qu’un rocher ombreux, qu’un ruisseau murmurant sont accueillis avec une joie et un étonnement sans pareil par le nomade méridional. L’homme sédentaire du Nord ne saurait imaginer son ravissement. Les rivières lentes et larges de l’Angleterre aux fils sinnueux, aux berges herbeuses, bordées de saules grisâtres qui se reflètent avec le doux ciel anglais dans le fleuve tranquille, n’ont jamais pris un tel air de beauté que lorsque le pèlerin les aperçoit pour la première fois, après avoir laissé derrière lui la poussière, la chaleur, les flots de lumière aveuglante du blanc paysage méridional, encadré dans un horizon bleu-saphir..
Nous pouvons donc regarder comme probable que le dieu des cavernes corycienne et olbienne était adoré comme un principe de fertilité. Dans l’antiquité, quand la rivière, qui maintenant gronde sous la terre, jaillissait encore du rocher dans la caverne corycienne, le site devait ressembler à Ibriz, où le dieu du blé et du vin était adoré à la source de la rivière; et nous pouvons comparer à cela la vallée d’Adonis, dans le Liban, où la divinité qui a donné son nom à la rivière, était vénérée dans ces cascades écumantes. Ces trois paysages avaient pour traits communs une végétation luxuriante et d’abondantes rivières, jaillissant du roc. Nous ne pouvons guère nous tromper en supposant que ces caractères aidaient à la conception des divinités qui passaient pour habiter dans ces lieux. Dansla caverne corycienne, l'existence d’un second goulfre, d’aspect menaçant et redoutable, peut bien avoir suggéré la présence d’une créature malfaisante qui y vivrait cachée, cherchant à détruire l’œuvre bienfaisante du bon dieu. C’est ainsi que nous aurions la légende d'une lutte entre les deux, un conflit entre Zeus et Typhon.
Dans l’ensemble, nous concluons que le Zcus Olbien, adoré dans l’une de ces vastes cavernes calcaires et d'une nature clairement identique à celle de Zeus Corycien, était aussi le même
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que le Baal de Tarse, le dieu du blé et du vin, qui, à son tour, ne peut guère être séparé du dieu dTbriz. Si notre conjecture est exacte, le nom indigène de Zeus Olbien était Tark ou Trok, et les Teucer, prêtres d'Olba, le représentaient par leurs propres personnes. Dans cette hypothèse, les prêtres Olbiensqui portaient le nom d’Ajax personniQaient une autre divinité indigène, dont le nom est inconnu, peut-être le père ou le fils de Tark. En comparant les monnaies de Tarse aux monuments hittites dTbriz et de Boghaz-Keui, nous avons été amenés à la conclusion que les habitants de Tarse adoraient au moins deux dieux distincts, un père et un tils, le père étant connu par les Sémites sous le nom de Baal et par les Grecs sous celui de Zeus; le fils étant appelé Sandon par les indigènes et Hercule par les Grecs. Nous pouvons suggérer, en outre, qu’à Olba les noms de Teucer et d’Ajax représentaient deux dieux dont le type correspondait aux dieux de Tarse; et si le personnage inférieur d’ibriz, que l’on voit, dans une attitude d'adoration, devant la divinité du blé et de la vigne, pouvait être interprété comme étant le divin Fils en présence du divin Père, nous aurions, en ces trois endroits différents, le même couple divin, représenté sans doute en chair et en os par des générations successives de rois prêtres. Mais, vue la fragilité des preuves, nous ne pouvons proposer cette hypothèse comme autre chose qu'une simple conjecture.