‹ Adonis, étude de religions orientales comparéesChapitre 39 sur 189 · Le Bûcher de Sardanapale · texte numérisé non relu

Le Bûcher de Sardanapale

Un autre argument confirme indépendamment et de façon toute spéciale la théorie que les princes et les rois de Tarse y étaient offerts autrefois en holocauste de par leur qualité de . dieux. Selon une tradition, la cité de Tarse ne fut pas fondée par Sandon, mais par Sardanapale, le célèbre monarque assyrien, dont la mort sur un immense bûcher formait l’un des épisodes les plus fameux de la fable orientale. On pouvait voir, au bord de la mer, après une journée de marche en quittant Tarse, les ruines d’une ancienne cité nommée Anchiale ; en dehors des murs se dressait un monument de Sardanapale sur lequel l’image du monarque était sculptée. Il était représenté faisant claquer ses doigts de la main droite, geste accompagné d’une inscription gravée en caractères as.syriens, disant : e Sardanapale, fils d’Anacyndaraxès, a fondé Anchiale et Tarse en un seul jour. Quant à toi, étranger, mange, bois, fais l’amour; tout le reste ne ^ vaut rien ». Le geste signifiait que toute autre affaire humaine ne valait pas une pichenette*'*'’.

Il est possible que le geste ait été mal interprété et que l'inscription ait été mal traduite®®®; pourtant nous ne pouvons douter qu'un pareil monument ait existé, tout en nous disant qu'il était sans doute plutôt hititte qu’assyrien; car, sans parler des vestiges artistiques et religieux hittites retrouvés à Tarse, il a été découvert à Marach, dans la vallée supérieure du Pyrame, toute une série de monuments hittites®®*. Les Assyriens ont pu dominer la Cilicie pendant un certain temps, mais l'influence hittite y a probablement été plus profonde et plus durable®®^

Le conte qui attribue la fondation de Tarse à Sardanapale a pu {

SARDANAPALE ET HERCULE

être apocryphe^®-*, mais pour l’associer à celte cité il a fallu une raison, et notre présente hypothèse sur sa mort traditionnelle par le bûcher, peut fournir cette raison. Pour ne pas tomber vivant entre les mains des rebelles qui assiégeaient Ninive, il fit élever dans son palais un bûcher colossal, y fit mettre des trésors d’or et d’argent, ainsi que des vêtements de pourpre, et finalement se jeta lui-même dans les llammes, avec son épouse, ses concubines et ses eunuques

Le récit n’est pas authentique quant au Sardanapale de l'hisloire, c’est-à-dire quant au grand roi assyrien Assourbanipal, mais il est véridique quant à son frère Shamashshoumoukin. Celui-ci ayant été nommé roi de Babylone par Assourbanipal, se révolta contre son bienfaiteur et suzerain, et fut assiégé par lui dans sa capitale. Le siège fut prolongé, la citadelle résista furieusement, car les Babyloniens se rendaient compte que les cruels Assyriens seraient sans merci. Mais la peste et la famine décimèrent les assiégés et quand ils eurent à se rendre, le roi Shamashsboumoukin résolut de ne pas tomber vivant entre les mains de son frère en courroux, s’enferma dans son palais et se jeta dans les flammes pour y périr, lui, ses enfants, ses esclaves et ses trésors, au moment même où les vainqueurs enfonçaient les portes de la cité^^L Peu d’années après, la tragédie fut répétée à Ninive parSaracus ou Sinsharishkoun, dernier roi d’Assyrie. Assiégé par le rebelle Nabopolassar, roi de Babylone et par Gyaxare, roi des Mèdes, il se brûla lui-même dans son palais. Ce fut l’écroulement de Ninive et de l'empire d’Assyrie

De la sorte l’histoire grecque a perpétué le souvenir de la catastrophe, mais a substitué aux réelles victimes obscures le bien plus fameux Asssourbanipal, dont l’image, dans la suite des temps, se détache, gigantesque et sombre, sur les feux du soleil couchant de la gloire assyrienne.

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