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La purification par le feu

Ces faits et ces traditions paraissent prouver qu’en certaines circonstances les monarques orientaux se déterminaient à périr volontairement par les flammes. Quelles étaient ces circonstances? et quelles furent les conséquences de leur acte? S’il ne s’était agi que d’échapper à la cruauté d’une vainqueur, une mort plus douce aurait évidemment été choisie. 11 a fallu une raison toute spéciale pour arrêter le choix d’un trépas sur le bûcher. La fin légendaire d’Hercule, la fin historique d’IIamilcar et le tableau représentant Crésus assis majestueusement sur un trône au sommet de la pyramide funèbre et en train de verser une libation, tout cela, si nous legroupons, s’enchaîne pour indiquer

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que rincinératioii volontaire constituait un sacrifice solennel, voire une apothéose, qui élevait la victime au rang de dieu®*®, si bien qu'IIamilcar, pareil à Hercule, fut adoré après son décès. De plus, les Anciens considéraient le feu comme donnant l’épuration par excellence; ils lui prêtaient un tel pouvoir, qu’appliqué selon les l’ègles, il pouvait réduire à néant tout ce que l’homme a en lui de périssable, ne lui laissant que son àme divine et immortelle. C’est là, sans doute, la source de ces contes qui nous parlent de déesses désireuses de conférer l’immortalité aux enfants nouveaux-nés des rois ; elles comptaient parvenir à leur but en brûlant ces jeunes êtres durant la nuit; mais leurs excellentes intentions furent toujours frustrées par l’intervention ignorante d’un père ou d’une mère, poussant des cris d'horreur quand ils voyaient leur progéniture en flammes ; ce qui troublait fort la déesse dans l’exercice de son rite magique.

On nous raconte pareille histoire d'Isis dans la demeure du roi de Byblos, de Déméter dans la demeure du roi d’Eleusis, et de Thétis dans la demeure de son époux mortel, Pélée®*'. Nous voyons une variante de la même fable dans la légende de Médée; la sorcière se faisait fort de rendre la jeunesse aux vieillards en les faisant bouillir dans son chaudron magique, rempli d’un breuvage infernal; et lorsque le cruel Tantale, pour éprouver la divinité des dieux, leur lit servir dans un banquet le corps démembré de son fils Pélops, mêlé à d’autres viandes, les êtres divins touchés de pitié plongèrent les membres estropiés dans une chaudière, d’où le prince, ébullition faite, émergea dispos et rajeuni®”. Le feu, dit Jamblique « détruit la partie matérielle des sacrifices; il purifie toutes choses et tout ce qui touche ces choses, les dégageant des entraves matérielles, et en vertu de la pureté de son essence, il en fait quelque chose de propre à communier avec les dieux. De même, il nous dégage de la servitude et de la corruption, il nous fait semblable aux dieux, ils nous rend propres à leur amour et nous rend immatériels, de matériels que nous sommes®®'* ». Ainsi nous pouvons comprendre pourquoi les rois et leurs sujets qui revendiquaient la divinité, ou bien qui y aspiraient, choisissaient la mort par le feu. Celui-ci leur ouvrait les portes du ciel. Le charlatan Pérégrinus, qui a clos sa vile carrière dans les flammes d'Olympie,

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déclarait, qu’après sa mort, il serait transformé en un esprit qui sauvegarderait les hommes des périls noctuimes; et, comme le remarque Lucien, il y eut assez de nigauds pour ajouter foi à son dire^'L D'après d’aucuns, le philosophe sicilien Empédocle, qui de son vivant se targuait d’être un dieu, se lança dans le cratère du mont Etna afin d'établir ses droits à la divinité®*®. Cette tradition n’a rien d'invraisemblable. Le philosophe au cerveau fêlé, assoiffé de réclame, a parfaitement pu faire ce que font les fakirs de l’Inde ®*’, ce que le pitre effronté Périgrinus fit dans l’ancien temps, et ce que, de nos jours, font encore les paysans russes et les Bouddhistes chinois®*®. Il n’y a aucune extrémité à laquelle le fanatisme, ou la vanité, ou une combinaison des deux, ne sache pousser ses victimes.

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