Le culte du feu en Cappadoce
Sous la domination des anciens Perses, la Cappadoce devint et demeura longuement le siège principal du culte du feu zorastrien ; du vivant de Strabon, au début de notre ère, les adeptes de cette croyance ainsi que leurs temples étaient encore fort nombreux dans le paj's. Au centre du temple, le feu perpétuel ardait sur un autel entouré d’un monceau de cendres ; devant lui les prêtres chantaient chaque jour leurs prières, tenant en main un faisceau de verges de myrte, et coiffés de bonnets de feutre, munis de mentonnières rpii couvraient leurs lèvres, de peur que leur haleine ne souillât la flamme sacrée®®'. 11 est raisonnable de supposer que ces feux naturels qui, aux alentours du Mont Argée, ne cessaient de brûler, attiraient le culte des disciples de Zoroastre, car ailleurs des feux similaires ont, jusqu’à nos jours, été l’objet d’adoration religieuse. Par exemple, sur le penchant inférieur des Ilimalayas, des jets de gaz combustible des marais s’élancent de dessous terre ; un grand temple indien s’élève sur cet envplacement et attire une foule de pèlerins. La flamme inextinguible, de couleur rougeâtre, émet des parfums aromatiques en jaillissant d'un puits dans la cour antérieure du sanctuaire. Les dévots arrivent avec leurs offrandes, cpii d’ordinaire consistent en fleurs et les remettent aux fakirs de service; ceux-ci après les
avoir tenues au-dessus de la flamme, jettent ces pieux dons dans ' le corps du bâtiment^®*. En outre, des pèlerins hindous s'amènent, non sans diflicultés, à Bakou, sur la mer Caspienne afin, d’adorer les feux éternels qui émanent du sol dans les nappes pétrolifères.
Le lieu saint est à une distance d’environ dix milles au Nord- ! Est de la cité. Un voyageur anglais de passage à Bakou, au ;
xvin® siècle en fait la description suivante : « Il y a plusieurs anciens i
temples de pierre qui passent tous pour avoir été dédiés au Feu; ’ la plupart sont des voûtes en arceaux qui n’ont pas plus de 10 à t
15 pieds de haut; il s’y trouve aussi un petit temple où des Ilin- j
dous modernes viennent faire leurs dévotions. Près de l’autel, il y a un gros bambou creux, à l'extrémité duquel sort une flamme bleuâtre, qui brûle doucement, telle la flamme d’un réchaud à alcool, mais plus pure. Les Hindous déclarent que ce feu à persisté depuis le déluge; ils sont convaincus qu’il brillera jusqu’à î la fin du monde et que, si Fon essayait deTétoulTer ou de le supprimer à cette place, il se manifesterait simplement dans un autre endroit. Ces pèlerins, d’ordinaire, forment une troupe de quarante ou cinquante malheureux fidèles qui arrivent de leur propre pays, se nourrissant de céleri sauvage, d’autres herbes et de topinambours, excellent comestible qui pousse un peu plus loin, au nord. Leur ‘but de pèlerinage est l’expiation de leurs propres fautes ainsi que celles d’autrui. La durée de leur séjour près du sanctuaire est en proportion directe du nombre de personnes qui les ont chargés de prier pour elles. Ils se maquillent le front de safran et vénèrent tout particulièrement une vache rousse®'®. » Puisqu’on vient de si loin dans le dessein d'expier, et ses péchés j et ceux d’autrui, il y a Heu de croire qu’une vertu purificative s’attache à ce feu sacré. i