Le culte des sources chaudes
Il a été impossible de découvrir de nos jours la mystérieuse caverne d’Hiérapolis aux vapeurs mortelles; ou pourrait croire qu’elle avait disparu dès l’antiquité®^®; peut-être a-t-elle été détruite par un tremblement de terre. Mais une autre merveille de la Ville Sainte subsiste encore de nos joins. Les sources chaudes, avec leur dépôt calcaire qui, comme la baguette d’un sorcier, change en pierre tout ce qu’il touche, excitaient l’admira-
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lion étonnée des Anciens, et le temps n’a fait depuis que rehausser la splendeur fantastique de cette féerie. Les ruines majestueuses d’Hiérapolis occupent une large terrasse sur le versant de la montagne, et dominent au loin un paysage d’une beauté et d’une grandeur extraordinaires, qui s’étend depuis les sombres précipices et les neiges éblouissantes du Mont Cadmus jusqu’aux sommets brûlés de la Pbrygie, dont les teintes rosées se meurent dans le bleu du ciel. Derrière la cité, s’élèvent des collines entrecoupées de ravins boisés. Au-devant, la terrasse descend en falaises, de trois cents pieds de hauteur, vers la vallée désolée et sans arbres du Lycus. Du haut en bas de ces falaisesMes sources chaudes se sont déversées, ou ont coulé goutte à goutte, pendant des milliers d’années, et les ont incrustées d'une substance blanche et perlée, ressemblant à du sel ou à de la neige. L’effet produit par l’ensemble est comme si un puissant fleuve, de deux milles de large, avait été subitement fixé dans le moment de sa chute le long d’une haute falaise et s’était transformé en marbre blanc. C’est un Njagara pétrifié.
L’illusion est surtout très forte en hiver ou dans la fraîcheur des matins d’été, lorsque le brouillard des sources chaudes flotte dans l’air, comme un voile d’embrun tendu au-dessus de l’écume de la cascade. La falaise blanche, qui attire l’attention du voyageur à une distance de vingt milles, s’embellit encore quand on l’examine de plus près, et crée mirage sur mirage. Elle nous semble alors un glacier : ses longues stalactites pendent comme des aiguilles de glace, et les neiges immaculées de sa nappe lisse se nuancent çà et là de délicates touches bleues, roses et vertes, de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ces cascades pétrifiées d’Hiérapolis sont parmi les merveilles du monde. 11 est même probable qu’elles ont été sans rivales dans leur genre, depuis qu’une éruption volcanique a détruit les fameuses terrasses blanches et roses de Rotomahana en Nouvelle-Zélande.
Les sources chaudes qui ont créé ces miracles à Iliérapolis s’élèvent dans un large et profond étang, parmi les ruines aussi vastes qu’imposantes de l’ancienne ville. Leurs eaux sont d'un vert céladon, limpides et transparentes. Au fond on peut voir les colonnes corinthiennes de marbre blanc qui ont dû autrefois former une belle galerie autour de la fontaine saci’ée; elles étin-
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ce ent à travers l’eau A^ert-bleu et semblent les ruines d'un palais de Na'iades. Des touffes d’oléandres et de grenadiers ombragent le petit lac et ajoutent à son charme. Mais ce lieu enchanté n’est pas sans dangers. Des bulles d’acide carbonique s’élèvent sans cesse du fond et montent à la surface, en pétillant comme des parcelles argentées. Sur la berge, on trouve des cadavres de bêtes et d’oiseaux qui étaient venus s’abreuver et que la vapeur méphitique avait asphyxiés ; et' les villageois racontent que des baigneurs, tombés en syncope sous l’effet de ces gaz irrespirables, furent noyés; le génie des eaux, croyaientils, les avait attirés au fond de l’étang.
Les sources d’eau chaude, une fois que la piété des fidèles eut cessé de les entretenir en bon état, ont débordé pendant des siècles de leurs canaux et ont librement envahi le plateau. Son sol s’est rehaussé de plusieurs pieds par les dépôts laissés, dont les blancs monticules cachent les ruines et entravent la marche du voyageur, sauf là où les anciens conduits, comblés jusqu’au bord de matières solides, créent à présent des chaussées nivelées d’où le voyageur peut, sans descendre de cheval, contempler l'étrange panorama. Dans l’antiquité, les cultivateurs s’ingéniaient pour conduire les eaux dans des rigoles autour de leurs terrains et de la sorte, en peu de temps, leurs champs, leurs vignes étaient clôturés par des enceintes de solides pierres. Ces eaux étaient aussi spécialement propres à la teinture des étoffes de laine. En mélangeant à ces eaux les sucs de certaines racines, les draps qu'on y immergeait se teignaient des plus beaux tons de la pourpre et de l’écarlate®**.
Il n'est pas douteux qu’Hiérapolis obtint sa réputation de ville sacrée en grande partie grâce à ses sources chaudes et à ses vapeurs méphitiques. L'effet thérapeutique des eaux minérales et tliermales était très bien connu des Anciens et il serait instructif, de pouvoir étudier les causes qui, graduellement ont éliminé l’élément superstitieux de l’application de ces eaux et ont converti maints sites de l'ancienne religion volcanique, en nos stations balnéaires d’aujourd’hui. Chez les Grecs, c’était un article de foi que toutes les sources chaudes étaient consacrées à Hercule**®. « Qui a jamais entendu parler de bains froids consacrés à Hercule? » dit l’Injustice, dans Aristophane; et la Justice
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admet que ce patronage, accordé aux bains chauds par le héros musculeux, était l’excuse alléguée par les adolescents, pour se prétasser des jours durant dans l'eau chaude, au lieu de trans- : pirer, comme ils auraient dû le faire, au gymnase®^®. On disait que les sources thermales avaient, au début, été créées pour rafraîchir Hercule après ses travaux; les uns attribuaient cette t
bonne pensée et cette aimable action, à Athéné, d’autres à .
Héphæstus; d’aucuns les attribuaient aux Nymphes®^’. L’eau ; chaude de ces sources paraît avoir été employée pour guérir les | maladies de peau, car, selon le proverbe grec, « la démangeaison J d’Hercule » ainsi nommait-on le malaise dont souffraient ceux qui | prenaient des bains chauds pour lagale®^*. ;
Fort de son association avec les eaux médicinales. Hercule se | faisait passer pour patron de l'art thérapeutique. A en croire i Lucien, il refusait de céder le pas au ciel à Esculape lui-même. Le > différend entre les deux divinités amena une querelle inconvenante : (' Veux-tu dii’e », disait Hei’cule à son père Zens, dans un mouvement d'indignation, « que cet apothicaire doive s’asseoir àtable avant moi? » — à quoi l’apothicaire répondit, avec beaucoup d’acrimonie et rappela certains épisodes désagréables de la vie privée du corpulent héros. Finalement, la dispute fut réglée par ‘ Zeus en faveur d’Esculape, sous le prétexte que ce dernier, étant mort avant Hercule, avait droit de préséance, comme son aîné®^®.
Parmi les sources thermales consacrées à Hercule, les plus fameuses étaient celles qui jaillissaient aux Thermopyles et qui fournirent au défilé son nom de Portes-Chaudes®^“. Les bains chauds, que les indigènes appelaient « Les Pots » furent agran- i dis et perfectionnés afin de servir aux malades, par le riche , sophiste Hérode Atticus, au ii® siècle de notre ère. Un autel dédié à Hercule se dressait à côté des Thermes d’après une tradition, i ces sources chaudes furent créées ici par Atliénè pour rafraîchir le dieu®'^. Elles existent aujourd’hui encore, sans changement j apparent, quoique le recul de la mer ait converti le défilé en une large plaine marécageuse, à travers laquelle le Sperchius large, mais peu profond, roule nonchalamment ses eaux bourbeuses pour aller s’épancher dans la mer. Du côté opposé, d'âpres montagnes surplombent le défilé de leurs rochers et précipices; leurs versants grisâtres sont parsemés de broussailles ou de buissons,
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partout où la végétation trouve un point pour s’enraciner, et les crêtes couronnée de pins se profilent sur l’horizon. Elles rappelleraient à un Ecossais les monticules, les falaises désordonnées, les escarpements par lesquels Ben Venue descend à la Plage Argentée de Loch Katrine.
La fontaine principale sourd des rochers juste au pied du point le plus haut et le plus abrupt. Après avoir formé une petite mare, l'eau coule rapidement vers l’orient en contournant le pied des montagnes. Elle a un tel degré de chaleur, du moins tout près de la source, que c’est a peine si l’on peut y tremper la main, et la vapeur s’élève épaisse sur toute la surface du ruisseau. De fait, les nuages de blanches vapeurs, et les fortes exhalaisons sulfureuses apprennent facilement au voyageur le chemin du lieu célèbre, bien avant qu’il puisse apercevoir les fontaines. L’eau est claire, mais prend une teinte de bleu outre-mer ou céladon, qui provient des dépôts épais et gluants de soufre d'un bleu verdâtre, qui couvrent le fond du courant; celui-ci, partant de sa source, tout fumant avec ses eflluves sulfureuses, bondit vers l'est pendant quelques cents yards au pied de la montagne et là il unit ses eaux bleues à une autre source, qui surgit avec plus de calme dans une espèce de piscine naturelle, au milieu des roches. Les flancs de ce bassin ne sont pas revêtus de soufre sur une aussi grande épaisseur que les berges du ruisseau; par conséquent leur eau n’est pas aussi bleue. Un peu plus loin, se trouve un second bassin plus grand, qui, à en juger par sa forme carrée et ses côtés aplanis, paraît être artificiel, au moins en partie. Ce sont là sans doute les Pois que mentionnent les anciens auteurs. Les baigneurs modernes s’en servent encore et quelques cabines en bois sont à la disposition des passants. Une fraction de l'eau est conduite dans un chenal artificiel pour faire tourner un moulin à un mille et demi à l'extrémité est du défilé. Dans son cours, l’eau a couvert le sol spongieux d'une croûte blanche qui sonne creux sous les pas®^*. Nous pouvons conjecturer que c’est à cause de ces sources curieuses (ju’Ilercule fut associé à ce district ; c’est sans doute aussi pourquoi on plaça sur le sommet du mont (Æita là scène de la mort du dieu sur le bûcher. Le pays est volcanique et a souvent subi des tremblements de terre®’*.
Au-delà du détroit, l’île d’Eubée a souffert, à la même épo-
que, des mêmes fléaux. Sur ses côtes sud, des sources sulfureuses, pareilles à celles des Thermopyles, mais bien plus chaudes et plus eflicaces, étaient également dédiées à Heicule”*. Leur forte action curative, spécialement pour les maladies de peari et la goutte, appellent en ces lieux les impotents de l’ancien temps et d’aujourd hui. Sylla y prit les eaux pour soigner sa goutte®’® et à Tépoque de Plutarque la ville voisine d'Edepse, située dans la vallée verdoyante, à deux mille des sources, était le rendez-vous des élégants de la Grèce. Des constructions aussi gracieuses que commodes, un pays amène, l’abondance du poisson et du gibier, l’effet salutaire des bains, tout s’alliait pour attirer à Edespe une foule de flâneurs, durant la « haute saison )), qui en Grèce, tombait au printemps radieux. Tandis que d’aucuns regardaient danser les danseurs, ou se délectaient aux sons des harpes, d’autres passaient les heures à discourir, prenant leurs aises à l’ombre des colonnades ou déambulant sur la plage du magnifique détroit, devant le panorama où s’étageaient, de l’autre côté de la mer, montagnes sur montagnes immortalisées par l’Histoire®®^. Pres({ue rien ne reste de tout ce luxe élégant des Grecs ; néanmoins les sources bienfaisantes sourdent toujours comme autrefois. Dans le cours des temps, le dépôt calcaire blanc-jaune, que laisse l'eau derrière elle, a formé un monticule au pied des montagnes et le ruisseau tombe en cascade vaporeuse du haut du locher, droit dans la mer®’®. Il arriva qu’après un tremblement de terre, et trois jours durant, les sources furent taries et qu’au même moment les fontaines des Thermopyles ne coulèrent plus®’®. Cet incident prouve combien les thermes des deux côtés du canal étaient en rapport étroit non seulement l'un avec l'autre, mais encore avec l’action volcanique. Une autre fois, une source froide jaillit tout à coup à côté des sources chaudes d’Edespe ; comme cette eau était réputée remède souverain, les malades venaient pour la boire, de près comme de loin. Mais les généraux du roi Antigone, désireux de percevoir un revenu, créèrent un impôt sur cette eau, et la source, comme Indignée d'être employée à un si vil usage, disparut aussi subitement qu’elle était venue®'".
Hors de Grèce, Hercule était encore associé aux eaux thermales. L’influence hellénique étendait ce culte à la Sicile®", à l’Italie®'- et
même à la Dacie®”. Il est difficile de dire pourquoi le héros fut choisi comme patron de ces sources chaudes. Néanmoins il est utile de se rappeler que ces fontaines combinent de certaine manière les principes doubles, et en apparence incompatibles, de l’eau et du feu®'**, de fécondité et de destruction, et que la mort d’Hercule dans les flammes paraît l’associer à l’élément igné. De plus, le conflit apparent des deux principes n’est point aussi absolu qu’on le supposerait à priori; car la chaleur est aussi nécessaire que l’humidité pour entretenir la vie humaine et vég'étale. Les feux volcaniques ont, eux aussi, un aspect bienfaisant, puisque leurs produits améliorent le bouquet des vignes. Les Anciens eux-mêmes avaient remarqué, comme nous l’avons vu, le rapport existant entre le bon vin et le sol volcanique et ils avaient proposé, plus ou moins sérieusement, d’interpréter le dieu du vin Dyonisos comme le fils du feu®'*®. Patron des sources chaudes, Hercule combinait les éléments générateurs de la chaleur et de l'humidité et pouvait de la sorte représenter, dans l’un de ses maints aspects, le principe de fertilité.
En ^’i’ie, les femmes stériles s’en vont aux sources chaudes afin de demander au Saint, ou au génie des eaux, de les rendre fécondes®*®. C’est le cas, par exemple, dans le pays de Moab, aux célèbres sources thermales qui, à travers une gorge sauvage, vont se jeter dans la mer Morte. Les anciens Grecs les surnommaient Callirhoé, les Belles Oncles. Hérode mourant, accablé de maladies multiples, que les Juifs dévots attribuaient à la vengeance divine, s’en fut vainement chercher dans ses eaux l’arrêt ou l’adoucissement du fatal progrès de ses maux. Mais les eaux salutaires ne lui apportèrent aucun soulagement et il dut se retirer à Jéricho, pour y mourir®'*’. Les fameuses fontaines jaillissent en divers endroits des flancs d’une profonde et pittoresque ravine; elles forment un torrent d’eau tiède qui se précipite dans le creux du vallon, bondissant de roche en roche et y jetant son écume, à 1 ombre noire des tamaris et des fourrés de roseaux. Des deux cotés, le rivage, semé de blocs, se frange de fougères capillaires ; l’une des sources se déverse du haut d'un talus rocailleux, le long d’une falaise que l’eau sulfureuse a nuancée de jaune. Les escarpements élevés qui resserrent l’étroit abîme sont aussi audacieux et imposants que variés de teintes; car ils
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passent par toute une gamme de couleurs du grès rouge, au calcaire blanc et jaune, jusqu’au noir basalte; c'est à la jonction du grès et du calcaire que les eaux trouvent leur issue. Leur degré de leur chaleur est élevé, et des tourbillons de vapeur émanent des pentes montagneuses largement fendillées, tandis qu’on entend le sourd mugissement des eaux. Le fond de la vallée est garni, pour ne pas dire bouché, par une végétation épaisse, car le chaud ravin, se trouvant bien au-dessous du niveau de la mer, possède une température et une flore presque africaines. Ici se voient des fourrés de roseaux aux flocons empennés, que tour à tour la brise secoue ou balance ; là se plaisent les lauriers-rose dont la frondaison vert-sombre et lustrée mire ses belles fleurs ; plus loin les dattiers dressent leurs cimes altières ; un torrent de verdure jaillit partout où passe le torrent aux ondes chaudes. Le sol est tapissé des plantes les plus superbes. De magnifiques orobanches d’un rose violacé ou d’un jaune éclatant forment de grands bouquets; leurs tiges, couvertes de fleurs depuis le sol jusqu’à leurs extrémités, ont plus d’un mètre de hauteur. Parmi les pierres, abonde un géranium rosé et exquis; et là où la terre est plus riche, elle fait éclore un fouillis de giroflées, qui, la nuit, parfument l’air, tandis que les fentes des rochers se rougissent de renoncules écarlates, d’oseilles et de c^’clamens. Un essaim de papillons, aux grandes ailes diaphanes et bariolées, voltige sur toute cette luxuriante végétation. En prolongeant le regard sur la grande gorge jusqu’à son débouché, 'l’on verra au loin les collines violettes de Judée entre deux murs de noires colonnes basaltiques et de grès purpurins
Chaque année aux mois d’avril et de mai, les Arabes s’en vont en foule au vallon pour se refaire et prendre les eaux. Ils s’installent dans des huttes faites de roseaux coupés dans les fourrés. Ils se baignent dans l’eau fumante, ou bien la reçoivent sur leur corps, lorsqu’on jet puissant elle sort des rochers crevassés. Mais, avant de se permettre ces ablutions, les visiteurs, tant musulmans que chrétiens, se rendent propices l’esprit ou le génie du lieu par le sacrifice d’un mouton ou d’une chèvre, fait à la source. Ils laissent l’eau se teindre du sang rouge ; ils se baignent ensuite, dans ce qu’ils nomment les Bains de Salomon. La légende rapporte que Salomon le Sage, créa ces thermes ; pour que l’eau se
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maintienne bien chaude il ordonna aux génies de ne jamais laisser tomber le feu. Les génies ont obéi jusqu’à cette heure, mais ils se relâchent parfois dans leur effort, et l’eau baisse et se refroidit. Dès que les baigneurs s’en aperçoivent, ils disent : « 0 Salomon, apporte du bois vert, du bois sec », et à peine ont ils dit, que l’eau se met à gazouiller et à fumer comme devant. Les malades énumèrent au saint, ou au Sheikh, qui vit invisible dans les sources, tous leurs maux; ils lui indiquent le point exact où siège la douleur, que ce soit le dos, la tête, ou les jambes; et si la chaleur de l’eau diminue, ils s’écrient : « Ton bain est froid, ô Sheikh, ton bain est froid » ! sur quoi, l’aimable Sheikh attise le feu, et voilà que Teau bouillonne à nouveau. Mais si, malgré les l'emontrances, la température de la source continue à baisser, ils disent que le Sheikh est parti en pèlerinage, et ils lui crient de l'entrer bien vite. Les musulmanes stériles viennent aussi à ces sources pour obtenir des enfants et elles font de même aux bains similaires près de Kerak. Là on a entendu une femme inféconde apostropher l’esprit des eaux en ces termes ; « 0 Sheikh Salomon, je ne suis pas encore une vieille femme, donne-moi des enfants®*® ». Cet hommage rendu par les femmes et les hommes arabes au Sheikh Salomon, siégeant sous ses sources chaudes, peut nous aider à comprendre le culte, qu’en des endroits semblables les femmes et les hommes de Grèce offraient au héros Hercule. En tant que l’idéal de la force virile, on a pu le considérer comme le père de beaucoup de ses adorateurs, et les épouses grecques ont pu aller en pèlerinage à ses eaux bouillantes, afin de réaliser le désir de leur cœur.