LE ROI MOLOCH
Je ne veux pas terminei' ces considérations sur le caractère sacré des rois juifs”*, sans mentionner une suggestion que m’a faite mon ami et maître le Révérend Professeur R. H. Kennett. Il pense que Moloch, à qui des parents sacrifiaient leurs premier-nés dans la vallée de l’Hinnom, en dehors des murs de Jérusalem’''*^, peut avoir été à l’origine le roi humain considéré comme l’incarnation de la divinité. Il est certain que le nom de Moloch, ou plutôt Molech (comme il est toujours écrit dans le texte massorétique^''^), est une forme à peine déguisée de inelech — le mot hébreu signifiant « l’oi », — les scribes ayant sans doute donné à ce mot terrible les voyelles de Losheth, « chose honteuse’” », mais il paraît évident qu’à l’époque historique, .les Juifs qui offraient ces sacrifices identifiaient Molech, non avec le roi humain, mais avec Jéhovah, bien que les prophètes aient protesté contre un tel usage, qu’ils considéraient comme une insulte à la majesté divine”®.
Si, cependant, à l’origine, ces sacrifices étaient offerts au roi humain, ou en son honneur, ils étaient probablement destinés à pi’olonger sa vie et à lui permettre de mieux accomplir les fonctions magiques, dont il devait s’acquitter pour le bien de son peuple. Les anciens rois de Suède l'épondaient sur leur tête de la fertilité du sol ”®, et nous lisons que l’un d’eux, appelé Aun ou On, à Upsala, sacrifia neuf de ses fils à Odin, pour épargner sa propre vie. Après le sacrifice du second de ses fils, le dieu lui annonça par un oracle qu'il ne pourrait vivre qu’à la condition de donner un de ses fils tous les dix ans. Quand il eut ainsi sacrifié sept de ses enfants, ce père cruel vivait encore, mais il était si faible qu’il ne pouvait plus marcher et devait être transporté dans une chaise. Il offrit alors son huitième fils, et vécut encore dix ans, alité. Puis, ce fut le tour du neuvième, et le père vécut dix autres années, buvant à un biberon comme un enfant sevré. Il voulait sacrifier à Odin
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le dernier fils qui lui restait, mais les Suédois l’en empêchèrent; il mourut donc et fut enterré sous un tertre cà Upsala’”.
Dans cette tradition suédoise, les enfants du roi semblent offerts au dieu à la place de leur père, et apparemment c'était là aussi l’explication courante du sacrilice du premier-né, dans les derniers temps de l’histoire d’IsraëD'’*. Les sacrilices se faisaient, pour ainsi dire, par délégation, et étaient donc purement reli^^ieux, puisqu’ils avaient pour but de rendre favorable une divinité sévère ou exigeante. Nous savons que, pareillement, Amestris, femme de Xerxès, devenue vieille, sacrifia, dans son intérêt, quatorze enfants nobles au dieu de la terre, en les enterrant vivants Si le récit est exact, — et il repose sur l’autorité d'Hérodote, témoin presque contemporain — ■ nous pouvons supposer que la vieille reine agissait ainsi en regardant vers l’avenir plutôt que vers le passé; elle espérait que la divinité farouche des enfers accepterait les jeunes victimes à sa place, et la laisserait vivre encore longtemps. La môme idée apparaît dans une tradition qu’on rapporte d’un certain roi des Ilovas de Madagascar, qui portait le nom retentissant d’Andriamasinavalona. Comme il était tombé malade et était très alfaibli, il lit consulter l’oracle sur les meilleurs moyens de rétablir sa sauté. V'^oici quel fut le résultat des indications de l’oracle : « Un discours fut d’abord prononcé devant le peuple, olfraiA de grands honneurs et de magnifiques récompenses à la famille de celui qui s’offrirait volontairement au sacrifice, pour le rétablissement du roi. La foule frissonna à cette idée, et s’enfuit dans différentes directions. Un homme, cependant, se présenta, et son offre fut acceptée. Le sacrificateur retroussa sa robe, aiguisa son couteau, et attacha la victime. Après quoi, on l’étendit par terre, la tête tournée vers l'est, sur une natte placée là exprès, selon l'usage observé en de telles occasions avec les animaux; et le prêtre procéda, suivant les rites, au sacrilice de la victime, en l’égorgeant. Cependant, une quantité de liquide rouge, préparé d’avauce avec une teinture indigène, fut répandue au cours de la cérémonie; et, à l’étonnement de tous les spectateurs, le sang paraissait couler tout autour. L’homme, comme on le pense bien, était sans blessure; mais le roi le récompensa, lui et ses descendants, en leur accordant le privilège d’être exemptés de la peine capitale, quelque violation des lois qu'ils pussent commettre. Encore aujourd'hui les descendants de cet homme forment une classe particulière, appelée Tay maly nianola; ce qu’on peut traduire : « nous ne mourons pas, bien que nous violions les lois ». On rencontre très souvent des cas où les individus de cette classe s'approprient des bœufs, du riz, ou autre chose appartenant au souverain, et ne sont frappés que d’uue réprimande, alors que toute autre personne serait punie de mort, ou réduite en esclavage’'®® ».
Quelquefois, cependant, les pratiques destinées à prolonger la vie du roi paraissent reposer sur une théorie de nutrition, plutôt que de sub-
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slitilion; ou, eu d'autres termes, la vie des victimes, au lieu d’être offerte « par délég'ation » à un dieu, est censée passer directement dans le corps du sacriticateur, pour ranimer ses forces défaillantes et [)rolonger sa vie. Sous cet aspect, la coutume a un caractère magique plutôt que religieux, puisque, pense-t-on, l’effet souhaité est produit immédiatement et sans rinlervention d'une divinité. En tout cas, on peut montrer que des sacrifices de ce genre ont été offerts pour prolonger la vie des rois dans d'autres parties du monde. Nous lisons par exemple à propos de nègres qui habitent le delta du Niger ; « Une coutume, pratiquée autrefois par les lhanis. et encore en vigueur aujourd’hui chez les tribus de l'intéi-ieur, consiste à prolonger la \ ie d'un roi par le sacrifice journalier, ou, peut-être, hebdomadaire, d’un poulet et d’un œuf. Chaque m.atin, aussitôt que le patriarche est levé, les instruments de ce sacrifice sont apportés par sa mère, la première de ses femmes, ou sa tille aînée, au prêtre qui se tient dans la cour située devant la maison. Quand on l’a annoncé au patriarche, il sort, et va s’asseoir au lieu de la cérémonie. Preaant le poulet dans sa main, le prêtre commence par le passer sur le visage du patriarche, et puis sur tout son corps. Puis il coupe la gorge de l’animal, et laisse couler le sang sur le sol ; il mêle alors le sang et la terre, eu fait une pâtée c[u’il frotte sur le front et la poitrine du vieillard, qui ne doit, en aucun cas, en laver les traces avant le soir. On attache le poulet et l’œuf, ainsi qu’un morceau d’étoffe blanche, à un bâton que l’on plante dans le sol, auprès de l’eau, s’il y a une rivière dans le voisinage. Tandis que l’on porte cela à l’endroit en question, toutes les épouses et beaucoup de membres de sa famille accompagnent le prêtre, et, tout en marchant, prient la divinité de prolonger la vie de leur père. On accomplit tout ceci avec la ferme conviction que le sacrifice de chaque poulet prolongera sa vie en conséquence^**' ».
Ea cérémonie qu’on vient de décrire est, comme tant d’autres rites, une combinaison de la magie et de la religion ; car, tandis que tes prières au dieu sont quelque chose de religieux, le fait de passer la victime sur le corps du roi, de barbouiller sa peau avec le sang du poulet, appartient à la magie, puisque ces opérations sont censées communiquer au i-oi directement et immédiatement la vie de l’animal. Dans les exemples suivants, les pratiques observées pour prolonger la vie d’un roi paraissent être purement magiques. Chez les Zoulous, à l’une des fêtes annuelles des prémices, un taureau est tué par un régiment spécial. On ne doit pas, jjour cela, faire usage de lances ou de bâtons, mais lui rompre le cou ou rétoulfer seulement avec les mains. « Puis ou le brûle, et l’on suppose que la force du taureau pénètre dans le roi, et prolonge ainsi sa ^'ie’“^. » Nous lisons encore, chez un ancien historien portugais, à [iropos d’un roi cafre de l’.Afrique Orientale : « On rapporte fie ce Monometapa (ju’il a une maison où il ordonne de suspendre les cadavres des hommes qui ont été mis à mort de par la
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loi ; toute riiumidité, s’échappant de leurs corps ainsi suspendus, tombe dans des vases placés au-dessous; puis, quand ils sont contractés et desséchés, il les fait enlever et ensevelir, et, avec la graisse et l’humidité conservées dans les vases, on dit qu'il fabrique des onguents dont il enduit son corps, dans la croyance qu’il jouira ainsi d’une longue vie, et que cela constitue pour lui un talisman le mettant à l’abri des mauvais sorciers’*^ ».
Les Bagandas de l’Afrique Centrale avaient l'habitude de tuer des hommes, à diverses occasions, pour prolonger la vie du roi; il semble qu'ils pensaient que la vie de la personne ainsi mise à mort passait, d’une façon mystérieuse, dans le roi, qui recevait par là un surcroit d’énergie vitale. Par exemple, toutes les fois qu’on mettait une nouvelle peau h un des tambours spéciaux du roi, non seulement on tuait une vache pour fournir la peau et pour que son sang passât dans l’instrument, mais on décapitait aussi un homme, et on laissait couler dans le tambour le sang qui jaillissait de son cou, « de sorte que, lorsqu’on battait du tambour, on infusait, croyait-on, au roi une vie nouvelle et une vigueur toute fraîche provenant de l’homme qu’on avait tué’'*’" ». De même aussi, au couronnement d’un nouveau roi, on choisissait un chambellan royal pour s’occuper de la cour intérieure du souverain et garder ses femmes. Ou conduisait le chambellan, avec huit captifs, hors de la présence royale, dans un des abattoirs humains; là, on lui bandait les yeux, tandis que sept des hommes étaient assommés et mis à mort, seul le bruit du coup et des victimes qui s’abattaient l’informait de ce qui se passait. Mais après l’exécution de ces sept hommes, on enlevait le bandeau de ses yeux, et le chambellan assistait à la mort du huitième. Alors, on ouvrait le ventre de chacun d’eux, l’un après l’autre, à mesure qu’ils étaient tombés, on en sortait les entrailles et on les suspendait autour du cou du cbambellan. On disait que ces morts ajoutaient à la vigueur du roi, et rendaient le chambellan fort et loyaP*®. Et ce n’étaient pas là les seuls sacrifices humains offerts au couronnement d'un roi pour fortifier le nouveau monarque. Quand le roi était depuis deux ou trois mois sur le trône, il devait aller chasser d'abord un léopard, et puis un daim de la brousse, l.a nuit qui suivait la chasse du daim, l’un des ministres de l'Etat se saisissait d’un homme et l’amenait devant le roi dans l’obscurité; le roi le ble.ssait légèrement d’un coup de lance, puis on l’étranglait, et on jetait son cadavre dans un marais de papyrus, de façon rpi’on ne pût jamais le retrouver. Une autre cérémonie, qu’on accomplissait aussi pour affermir le roi dans son royaume, consistait à saisir un homme, à l’enchaîner et amener devant le roi, qui le blessait légèrement avec une lance. On le mettait ensuite à mort. Ces victimes étaient tuées pour infuser de la vigueur au roi
Dans l’Ouganda, lorsqu’un roi avait régné pendant quelque temps, on célébrait une cérémonie destinée à prolonger sa vie. Le roi allait
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rendre visite à un chef du clan d’un certain poisson, qui portait le titre de Nankei’e, et résidait dans le district de Busiro, où se trouvaient les tombeaux et les temples des rois. Quand on avait fixé l’époque de la cérémonie, ce chef choisissait un de ses propres fils, qui devait mourir pour que le roi pût vivre. S’il n’avait pas de fils, il désignait un proche parent qui devrait en tenir lieu. L’infortuné jeune homme était nourri., vêtu et traité avec tout le respect dû à un prince, et il allait vivre dans une maison spéciale proche du lieu où le roi devait habiter à l’occasion de la cérémonie. Lorsque la future victime avait été gardée et traitée royalement pendant un mois, le roi sortait de sa capitale et se mettait en l’oute. Pendant le tiajet, il faisait halte au temple du puissant dieu Mukasa; là il changeait de vêtements et laissait dans le temple ceux qu’il avait portés pour y venir. Il y laissait aussi tous ses anneaux, et n’en mettait point de nouveaux, car il devait bientôt en recevoir d’autres d’une espèce toute particulière. Quand le roi était parvenu à sa destination, le chef allait à sa rencontre, et ils échangeaient une gourde de bière. A cette entrevue assistait aussi la mère du roi, qui voyait là son fils pour la dernière fois; car, à partir de ce moment, il leur était défendu de plus jamais se rencontrer. Le chef adressait la parole à la mère du roi pour l’informer de cette séparation définitive; puis, se tournant vers le roi, il lui disait : (c Tu es maintenant un adulte; va, et vis plus longtemps que tes ancêtres ». Le fils du chef était alors introduit. Le chef le prenait par la main et le présentait au roi, qui le remettait à son corps de garde ; les hommes l’emmenaient au dehors, et le tuaient en le frappant à poings fermés. On enlevait ensuite les muscles du dos de son cadavre, et on en faisait deux anneaux pour le roi ; on coupait aussi un lambeau de sa peau pour en faire un fouet, qui était conservé dans l’enceinte royale pour des fêtes spéciales. Son cadavre était jeté dans un endroit inculte, gardé contre les bêtes, mais non enterré’*’.
Celte cérémonie terminée, le roi partait pour se rendre chez un autre chef du district de Busiro ; mais il s’arrêtait d’abord, en un endroit appelé Baka, et s’asseyait sous un grand arbre pour jouer à la toupie avec des noyaux. C’est un jeu d’enfants, mais I homme qui courait chercher les noyaux pour faire jouer le roi ne devait point penser ainsi; car il était saisi et tué à coups de lance dans le but de prolonger la vie du roi. Le jeu terminé, le roi continuait sa marche, avec sa suite, et il habitait avec une certaine princesse jusqu’à ce que les anneaux faits avec les muscles du fils du chef fussent prêts pour qu’il les portât; c’était la princesse qui devait surveiller la fabrication de cette parure royale ’**.
.Après toutes ces cérémonies, le roi donnait une grande fête. A cette fête, un prêtre allait çà et là, ayant sous son manteau le fouet fait avec la peau du jeune homme mis à mort. Tandis cju’il passait à travers la foule en gaieté, il touchait de temps en temps un homme avec son
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fouet; et l’ou croyait que riioiniiie ainsi frappé de cette lanière, serait sans enfants, et pouvait mourir, à moins de présenter une olFrande de neuf ou quatre-ving-t-dix coquilles de cauris au prêtre. Naturellement, il se hâtait de se procurer ces coquillages et de les donner au prêtre qui, on les recevant, le frappait de sa main sur l'épaule, lui rendant ainsi les facultés génératrices dont le coup de fouet l’avait privé. A la fin des réjouissances, les musiciens emportaient tous les tambours, sauf un seul, qu’ils laissaient comme s’ils l'avaient oublié. Quelqu’un, dans la foule, remarquait cet oubli, et courait après eux avec le tambour, en disant : « Vous en avez oublié un ». Pour sa récompense, on le saisissait, on le tuait, et, des os de la partie supérieure de son bras, on faisait des baguettes pour ce tambour spécial. On ne se servait jamais plus de ce tambour pendant tout le règne du roi, et on le conservait, recouvert, jusqu’à ce que vint l’époque de le sortir, pour la fête analogue célébrée en l’honneur de son successeur. De temps en temps, pourtant, le prêtre, qui avait touché certaines personnes de ce fouet fait en peau humaine, se couvrait de la tète aux pieds d’un grand manteau de peau de vache, et, cachant les baguettes en os humains sous sa robe, il allait devant le roi, et, tout à coup, sortait les baguettes et les brandissait devant le visage du roi. 11 les cachait aussitôt avec la même hâte', mais seulement pour répéter ce manège. Il se retirait ensuite et replaçait les os à leur place ordinaire. Ils étaient ornés de coquilles de cauris et de petits grelots, qui tintaient tandis qu’il les agitait devant le roi’*'’.
La signification précise de ces dernières cérémonies est oliscure; mais nous pouvons supposer que, de même que le sang humain versé dans un tambour était censé passer dans les veines du roi par le son de l’instrument, de même le cliquetis des os entrechoqués et le tintement de leurs grelots communiquaient, croyait-on, à la personne royale la vigueur de la victime mise à mort. La pratique consistant à frapper des particuliers avec un fouet fait de peau humaine est encore plus obscure; mais il nous est possil)le de conjecturer que la vie ou la ^•irilité de tout homme frappé du fouet était supposée se transmettre au roi, qui accroissait ainsi son énergie vitale, et surtout ses facultés de l’eproduction, à celte fête solennelle. Si mon interprétation est exacte, tous ces moyens employés par les Bagandas pour donner de la force au roi ou prolonger sa vie appartenaient au type de sacrifice « nutritif » plutôt qu'au sacrifice par délégation; ils étaient, par conséquent, d’un caractère magique plutôt que religieux. On peut supposer la même chose des massacres en masse qu’on accomplissait quand un roi de l’Ouganda était malade : les prêtres informaient alors le roi malade que des personnes, distinguées par quelque particularité ]jhysi(jue, par exemple atteintes de strabisme, ou ayant une démarche particulière, ou un teint spécial, devaient être mises à mort. Le roi envoyait donc ses gardes qui saisissaient ces personnes dans les rues, les traînaient
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de force clans l'enceinte royale, où on les gardait juscju’à ce que le nombre de victimes fixés par le prêtre fut atteint. Avant d’être conduites à l’un des huit endroits d’exécution qui étaient régulièrement désignés à cet effet dans différentes parties du royaume, les victimes devaient boire, avec le roi, une bière droguée et venant d’une bouteille spéciale, pour que le souverain pût commander leurs âmes, au cas où elles reviendraient ensuite le tourmenter. Puis on les tuait, quelquesfois à coups de lance, d’autres fois en les coupant en morceaux, ou en les enterrant vivants. Contrairement à l’usage ordinaire du Baganda, leurs cadavres, ou ce qui en restait, étaient toujours laissés sans sépulture, sur le lieu de l’exécution’®'’. De quelle façon précise supposaiton que le roi malade tirait profit du massacre de ses sujets, on l’ignore; mais on peut conjecturer que les victimes étaient en quelque sorte censées donner leur vie pour lui ou à lui.
11 est possible que, d’une façon analogue, en Israël, les sacrifices d’enfants offerts à Molech, aient eu pour but de prolonger la vie du roi humain [melech), soit en jouant le rôle de substituts pour lui, soit en ranimant ses forces défaillantes par la vigueur de leur jeunesse. Mais il est également possible, et peut-être plus probable, que le sacrifice des premier-nés n’était qu'une application particulière de l’ancienne loi qui vouait à la divinité les premier-nés de tout sein, soit d’animaux, soit d’êtres humains’®’.
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