‹ AdriaensChapitre 3 sur 7 · MO · texte numérisé non relu

MO

cier pour avoir trouvé celle-là!... £t si je ne tire pas d'autre lumière de mon excursion subterranée, mon docte ami court risque d'en être pour les frais de l'oraison jaculatoire qu'il m'a fait prononcer sur la tombe du maître. »

Tout en marmottant ainsi, le docteur heurta du pied contre un corps dur dont le choc faillit le faire trébucher. Il posa alors sa lanterne à terre, et, à la gerbe de rayons lumineux qu'elle lançait, il aperçut une grande dalle triangulaire, exhaussée de quelques lignes au-dessus du sol, et portant engrosses lettres ce sage précepte :

Cûbora rt ora (i)!

Hansius resta pensif un moment devant

(i) Travaille et prie!

cette brève inscription; puis, sortant tout à conp de sa rêverie :

« Oui! oui!... je comprends la parole du maître : laboral laboral... A l'œuvre donc! » s'écria-t-il en saisissant sa pioche avec une vivacité peu dans la nature du grave docteur, et que l'espoir d'une heureuse découverte pouvait seule expliquer. Aiguillonné par cette pensée encourageante, Hansius eut bientôt dégagé de sa ceinture de terre humide la pierre triangulaire, qui n'avait que quelques pouces d'épaisseur. Elle servait de couvercle à une auge de même forme , dans laquelle étaient entassés divers objets qu'Hansius , tressaillant de joie , s'empressa d'examiner en détail.

Il y avait des creusets remplis d'une matière noire et pondéreuse, dont le docteur flamand !ie put reconnaître la nature ; de petits vases en verre, à longs cols et à orifices étroits, soi-

gneusemeiit fermés par un bouchon de cuivre, iuté avec une espèce de mortier très-compacte. Sur le corps de ces vases , des étiquettes, collées avec soin, portaient les titres suivants: Sanq du lion vert, Salive de la lune y Rosée de mai y Chaux du corps du soleil , et maintes autres dénominations bizarres. Le disciple de Zacahuela, trop peu avancé dans la science hermétique pour comprendre le sens caché de ces mots , se promit de les soumettre au savant Espagnol, et continua ses recherches.

Dans un angle de l'auge de pierre se trouvait une boîte hexagone, enveloppée d'un parchemin jauni, scellé, dans la partie inférieure de la boîte, par un sceau de cire verte portant l'empreinte du dieu Mercure avec ses talonnières et son caducée. Il était poursuivi par un vieillard ailé, la tête surmontée d'une clepsydre, et la main armée d'une faux dont il voulait trancher les pieds de Mercure. Sur ia partie du parchemin qui recouvrait le cou-

vercle de la boîte étaient peints, en carnun, des cliiffres talismaniques, formant une espèce de couronne ou d'auréole autour des quatre lettres THES tracées en caractères mipartie d'or et d'azur. Hansius réfléchit un moment sur le sens caché de cette inscription monosyllabique, et se l'expHqua, d'une manière très-satisfaisante, par le mot latin thésaurus (trésor). Empressé de savoir s'il avait deviné juste, il brisa le sceau, enleva le parchemin, et essaya d'ouvrir la mystérieuse boîte : elle était d'un bois dur et odorant , et si hermétiquement fermée qu'elle semblait tout d'une pièce. Cependant un examen attentif révélait à l'œil une rainure déliée comme un cheveu, et trahissant à peine le point de jonction du couvercle et de la partie inférieure. Les efforts d'Hansius pour en opérer l'ouverture n'ayant eu aucun succès, il se mit à l'examiner de nouveau avec la plus sévère attention : après l'avoir longtemps tournée dans tous les sens, il découvrit, au-dessous de la boîte, un très-

petit bouton de métal, qu'il s'avisa de presser fortement. Aussitôt le couvercle partit avec tant de ressort et de promptitude, qu'Hansius ne put retenir un mouvement saccadé, dont la vivacité faillit faire tomber de ses mains la précieuse boîte. Tremblant d'émotion, l'avide docteur procéda à l'investigation de l'intérieur, divisé en quatre compartiments : l'une de ces cases contenait bon nombre de rouleaux de carolus, à l'effigie de Charles VIII (i). Les prunelles d'Hansius pétillèrent à la vue de cette riche trouvaille; il s'empressa, en véritable adepte, de les transvaser de la boîte dans les cavités les plus secrètes du gousset-gouffre pratiqué à son haut-de-chausse, se réservant in petto de ne dire mot à Zacahuela de cette découverte, qui, suivant la large coTiscience du docteur flamand , casuiste fort habile à

(i) C'est sous le règne de ce dernier prince de la première branche des Valois que l'on commença de frapper des carolns. Cette monnaie valait dix deniers d'argent.

déguiser les petits calculs de la peisonualilé la plus effrénée, n'avait aucun rapport avec les formules et les arcanes qu'il avait mission de chercher. Aussi se promit-il de garder par devers lui toutes les monnaies ou pièces métalliques qii'il trouverait, et de réserver scrupuleusement pour le docteur castillan le sang (lu lion vert, la rosée de mai, la salive de la lune, et autres richesses semblables.

Après cette capitulation avec lui-même, Hansius visita deux autres compartiments : ils étaient remplis de paquets soigneusement ficelés, de petites boîtes de métal, à couvercles scellés, de fioles de diverses grandeurs, hermétiquement bouchées; tous ces objets portaient, en caractères très-distincts, le nom, en langage spagyrique (i), de la matière qu'ils

(i) Dans Vargot cK s adoptes, spagyrique est synonyme i\'hirnicti(iin'.

contenaient. Hansius y lut les dénominations suivantes :

Absemir^ Abneleitem^ Yesir, Batitura-rami^ Duenechy Terre-Adamite., Adulphur, Fils de Venus y Cosmec^ Achamech , Blacinal, Adirlapis, et autres termes barbares et tout aussi incompréhensibles pour le docteur flamand, qui se réserva de les soumettre à son docte ami.

Ije quatrième compartiment ne renfermait qu'un petit rouleau de parcheujin, en tète duquel était écrit en lettres capitales :

Page 1