ACTE I, SCENE II
LA PRINCESSE
Compliment auquel elle a répondu par une plaisanterie fort peu convenable... C'est à cela que je faisais allusion dans mon invitation... et voici sa réponse... {Lisant la lettre.) « Mme la princesse, si j'ai eu l'imprudence de dire devant M. d'Ârgental que l'avantage des princesses de théâtre sur les véritables, c'est que nous Déjouions la comédie que le soir, tandis qu'elles la jouaient toute la journée, il a eu grand tort de vous répéter ce prétendu bon mot... et moi un plus grand encore de l'avoir dit, même en riant ; vous me le prouvez, madame, par la franchise et la gracieuseté de votre lettre. Elle est si digne, si charmante, elle sent tellement sa véritable princesse, que je l'ai gardée devant moi sur mon bureau, pour placer la vérité à côté de la fable. J'avais juré de ne plus aller réciter de vers dans le monde; ma santé est faible, et cela ajoute beaucoup à mes fatigues du théâtre. Mais le moyen, à une pauvre fille comme moi, de vous refuser? vous me croiriez fière ! Et si je le suis, madame, c'est de vous prouver à quel point j'ai l'honneur d'être votre très-humble et obéissante servante. Adrienne. »
ATHÉNAIS.
Mais voilà une lettre du meilleur goût... et personne de nous, je pense, n'en écrirait de mieux tournée... (Prenant la lettre.) puis-je la garder? Je ne m'étonne plus de la passion de ce pauvre petit d'Argental... le fils!
Il en perd la tête!
LA PRINCESSE
C'est un mal de famille... car le père, que vous connaissez, avec sa perruque de l'autre règne et sa figure
de l'autre monde, «'étant rendu chez Adriennc pour lui ordonner de restituer l'esprit de son fils, y a perdu lui-même le peu qui lui restait...
ATHÉNAIS.
C'est admirable!
l'abbé.
Et l'histoire du coadjuteur?
LE PRINCE
Il y a une histoire de coadjuteur?
l'abbé.
Qui, trouvant dans une mansarde, au chevet d'une pauvre malade, une jeune dame charmante, lui donna le bras pour descendre les six étages... et, comme il pleuvait à verse... la força malgré elle à monter dans sa voiture épiscopale, et traversa ainsi tout Paris, conduisant qui?... M,,e Lecouvreur. ,
ATHÉNAIS.
C'était elle !
l'abbé.
De là, le bruit qu'il avait voulu l'enlever... Le saint homme était furieux et a juré de lancer sur elle les foudres de l'église à la première occasion ! aussi, qu'elle ne s'avise pas de mourir!
ATHÉNAIS.
Elle n'en a pas envie, je l'espère... (Se levant ainsi que la Princesse.) Ainsi, à demain soir! je m'invite... pour la voir, pour l'entendre.
la princesse.
Vous viendrez? nous allons, comme vous, adorer RI»« Lecouvreur.
ATHÉNAls.
Adieu, chère princesse, je m'en vais... (Tout le monde la reconduit. Elle fait quelques pas pour sortir, s'ar-