‹ AérothérapieChapitre 4 sur 13 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

§ I. — Considérations de physique élémentaire sur Unir atmosphérique.

Personne ne peut ignorer que lorsque plusieurs couches d’une substance élastique se trouvent superposées jusqu’à une grande hauteur, les couches inférieures, pressées par celles qui suivent, diminuent d’autant plus de volume qu’elles sont placées plus bas. Cela ne veut pas dire que cëtte substance variablement rétrécie

perde quoi que ce soit de la matière dont elle est composée. La vérité est que ses molécules se rapprochent de manière à donner au corps qu’elles composent un volume moindre dans l’espace.

C’est là, précisément, ce qui arrive à L’atmosphère.

L’air est, en effet, éminemment élastique, à ce point même que l’espace qu'il peut occuper n’a d’autres limites que les barrières résistantes dont il est entouré. Les physiciens ont découvert la loi qui préside à cette propriété de l’air, et ils la formulent en disant que son volume augmente ou diminue en raison inverse des poids qui le compriment. C’est-à-dire qu’un volume d’air étant donné sous une pression bien connue, ce volume deviendra moitié moindre si la pression est doublée; il sera trois fois plus petit si la pression devient trois fois plus grande. Il est également vrai de dire que l’air occupera un espace quatre fois plus considérable, si les poids qui le compriment deviennent quatre fois moindres.

D’après cette loi, il est aisé de comprendre que des couches d’air superposées sont plus ou moins réduites dans leur volume, selon qu’on les considère dans des parties plus ou moins inférieures de l’atmosphère, puisque chacune d’elles, abstraction faite de toutes celles qui sont placées plus bas, n’obéit qu’à la pression des couches supérieures. Il s’ensuit que les parties constituantes de l’air se trouvent, à volumes égaux, en plus grande quantité dans les couches qui se rapprochent le plus des niveaux les plus inférieurs.

11 est donc évident que le demi-litre d’air atmosphérique introduit dans notre poitrine à chaque inspiration contient d’autant plus de molécules de ce fluide que le sujet qui le respire se trouve plus rapproché du niveau de la mer. C’est là une première vérité dont il importe de tenir note.

11 est maintenant d’un haut intérêt pour le sujet que nous traitons, de remarquer que la tendance continuelle de l’air à prendre un plus grand volume dans l’espace représente une force variable dans son intensité et toujours moindre à mesure que le volume augmente. Cette force est naturellement en équilibre avec la pression qui lui est superposée ; d’où il suit qui si une couche, n’importe laquelle, de l’atmosphère cesse de supporter le poids qui la comprime habituellement, elle occupera un espace plus grand

qu’auparavant, au moyen de l’écartement des molécules matérielles dont elle est composée. Or, nous ne devons pas ignorer que les organes et les liquides qui constituent les corps des animaux sont partout pénétrés par l’air qui les entoure. 11 est donc naturel de croire que lorsque la pression atmosphérique diminue autour des corps vivants, les matières gazeuses qui y sont contenues tendent à occuper un plus grand espace, ce qui ne peut avoir lieu que par la sortie au dehors d’une certaine quantité de ces fluides élastiques. Nous arrivons ainsi forcément à reconnaître que, quelles que soient d’ailleurs lés autres conditions qui retiennent les gaz dans nos liquides, la diminution du poids de l’atmosphère fait un effort physique qui tend à les appauvrir au milieu de nos tissus. Or, plus nous nous élevons dans les airs, moindre est le poids des couches d’atmosphère qui nous sont superposées. Il est donc évident que l’habitation sur les ljeux élevés diminue d’une manière permananle la somme des gaz qüi circulent dans le corps de l’homme.

Voilà encore une vérité qui est capitale pour le sujet dont nous nous occupons.

§ II.— Votions d'hématologie nu point de vue de In pression atmosphérique.

Avant de nous engager plus loin dans les conséquences qui découlent des vérités qui précèdent, il est indispensable de porter notre attention sur la nature des substances gazeuses qui circulent normalement au milieu de nos tissus. L’air est formé par deux gaz, l’oxygène et l’azote, mêlés dans la proportion approximative de 21 et 79 pour 100. Le premier des deux s’infiltre à travers les membranes qui terminent les conduits pulmonaires, et se mêle à notre sang, auquel il apporte la vie d’une manière incessante. C’est lui qui, mis en contact avec les substances combustibles de nos liquides et de nos organes, s’y combine par un phénomène en tout semblable à une combustion lente dont la chaleur animale est le premier résultat. Mais cette combinaison ne peut avoir lieu sans donner naissance à d’autres produits, les uns utiles à nos tissus, les

autres destinés à être rejetés au dehors par les voies que la nature leur a réservées. Parmi ceux-ci, le plus important est le gaz acide carbonique. Dissous dans le sang à mesure qu’il se forme, il-arriv au poumon en abondance et s’ÿ exhale par un courant continu, sans lequel la durée de la vie deviendrait impossible. L’oxygène est l’agent essentiel de notre existence. Élément. actif de toutes les transformations vitales, il est à la fois la base où notre température s’alimente sans cesse, et le mobile de toutes ces évolutions matérielles qui transforment l’aliment en molécules organiques si variées. Introduit dans nos poumons, comme nous l’avons dit, à chaque inspiration, il vieht s’unir au sang à travers la membrane des vésicules pulmonaires, dont la perméabilité gazeuse établit ce courant merveilleux, doublement nécessaire à la vie par l’introduction de l’oxygène qui l’alimente, et par l’exhalation de l’acide carbonique qui ne larderait pas à l’éteindre en s’accumulant dans le sang.

Nous voyons donc que deux choses sont nécessaires à l'entretien de la vie : l’absorption de l’oxygène et le rejet de l’acide carbo-i nique.

L’admirable harmonie qui règne dans la nature et qui lie si étroitement les lois qui régissent la matière avec celles qui président au monde organisé, a permis à l’homme de porter ses investigations jusqu’au sein même des mystères de l’organisme vivant. C’est ainsi que le génie de Lavoisier fit entrer dans les calculs de la science l’oxygène que le poumon absorbe, et l’acide carbonique qu’il exhale sans cesse ; l’un comme agent actif, l’autrç comme produit d’une combustion lente où la chaleur animale trouve sa source presque exclusive. D’autres savants, poursuivant les recherches dans cette voie féconde, suivirent l’oxygène et l’acide carbonique dans lè cours du sang, et nous y montrèrent l’existence de ces gaz dans des rapports dont l’uniformité paraît être un élément essentiel de la santé et même de la vie.

Les expériences de M. Magnns éclairent ce sujet des lumières les plus précieuses. Elles nous montrent que le sang noir des veines, dont le contact est impropre à soutenir la vie de nos tissus, possède moins d’oxygène et plus d’acide carbonique que le sang rouge artériel, dont l’action stimulante réveille partout le genre de vitalité propre à chaque organe. Ces intéressantes analyses se présentent à

notre altemion dans un tableau curieux où nous voyons quelquefois l’oxygène représenté par des quantités plus élevées dans les veines que dans les artères. Mais alors le sang des veines est affaibli dans sa force par une somme d’acide carbonique qui dépasse la normale, et cela suffit à produire toutes les qualités du sang veineux impropre à la vie. On en peut conclure que, quelles que soient d’ailleurs les conditions favorables de vitalité dans lesquelles l’organisme se trouve placé, l’acide carbonique, s’accumulant outre mesure, serait un obstacle mortel au soutien de l’existence.

Voilà, certes, une révélation capitale qui nous fera comprendre toute l’importance d’une régularité incessante dans les fonctions qui président aux dosages de ces deux gaz au milieu de nos tissus. La nature prévoyante s’efforce de combattre les dangers qui s’y rattachent par une combinaison de moyens que nous rappellerons en peu de mots, et dont la sagesse est bien digue de notre admiration.

Les gaz, en se dissolvant dans un liquide, obéissent en général à la pression qu'ils exercent à sa surface. Si la Providence laissait uniquement à cette loi physique le soin de garantir à notre sang les doses de gaz qui lui contiennent, les perturbations atmosphériques les plus légères pourraient aisément devenir une cause de trouble pour notre existence. Tl n’en est pas moins vrai que la pression de l’air est un des régulateurs des gaz contenus dans nos liquides; car, lorsque sous les efforts de la machine pneumatique, on extrait l’air d’un récipient où se trouve du sang retiré de la veine, on en fait dégager les gaz qui y étaient contenus. Un phénomène semblable se peut observer sur l’homme vivant lui-même. Nous avons, en effet, prouvé que les gaz internes sont appelés au dehors par les ascensions rapides, et par la raréfaction artificielle de l’atmosphère. Mais, hâtons-nous de le dire, le dosage des fluides des corps vivants ne se trouve pas abandonné, d’habitude, aux hasards d’accidents aussi vulgaires. En outre que nos tissus ne sont pas facilement perméables à l’oxygène dans le sens de sa sortie, son accumulation au dedans se trouve garantie par une force chimique faible qui l’unit aux globules du sang.

Lors donc que, diminuant la pression de l’air autour d’un sujet en expérience, on éveille la tendance naturelle de ce gaz à s’échapper au dehors, sa présence dans le sang à l’état de combinaison

faible le soustrait aux efforts de cette action physique. Aucun effet ne pourrait donc se produire que dans le cas où la tension de l’oxygène pour s’exhaler arriverait à représenter une force supérieure à celle qui l’unit aux globules. C’est là, du reste, une éventualité qui, comme nous le verrons, n’est pas impossible, et qui se rattache essentiellement au sujet que nous traitons.

Quant à l’acide carbonique, sa densité plus ou moins grande dans le sang dépend des carbonates et des phosphates alcalins qui y augmentent sa solubilité. Mais il a une tendance constante à s’en échapper en traversant nos tissus qui lui sont facilement perméables dans le sens d’un courant vers l’exlérieur. Celte sortie est sagement modérée par le poids de l’atmosphère. Les expériences faites à Lyon par MM. Hervicr et Saint-Lagcr ont, en effet, prouvé que l’exhalation d’acide carbonique diminue dans l’expiration sous les efforts d’un air notablement comprimé. Des analyses entreprises par moi-même, et dont j’ai donné le résultat dans mon travail présenté à l’Académie, prouvent que ce gaz se dégage avec excès d’un sujet en expérience, à mesure qu’on diminue autour de lui la pression de l’atmosphère. (Voyez les notes.)

Il est donc à constater, dès à présent, que la diminution du poids de l’air influe sur la densité de l’acide carbonique de notre sang bien avant d’y porter atteinte à la condensation de l’oxygène.

Ce qui précède nous permet maintenant de préciser cette admirable loi de la nature, en disant que l’action régulière de l’oxygène sur la vie est garantie par trois forces qui, dans les circonstances normales de vitalité, en assurent le jeu physiologique nécessaire à la conservation de notre existence : 1° La pression atmosphérique intervient d’une manière efficace pour introduire et retenir dans le sang l’oxygène nécessaire a l’en tretien de nos fonctions. 2° Les globules jouissent du privilège d’assurer la condensation de ce gaz par une action chimique, légère il. est vrai, mais assez puissante cependant pour rendre sans effet les variations les plus ordinaires que les troubles météorologiques ou la différence des niveaux peuvent causer dans la pression normale de l’atmosphère. 3° Le gaz acide carbonique, enfin, par son accumulation ou sa sortie exagérée, tempère ou rend plus active la présence de l’oxygène dont

la densité tend à s’accroître sous un effort de pression, comme à diminuer lorsque la pression ambiante est elle-même amoindrie.

D’après cette courte esquisse, on peut entrevoir, dès à présent, que des changements considérables dans le poids de l’atmosphère peuvent être une cause dë trouble pour les rapports qui existent normalement entre les gaz du sang.

Pour nous faire une jusre idée des phénomènes qui s’y rattachent, nous avons besoin de rappeler que le poids d’une colonne d’air est égal an poids d’une colonne de mercure qui a même base et une hauteur de 76 centimètres : cela représente 1033 grammes sur une surface de 1 centimètre carré, résultat qu’un calcul très juste et fort simple élève à 16 000 kilogrammes pour toute la surface du corps d'un homme dé moyenne taille. Cette pression suppose que les gaz du sang qui sont en équilibre avec l’atmosphère ambiante font constamment, pour sortir du corps, un effort" équivalent à 32 000 livres.

Malgré l’énorme puissance, de cette élasticité gazeuse, elle reste sans résultat appréciable, parce qu’elle est partout neutralisée par une force extérieure qui lui fait équilibre. Mais si les circonstances habituelles qui régissent la pesanteur de l’atmosphère viennent à changer; si, par une ascension dans les airs, par exemple, le corps de l’homme se soustrait à la moitié de la pression barométrique, il devient réellement impossible que les gaz qui se trouvaient dans ses liquides continuent à s’y dissoudre en conservant la même densité. Il est du plus haut intérêt d’observer alors les mouvements qui s’établissent parmi ces fluides, pour arriver à découvrir si chacun d’eux ÿ obéit avec la même facilité, ou si des différences appréciables se remarquent dans leurs tendances à s’échapper au dehors. Or, comme nous l’avons déjà dit, les analyses de l’air expiré dans ces circonstances y font voir une quantité plus que normale'd’acide carbonique. Ces mêmes analyses m’ont prouvé que, pour des dépressions peu considérables, l’oxygène continue à s’absorber dans les proportions que l’on observe sous la pression normale de l’atmosphère au niveau de la mer. Ces résultats indiquent clairement que si le premier effet d’une dépression atmosphérique consiste à ramener au dehors une quantité anormale du gaz carboné, sans diminuer aucunement l’oxygène du sang, une oxygé-

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nation exagérée de .l'économie sera la conséquence immédiate et inévitable d’une ascension vers les couches supérieures de l’air ou d’une diminution artificielle de pression.

Nous le pouvons, du reste, prouver aisément par l'observation de ce qui s’est passé à Lourelies et au pont de KeliI, chez les ouvriers soumis à des pressions qui ont monté jusqu’à 5 atmosphères,. MM. les docteurs Pol et Watelle, ainsi que M. le docteur François, nous apprennent que ces travailleurs résistaient parfaitement à des travaux de quatre .et cinq heures dans des conditions où ils sont arrivés à supporter une atmosphère qui faisait sur leur corps une pression de 80 000 kilogrammes. Or, il est évident qu’ils en auraient été étouffés si les gaz ne s’étaient dissous intérieurement dans des proportions propres à établir un juste'équilibre avec le poids extérieur. Leur respiration continuait à se faire sans excitation comme sans asphyxie, parce que l ucide carbonique et l’oxygène, augmentés tous les deux dans les liquides et se. neutralisant mutuellement, se maintenaient à peu près dans ce rapport qui assure la marche régulière de la vie et dont nous avons parlé plus haut.

Les malheurs arrivaient après la cessation des travaux, lorsque les ouvriers eiaient rendus à la pression normale. Ce qui se passait alors était frappant pour des yeux attentifs. Le sang retiré de la veine des victimes de celte industrie imprudente était rutilant, c’est-à-dire oxygéné comme dans les artères. Les ouvriers devaient leurs accidents et quelquefois leur mort à cette Circonstance qui foudroyait un organe essentiel'à la vie par Une hyperoxydation subite et outrée. Cela se comprend aisément. Au sortir des cloches et des caissons, l’acide carbonique se dégageait subitement du corps des travailleurs et laissait les tissus aux prises avec une quantité d’ôxy gène qui n’est pas compatible avec la continuation des phénomènes réguliers de la vie. '

11 est donc hors de doute que la régularité de l’hématose consiste dans la stabilité des rapports entre les deux gaz, bien plus que dans la quantité plus ou moins élevée de l’oxygène du sang.

Ce rapport, par conséquent, ne saurait être troublé sans produire des phénomènes physiologiques. Or, c’est là un effet inséparable de toute diminution du poids de l’atmosphère. On peut donc affirmer que l’air des montagnes de hauteur moyenne produit u:i

effet excitant eu altérant, au profit de l’oxygène, le rapport que ce gaz conserve au niveau de la mer avec l’acide carbonique.

Mais lorsque l’ascension et le séjour s’élèvent considérablement dans l’atmosphère, l’expansion des gaz du corps les attire au dehors avec une force non équilibrée qui peut arriver à détruire l’union de l’oxygène avec les globules. C’est à ce degré ^altitude que l’air dés montagnes devient débilitant, et produit sur les habitants des régions élevées des effets qui sont en contradiction avec ceux qu’on observe à des hauteurs moins considérables.

J’ai soumis au jugement de l’Académie de médecine un mémoire qui a pour but de mettre ces vérités en évidence. En déposant ce travail sur le bureau, j’eus l’honneur d’adresser à ce corps savant quelques paroles dont la conclusion était comme il suit :

« Il résulte théoriquement de mon travail ce'que les faits nous avaient pratiquement enseigné : 1° que le climat des montagnes peu élevées est corroborant, parce que la densité moyenne de l’acide carbonique de la circulation s’y trouve diminuée ; 2° que les grandes altitudes vers 2000 mètres produisent un effet contraire, parce que la dépression de l’air y porte atteinte à la densité de l’oxygène én altérant la force qui unissait ce gaz aux globules.

» Cherchant alors à préciser par des chiffres ces effets opposés du poids dé l’air sur l’hématose, je dis : 1 Q que l’atmosphère la plus lourde n’est pas la plus favorable à la respiration parfaite ; 2° que l’homme se trouve dans les meilleures conditions de vie entre 75 et 70 centimètres de pression barométrique ; 3” que beaucoup de tempéraments entreraient en souffrance par la prolongation du séjour entre 65 et 60; et U° que peu de sujets jouiraient du bénéfice d’une hématose satisfaisante au delà de cette dernière limite.

» J’ai la conviction que je suis'dansle vrai, d’une maniôregénérale. Toutefois je confesse que, dans les exceptions à eette conclusion, il faut faire la part des tempéraments, des climats et des variations de l’organisme que le temps et l’habitude peuvent produire. Mais ces exceptions ne sauraient détruire la vérité fondamentale, puisque les altitudes impriment aux peuples qui les habitent des caractères généraux d’une originalité qu’on ne saurait méconnaître. »

Il arrive, d’ailleurs, sur les altitudes ce que les divers tempéraments nous permettent d’observer en d’autres lieux. Au niveau de la mer, les sujets sont loin de se présenter à l’observateur d’une manière uniforme au point de vue de la vigueur de l’hématose ; il y a des lymphatiques et des individus remarquables par leur pléthore. MM. Andral et Gàvarret ne nous ont pas laissé ignorer que les globules y suivent les oscillations des tempéraments .et s’y montrent plus élevés chez les hommes robustes, d’une constitution athlétique. Il en est de même sur les hauteurs, avec cette différence cependant, que les tempéraments sanguins très marqués né s’y montrent jamais, et que les constitutions oscillent entre les plus faibles et'celles qu’on dirait moyennement robustes dans les pays tempérés d’Europe. Nous avons eu occasion de voir à Mexico de puissants athlètes venus du vieux continent. Ils n’ont pas eu besoin d’une grande prolongation de séjour pour nous rendre à la fois témoin de leurs triomphes et de leur décadence. Heureux ceux qui, assez sages pour écouter la voix de la nature, modèrent l’exercice de leurs forces au premier avertissement que le climat s’empresse de leur donner ! Lorsqu’ils s’obstinent à demander à leurs fibres musculaires une puissance qu’elles perdent cjiaquc jour, le système nerveux se trouble sous l’influence de ces efforts imprudents, et nous avons pu voir le triste résultat de celte obstination. Il nous vient à la mémoire le souvenir d’un de ces athlètes qui fixa son séjour à Mexico. Sa belle figure, sa taille élancée, ses formes élégantes, le rendaient remarquable non moins que sa puissante vigueur musculaire. M. Turin, c’était son nom, nous présenta bientôt l’ombre de lui-même, et des gastralgies d’une violence extrême le forcèrent enfin à chercher ailleurs un refuge contre ses souffrances.

On peut donc dire d’une manière générale, que les sujets qui devraient être pléthoriques au niveau de la mer, apparaissent avec un tempérament moyen à 2000 mètres d’altitude. Il n’y a que les individus appelés par leur constitution à une pléthore exceptionnelle qui présentent encore sur les hauteurs quelques signes de ce tempérament. Le nombre considérable de globules que leur sang renferme permet à l’oxygène d’acquérir par affinité la densité que le poids atmosphérique lui refuse. Ce sont les hommes exception-

nels-des séjours élevés. Au-dessous de ces organisations peu communes on n’y voit que la faiblesse.

§ III. — Conclusions.

11 serait donc vrai de dire qu’une ligne verticale de 2000 mètres de hauteur pourrait fournir tous les éléments d’une graduation hygiénique dans lâquelle les divers tempéraments rencontreraient des correctife aux écarts qui leur sont le plus naturels. C’est là une nouvelle occasion de reconnaître que la Providence a tout répandu sur la terre pour le plus grand bien des êtres qui l’habitent. Les catastrophes mêmes dont notre globe a été le théâtre sont comme un éclatant témoignage de ses desseins dans un but conservateur. Ne dirait-on pas en effet que ces éruptions terribles dont les inégalités du sol. sont le résultat, ont eu pour objet de rendre accessibles à l’homme les régions élevées de l’air dont l’inducnce peut devenir bienfaisante pour des tempéraments qui paraissent vraiment les réclamer ?

Ainsi le Créateur n’aurait pas seulement ménagé à l’homme les moyens de s’approprier par les latitudes la chaleur et le froid, selon que ses besoins ou ses goûts lui en donneraient l’inspiration; il aurait encore voulu qu’il jouisse à son gré, et selon les aptitudes variées des tempéraments, d’une atmosphère lourde ou légère, propre à détruire par les changements de niveaux les écarts d’une vitalité trop ardente ou trop affaiblie. C’est ainsi, comme je le disais dans mon premier travail sur ces questions intéressantes, que «le Mexique nous présente tour à tour l’homme aux prises avec les chaleurs torrides, environné souvent des émanations terrestres ou maritimes les plus malfaisantes, et ce même homme, non loin des neiges éternelles, cherchant dans un air pur, mais raréfié, la vie qui végète mal à l’aise au milieu d’un élément trop imparfait. De sorte que, séparés par quelques lieues seulement, la température la plus élevée des tropiques'y donne la main au froid extrême, et les ondulations d’un niveau capricieux font changer à chaque pas l’aspect de la végétation et des hommes.

« Iciles élans impétueux, quoique passagers, des tempéraments du

niveau des mers ; là l’inerte et apathie physique et l’abattement moral des altitudes. Les réactions inflammatoires vives et puissantes, d’une part, sous l’influence d’un oxygène comprimé ; la défaillance, d’un autre côté, sous l’action affaiblie d’une atmosphère dont la force s’est amoindrie dans les proportions de sa densité ; et comme terme moyen entre ces phénomènes opposés, le jeu franc des organes et la vie s’épanouissant à l’aise dans toute sa vigueur au milieu de l’atmosphère humide de la tiorra templada. »

Si, au lieu de s’attacher au sol qui l’a vu naître, l’homme savait mettre à profit les avantages que ce pays privilégié lui fournirait de toutes parts, il y trouverait les moyens d’approprier, par de courtes migrations, les conditions locales à ses besoins individuels. Nul doute, alors, qu’il ne pût fournir à ses organes l’occasion de fonctionner avec moins de péril et avec plus de garanties d’une longue existence. Je ne puis m’empêcher dé citer à ce propos les belles paroles que je traduis de l 'Histoire ancienne du Pérou, de M. Lorente :

« Malgré les malaises passagers et les fléaux périodiques, malgré les souffrances plus durables auxquelles il est exposé comme tout le reste de là terre, le Pérou n’en est pas moins-digne d’admiration, tant pour sa bienfaisante influence sur la vie des hommes .que pour ses richesses prodigieuses. La Providence y a placé je remède à côté du mal : les eaux fortifiantes de, l’Océan auprès des climats qui nous énervent; les hauteurs vivifiantes au-dessus des bas-fonds qui nous tuent ; à côté des forêts et des terrains inondés de la savane, des plateaux élevés et des sites ouverts aux vents, où l’on respire les airs qui font révivre....

» La Sierra se fait, en général, remarquer par son incomparable salubrité. Dans ses vallées délicieuses, on voit des guérisons qui tiennent du prodige : celui qu’on croyait s’acheminer à l’agonie et qui sentait sa vie. s’éteindre, se ranime et prend de la vigueur comme au sortir de la fontaine de Jouvence. Un malheureux, abandonné pour une maladie de consomption, peut encore supporter de lourds travaux et se livrer à de longues études....

» En général, comme tous les climats s’enchaînent par les changements nombreux des niveaux, chacun peut choisir à toute heure,

pour en jouir d’un jour à l’autre, l’air, l’eau, la température et les autres conditions locales qui lui conviennent le mieux. Le jour viendra, sans doute, où l’on entreprendra le voyage au Pérou pour y trouver la santé, comme aujourd’hui on y va chercher la fortune (l). ».

Charmantes paroles d’un esprit éclairé et d’un observateur convaincu. Oui, sans doute ; je l’espère aussi, un jour viendra qui fera ressortir les avantages que l’on peut retirer de ces perturbations causées par les diangements brusques de niveau, et de ces influences persistantes d’une pesanteur barométrique appropriée aux besoins de chacun. Mais les conditions propices du sol que M. Lorente nous dépeint avec autant de vérité que d’aimable poésie ne sont pas facilement à notre portée.

11 est vrai de dire cependant que ces grandes élévations des Andes entrecoupées par des vallées et par des plateaux considérables, ne sont nullement nécessaires à la manifestation des bienfaits que la raréfaction et la pureté de l’air doivent nous faire espérer en tous lieux. Je dirai plus : la présence des montagnes n’est pas indispensable à ce résultat. 11 y a, en effet, des plaines élevées.de 400 et 500 mètres au-dessus du niveau des. mers,-qui peuvent influer sur notre santé, quoique les montagnes en soient éloignées. Mais cette disposition du sol n’est pas commune, et l’on 'peut dire en général que la grande majorité des liommes habite des niveaux qui les rapprochent beaucoup de celui des mers voisines. ■

Lors donc que le secours d’un air raréfié par l’altitude paraît devoir influer d’une manière favorable pour ramener à la santé des sujets affectés de souffrances chroniques, l’usage de ce moyen de guérison est seulement accessible aux personnes qui peuvent entreprendre un voyage. Or, bien souvent les exigences des affaires, de la position et de la fortune attachent les malades aux lieux de leur domicile habituel. Bien plus, les rigueurs de la température et les intempéries des saisons refusent à tout le monde les bienfaits des voyages de montagnes pendant les deux tiers de l’année.

Ce serait donc un immense service rendu aux gens qui souffrent, si, mettant à profit les leçons de la nature, nous parvenions à-l’imi-

(1) Historia anligua del Périt, par D. S. Lorenlc, p. 53 et 54.

DES MONTAGNES

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