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CHAPITRE IV

En appelant au secours de l’homme malade les variations que l’art peut produire dans la pression atmosphérique, nous nous sommes proposé de suivre les leçons de la nature, c’est-à-dire que nous ne chercherons l'efficacité de cet agent curatif que dans les limites des observations auxquelles les aspérités du globe rattachent naturellement notre pensée. Nos appareils agissent par conséquent en prenant pour point de départ la pression atmosphérique du niveau des mers, pour arriver graduellement à une raréfaction représentée par les hauteurs habitables de 3200 mètres, ce qui correspond à 51 centimètres environ de pression barométrique. Nos manœuvres-agissent donc sur une échelle de 25 centimètres, dont les degrés sont variés par les soins de notre pratique, selon que la maladie, l’àge et le tempérament des sujets paraissent le demander. Nous puisons à ces mêmes sources les indications qui font varier le temps que chaque malade doit séjourner dans nos appareils. Ce séjour est souvent de fort courte durée, et ne dépasse jamais pour personne la limite extrême d’une heure et demie.

il sera fait maintenant une objection à notre prétention de soulager par un air artificiellement raréfié qui ne se respire que pendant un temps très limité chaque jour. Que les hauteurs où l’on passe la vie tout entière soient utiles ou nuisibles, cela se conçoit ; mais que peuvent, sur la journée entière, une ou deux heures passées sons nos appareils ? Cette objection, si elle est sérieuse, porte une atteinte mortelle à tout l’arsenal thérapeutique dont nous faisons

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journellémont usage, Ui) malade est congestionné vers les centres nerveux; vous n’hésitez pas à lui prescrire un bain de pieds de dix minutes, soir et matin ; mais vous ne croyez pas nécessaire au bien que vous espérez, de le faire vivre les pieds dans l’eau. Contre une névralgie des plus douloureuses, des doses éloignées d’un antispasmodique vous donnent un résultat satisfaisant. Un purgatif tous les cinq ou six jours assure des effets curatifs que des doses quotidiennes ne produiraient pas au même degré. Vous suspendez l’emploi du fer, pour lui permettre de mieux agir. Vous renouvelez tous les quinze jours seulement l’application d’un vésicatoire volant, pour obtenir un effet révulsif salutaire contre des souffrances chroniques. Je pourrais ainsi passer en revue la thérapeutique entière ■ pour vous prouver que vos croyances n’ont jamais admis la nécessité de l’application incessante dos moyens pour, assurer les résultats.

D’ailleurs, la continuité produit,l'habitude, et si la \ie permanente des grandes élévations nous a prouvé que le séjour continu n’en, détruit pas l’heureuse influence contre la phthisie, par exemple, notre expérience nous dit aussi qUo ces bons effets se remar.quent surtout sur les.étrangers, c’est-à-dire chez ceux qui n’ont pas été toujours assujettis à celte-action. D’ailleurs des secousses intermittentes données à l’organisme avec mesure produisent, comme l’on sait, le plus grand bien ; et c’est ce qui nous permet de comprendre "et d’expliquer les avantages que des voyageurs malades retirent de leurs excursions sur les montagnes, tandis qu’un montagnard affecté des mêmes souffrances s’en trouverait moins soulagé.

Nous pouvons donc dire,- d’une manière générale, que si l’air des montagnes renferme en lui-même quelque chose d’essentiellement utile, le fait de la transition d’un air lourd à une atmosphère moins pesante est aussi une cause puissante de soulagement. L’économie entière se trouve, en effet, très sérieusement influencée par ce passage barométrique. Les gaz intérieurs en reçoivent un mouvement qui ne saurait avoir lieu sans produire un troublecirculatoire fort' important. Il en résulte une impression insolite pour le système nerveux, et un afflux irrégulier de liquides à la périphérie, d’où naît une activité plus grande des vaisseaux absorbants qui occupent les parties les plus profondes.

11 y a donc deux choses à considérer dans l’application artificielle de l’air des montagnes : son action essentielle et l’effet des transitions. Il était nécessaire de porter l’attention sur cette double influence, afin de faire mietix comprendre les résultats thérapeutiques dont, nous allons nous occuper.

Avant de nous engager dans cette nouvelle partie de notre étude, disons les prétentions qui s’y trouvent justifiées par les faits.

Nous voulons résoudre le problème, en apparence insoluble, de fournir au Parisien le moyen de faire journellement une promenade artificielle à l’air des montagnes avec tous les avantages que la nature y a rattachés.

Nous voulons rendre possibles sans déplacement, les bienfaits hygiéniques de voyages lointains qui sont la ruine dés gens d’affaires.

Nous voulons qu’à l’imitation des atmosphères élevées, une heure passée dans nos appareils et renouvelée chaque jour pendant un temps difficile à préciser d’avance, réveille l’appétit dé» dyspeptiques, stimule l’organisme affaibli, ranime les personnes affectées de chlorose.

• Nous voulons encore d’autres bien9, que l’expérience de l’aéro-; thérapie nous a appris à espérer avec confiance et que nous allons énumérer brièvement (1).

§ I; — Des anémies.

A. Les sujets affaiblis.

Il n’existe pas, assurément, de moyen thérapeutique qui ait plus à attendre de l’avenir, que l’usage de l’air dépl’imé. De tout

(t) Avant d’énumérer les maladies auxquelles l’air des roontagn'esnqus paraît plus particulièremenl applicable, il serait juste de parler des travaux do MM. Junod, Pravaz, Tabarié, qui se rallaclicnt à l'uérothérapie. Mais je ne lo pourrais faire, dans cet opuscule, que d’une manière trop inférieure à leur mérite. Je remplis ici lo seul dovoir que les proportions do cet écrit puissent me permettre, en leur rendant publiquement hommage. Dans un aulre’llcu, jé dirai en quoi Ils s'approchent et en quoi Us diffèrent de ma pensée.

temps, en effet, on s’est préoccupé des moyens de soustraire à nos organes les agents nuisibles dont ils pouvaient être accidentellement influencés. Or il serait étrange que les substances gazeuses si facilement absorbées par les surfaces accessibles de notre corps ne méritassent jamais de figurer au nombre de celles dont il est important pour l’organisme de se débarrasser. Il ne serait pas moins digne d’étonnement que des décompositions anormales de nos humeurs ne donnassent jamais une forme gazeuse aux produits dangereux et accidentels dont l'élimination est nécessaire. De tous les efforts que l’art peut entreprendre, pour débarrasser nos liquides de ces superfétations nuisibles qui circulent parmi nos organes patvoie de dissolution, le plus efficace sans nul doute consiste à leur donner accès au dehors, en diminuant la pression atmosphérique autour des sujets dont les humeurs sont ainsi altérées.

En agissant de la sorte, on ne réussit pas seulement à faire sur les gaz nuisibles de notre corps un appel qui les amène à l’extérieur; mais, en diminuant par ce moyen l’acide carbonique du sang, on met ces gaz en contact avec un oxygène plus actif qui peut alors les détruire sous les atteintes d’une combustion auparavant impossible. C’est de la sorte que les promenades et l’agitation en plein air, à la .camp; gne, agissent sur les citadins affaiblis; c’est ainsi, surtout, que,des voyages dans un payà de montagnes font renaître à la vie des reclus de l’industrie, que des émanations insalubres avaient farcis des gaz les plus nuisibles.

Ainsi avons-nous vu l’action de nos appareils s’exercer sur des sujets habitués à une vie inactive dans des riiilieux mal aérés. Ils n’avaient pas une maladie à laquelle on soit habitué de donner un nom dans la science, mais leurs digestions étaient troublées, l’appétit était muet en présence des mets les plus attrayants; ils dormaient mal la nuit, avaient la tête appesantie pendant le jour ; leurs forces physiques et morales faisaient place à l’abattement le plus déplorable.

J’ai eu déjà plusieurs fois l’occasion d’exercer l’efficacité de mes appareils aérothérapiques sur ces sujets affaiblis. Plusieurs d’entre eux, dont l’appétit était depuis longtemps aboli, ont eu grand plaisir, après une séance d’une heure, à trouver sur leur route l’occasion de satisfaire une faim subite et irrésistible.

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C’est que rien n’égaft l’effet d’une dépression d’air sur ces états mal définis qui, sans trouble anatomique, sont vaguement désignés par-les noms de dyspepsie, hypochondrie, anémie, affaiblissement, soit que la cause en ait été dans une vie sédentaire, dans un milieu peu salubre, dans une maladie antérieure," ou, ce qui est plus fréquent, dans des déréglements de conduite. J’ai la conviction que l’application artificielle de l’air déprimé rendra bien souvent le service d’obtenir, dans ces cas, sans se déranger de ses affaires, les bienfaits qu’on ne peut demander aux voyages qu’au préjudice de ses intérêts.

Voici l’observation d’im cas malheureux dans lequel l’élément anémique a été vaincu malgré la gravité des complications :

Observation F*. — M. de X... (1) a soixante-deux ans. 11 a été toujours habitué a une vie calme et sédentaire. Il est d’un tempérament lymphatique. Sans cause appréciable, son appétit s’altéra pendant l’été de 1860. Un affaiblissement général, de la pâleur de visage, de l’anhélation dans la marche, suivirent de près les premiers signes de dyspepsie. Malgré les sages conseils qui l’entouraient, le malade s’obstina à voip dans ces symptômes des marques d’une irritation gastrique qui demandait la diète et l’usage d’aliments les plus légers. Cetté erreur, comme on le comprend bien, eut un résultat déplorable pour la marche de l’affection. M. de X... s’affaiblit de plus en plus.

Presque au début de sa maladie, un état mal défini du larynx causa de l’enrouement et une toux sèche, saccadée, comme convulsive, qui fatiguait beaucoup le malade par accès, surtout après une marche forcée, souvent aussi après le repas. Un accident plus alarmant vint compliquer cet état déjà bien pénible, vers le milieu de l’année 1862 : les idées de M. de X... devinrent insensiblement moins nettes ; la pensée était un travail fatigant, et, chose digne

(1) La coutume do designer par le nom et par le domicile les persounes qui font le sujet d’observations médicales ne me paraît pas applicable âmes malades. Mais j'avertis mes lecteurs que la plupart des cas que jo rapporte ont eu dos confi ères pour témoins. Je suis prêt à donner des preuves irrécusables de l’autbcntlcilé de mes observations à toute personne qui me les demandera dans un but scientifique ou dans l'intérêt de sa santé.

f)6 AtÇROTHERAPiE.

de remarque, les mouvements du bras et de la jambe droite S’altérèrent au point de rendre la marche difficile et l’usage de la main extrêmement gêné.

Le malade était dans cet état quand je le vis pour la première fois au mois de septembre dernier. Il se’ présenta à moi, pâle, abattti, inquiet. Sa voix était fort altérée, l’appétit nul. L’auscultation des carotides fait reconnaître un bruit de souffle. La poitrine, examinée avec soin, ne présente nulle part ni matité, ni bruit aucun qui puisse faire naître la pensée d’une affection thoracique. M. de X... meparut être ânémique, et la toux aussi bien que la paralysie dépendre d’une innervation altérée sous l’influence de la faiblesse de l’hématose.

Il était cependant fort difficile de porter un diagnostic bien arrêté, ou plutôt nous vîmes dès motifs pour le donner complexe. Si l’état anémique paraisssait être bien évident et bien clairement justifié par la décoloration de la face et de la muqueuse buccale, par le souffle carotidien, et même par la paralysie que nous n’avions pas de motifs fondés de rattacher à une lésion matérielle du cerveau, la toux-ne nous, semblait pas aussi facilement explicable par Cette altération générale des liquides, bien que son apparition par quintes et son timbre caractéristique lui donnassent un aspect convulsif.

Malgré l’obscurité du cas, il nous parut fort intéressant d’essayer si ,nos appareils, si puissants en général contre les états anémiques isolés de toute complication, pourraient agir également contre cet affaiblissement général, malgré l’âge du sujet, la durée de ses souffrances et les raisons si plausibles que nous avions de soupçonner du côté du poumon quelque lésion anatomique centrale qui échappait au diagnostic. Le triomphe le . plus incontestable suivit notre tentative.

A ma grande joie, les premières séances aérothérapiques réveillèrent l’appétit. Une semaine de traitement était à peine écoulée, que le malade mangeait et digérait à merveille. Le bras et la jambe reprirent rapidement leurs mouvements naturels. Les idées devinrent nettes, la tristesse disparut, la toux et l’enrouement diminuèrent d’une manière très sensible.

Quinze jours s’étaient écoulés dans cet état si satisfaisant, lors-

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qu’un flux de ventre cholériforme, provoqué par une Imprudence, vint remettre en question le rétablissement de cet intéressant malade. il en fut très fortement affaibli, et il lui fut impossible, pendant dix jours, de se soumettre à l’action 4e l’aérothérapie. Nous eûmes alors le malheur que les intestins refusassent pendant longtemps de fonctionner avec régularité. Des diarrhées fréquentes venaient nous faire perdre ce- que les séances d’air raréfié nous faisaient gagner chaque jour. Malgré ce contre-temps, l’appétit se soutint, et cette tendance à la diarrhée disparut, enfin, vers les premiers jours de janvier. Nous nous livrions à l’espoir de voir M. de X... persister dans un état, sinon brillant, du moins satisfaisant pour son âge et pour sa constitution dès longtemps altérée, lorsqu’un nouveau faux pas vint encore mettre en question l’avenir d’une santé si tourmentée.

Pendant les froids humides de février, M. de X... fut atteint de pleurésie. Au milieu d’une vitalité aussi fortement affaiblie, l’inflammation ne trouva pas les éléments d’une réaction vive. Aussi le mal ne put-il être diagnostiqué que lorsqu’une dyspnée notable fixa l’attention sur le thorax, et fit découvrir un épanchement dans la plèvre du côté gauche. Alors, le souvenir se porta sur une douleur constante, mais peu vive, que le malade avait éprouvée dix jours auparavant, presque sans se plaindre.

Nous en sommes à combattre les conséquences de ce nouveau malheur, qui ne nous permet pas de présenter le cas de M. de X... comme un succès incontestable de l’application artificielle de l’air des montagnes, puisque tant d’accidents oht laissé notre tâche inachevée. Je me crois, cependant, en droit de prétendre que le début du traiteraient est la preuve éclatante de Son efficacité. Quel est, en effet, le moyen ou la. réunion de moyens connus qui eût pu, en dix jours, réveiller l’appétit depuis si longtemps perdu, rendre la pensée à cette tête affaiblie, mettre en mouvement ces membres paralysés, ranimer enfin tout cet organisme à moitié privé de vie ?

Observation II e . —M. J... est un homme de cinquante ans. Il se livre à des travaux de cabinet. Il a passé les premiers deux mois de cet hiver partagé entre les attentions d’une étude scientifique qui l’intéresse et les préoccupations de tout genre d’affaires peu satisfai-

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santés. D’une imagination fort vive et d’une activité qui ne connaît pas le repos, il demande souvent aux plaisirs le soin de remplir dans sa vie les vides que les occupations habituelles pourraient y laisser. Or, il advint en fin décembre dernier que le travail, l’immobilité, les plaisirs et les soucis altérèrent tout à coup l’appétit de M. J... 11 éprouva en même temps de l’insomnie, des lassitudes, des vertiges. Sa tête devint lourde ; ses idées moins claires et son imagination pioins ardente se prêtaient difficilement à l’expression habituellement aisée de ses jugements.

Il y avait d’ailleurs douleur de tête. Les repas les moins copieux étaient mal digérés ; quelques renvois aigres accompagnaient ces digestions pénibles. M. J... était inquiet, mal 5 l’aise, mécontent de lui et de sa santé.

11 y avait deux mois qu’il souffrait ainsi, lorsqu’il fit usage de mes appareils.

Les trois premières séances lui causèrent des troubles dignes d’être contés. Sa tête était comme sous l’influence d’une excitation alcoolique. Il se sentait agacé, comme poussé par une impulsion involontaire; il ne tenait pas-en place, sa main était tremblante ; il dormait mai la nuit. Je ne puis pas mieux comparer cet état qu’à celui d’un homme qui a pris du café avec excès. Du reste, l’appétit fut .meilleur dès la première séance.

Après trois jours de traitement, le calme revint et l’acclimatement pneumatique'fut complet. Je conseillai à M. J... un travail plus modéré, et j’eus le bonheur de lui indiquer un but de promenade qui occupait une partie de la journée. Après deux semaines, pendant lesquelles il ne fit usage que dix fois de l’application artificielle de l’air des montagnes, M. J... me confessait qu’il était aussi bien, sous tous jes rapports, qu’avant sa maladie.

B. Les chlorotiques.

Il est évident, d’après l’état actuel de nos connaissances, que plus le sang est aqueux et alcalin, plus il a de capacité pour dissoudre l’acide carbonique. Les sujets qui sont réellement anémiques, les jeunes filles qui ont les pâles couleurs, sont donc sons l’influence d’un sang trop carboné, que la diminution des globules

tend, du reste, à désoxyder outre mesure. C’est dans ces cas, malheureusement si fréquents dans les grandes villes, que l’air naturel des montagnes est vraiment héroïque. M. le docteur Lombard (de Genève), si compétent en pareille matière, nous parle en homme profondément convaincu des bons effets des climats alpestres contre cette affection acquise dans des lieux moins favorisés. Je suis moimême l’auteur d’un travail, dont j’ai récemment donné connaissance à l’Académie de médecine, sur ce sujet intéressant des rapports de l'anémie et de la chlorose avec la pression de l'atmosphère. Il résulte de mes observations et de mes analyses que les affections anémiques sont plus communes à la base et sur les sommets des hautes montagnes que dans les localités intermédiaires. On en peut tirer la conséquence qu’une dépression modérée de l’atmosphère est favorable à l’hématose. En réalité, la pratique de l’aérothérapie prouve d’une manière incontestable que cette assertion est des mieux fondées ; car l’air artificiellement raréfié n’est pas moins puissant que l’air des montagnes contre la chlorose. Il est surtout d’une utilité irrécusable contre ces cas malheureux qu’une grande irritabilité de l’estomac et sa paresse d’absorption rendent réfractaires ou très rebelles à l’action du fer. Celte incompatibilité du mal avec son remède le plus héroïque s’observe surtout chez les sujets qui se font remarquer par un éréthisme général produisant un pouls fébrile, de l’agitation, de l’insomnie, un dégoût invincible pour les aliments. Eh bien ! dans ces cas graves, l’air artificiellement déprimé a des effets merveilleux. Après deux ou trois séances fort courtes dans lesquelles on ne produit qu’une dépression barométrique de quelques centimètres, l’appétit se réveille, le pouls se modère, le sommeil dure la nuit entière, et un calme général donne aux malades un air de satisfaction qui ne leur était pas habituel. Sous cette impression favorable, l’estomac devient accessible au fer, au quinquina, au vin, qui étaient auparavant mal tolérés, et l’on peut, par ce secours, arriver promptement à une guérison que la marche antérieure de la maladie rendait problématique.

Je dirai plus, dans ces cas graves de chlorose qu’on peut appeler aigus à propos d’une maladie essentiellement chronique, les appareils à déprimer l’air peuvent juger subitement la maladie et faire

disparaître en peu de jours les symptômes les plus alarmants. L’exemple suivant n’est pas des mieux choisis, puisque la chlorose s'y trouve coïncider avec une complication. Il n’est pas moins vrai, comme on va le voir, que les accidents auxquels j’ai été appelé à porter remède étaient indubitablement sous l’empire d’un état chlorotique.

Observation III e . —Mademoiselle M... P... a accompli sa seizième année à la fin de décembre dernier. Elle a été régulièrement réglée depuis l’âge-de douze ans. Ses cheveux, d’un blond châtain, et sa peau blanche et délicate indiquent un tempérament légèrement lymphatique. Sa santé a été bonne pendant son enfance, et meilleure encore depuis que se sont présentée les premiers signes cataméniaux de la puberté. Ses parents habitent-un second étage convenablement aéré, et M... IV.. fait depuis un an 5 kilomètres matin et soir, pour se rendre à son atelier, où elle travaille à la fabrication de plumes à chapeaux. Get atelier est situé rue du Faubourg-Saint- Martin, et, au dire de la jeune demoiselle, il est convenablement aéré.

Sans causes qu’il èût été possible d’apprécier, en dehors des conditions hygiéniques de ses occupations journalières, la jeune M... devint triste, préoccupée vers le printemps de 1862, et vers le milieu de juillet ses règles firent défaut pour la première fois. En même temps l’appétit disparut, ses nuits furent troublées par des rêves ou par l’insomnie, et des symptômes névropathiques affectèrent l’estomac, se manifestant tantôt par des douleurs, tantôt par des nausées ou des vomissements. Peu de jours plus tard, les seins devinrent douloureux, et acquirent un développement qui sortait des proportions naturelles avec les autres formes de la jeune malade. Le ventre devint dur, tendu et un peu plus volumineux que de coutume. Le corset produisait sur l’abdomen et sur l’épigastre une gêne qui en fit refuser l’usage, au désespoir de la mère, qui ne put éviter de tourner ses soupçons sur une faute irréparable dont elle crut voir les conséquences dans la position de sa fille.

Cependant l’état de celle-ci empirait chaque jour, Ses joues, habituellement rosées, étaient pâles et amaigries. L'œil, où régnait autrefois la vivacitéTd’une gaieté intarissable, devenait abattu. Le regard respirait tour à tour la timidité, la tristesse ou la colère ; car

àéhothi'rapie.

cette jeune malade, ordinairement douce et docile, devenait de jour en jour plus irascible et plus portée à causer de la contrariété à ceux qui l’entouraient.

En même tempsune leucorrhée déjà ancienne acquérait des caractères extrêmes d’acuité, et. en outre de l’irritation qui en était la conséquence vers la peau des cuisses et des grandes lèvres, elle avait son écho sur l’urèthre, peut-être même sur le bas-fond de la vessie, et provoquait des envies tellement fréquentes d’uriner, que la pauvre malade, forcée de se lever à tout instant, ne pouvait se livrer au sommeil.

Malgré cette situation si pénible, mademoiselle M... allait presque tous les jours à son travail. Mais plusieurs fois lès jambes la trahirent, et élle dut terminer lç voyage en omnibus. A cinq reprises différentes, les forces lui manquèrent au point qu’elle tomba en syncope sur la voie publique.

Elle recevait cependant les soins intelligents d’un confrère distingué. Mais le fer était mal- supporté, le vin de quinquina nè produisait aucun bien notable, lorsqu’elle me fut adressée -par M. le docteur Mallez, qui déjà avait eu occasion d’exercer sur le père de la jeune malade, par une cure uréthrale hors ligne, l’habileté de sa main et la générosité de ses sentiments. Je vis pour la première fois la jeune M... le 18 décembre. Elle eçtpâle, tremblante, essoufflée. Son cœur bat avec une violence et avec Une rapidité -extrêmes. L’auscultation de la carotide fait reconnaître un bruit de souffle des plus évidents. Les lèvres et la muqueuse buccale sont très sensiblement décolorées. Une toux assez intense, dont elle a été atteinte depuis vingt-cinq jours, s’ajoute à ses autres souffrances. En outre, soit sous l’influence de l’état général, soit comme conséquence de l’affection vésico-uréthro-ivaginale, elle a souvent des frissons et des accèsde fièvre. Des sueurs abondantes la tourmentent presque toute la nuit. L’appétit est tellement aboli, que la malade se prend à pleurer quand elle s’asseoit à table.

Je la soumis à l’air déprimé le jour même de sa première visite, le 18 décembre ; la jeune M... n’en éprouva aucune sensation désagréable. Elle fut empêchée par le mauvais temps de venir chez moi les deux jours suivants. Je la revis le 22, et quoique habitué aux effets surprenants de ma médication chez ce genre de ma-

lades, je ne pus me défendre d’un sentiment de véritable admiration en voyant ce qu’une seule séance avait pu produire. Cette intéressante jeune fille avait été prise d’un tel appétit en sortant de ma maison, que sa mère fut obligée de la satisfaire en lui servant un potage trois heures avant le moment habituel de son dîner. Elle dormit presque toute la nuit, mangea bien le lendemain, n’eut que fort peu de fièvre, n’en eut pas du tout le jour suivant ; elle sua à peine et passa encore deux nuits avec un sommeil très satisfaisant; de sorte que, lorsqu’elle revint à mon établissement pour la seconde fois, elle s’y présenta avec un air de satisfaction qui faisait plaisir à voir.

La seconde séance eut lieu le lundi 22 décembre. La malade fut soumise à l’appareil quatre fois dans cette semaine. La fièvre disparut complètement; le sommeil durait la nuit entière, l’appétit était excellent. Les pertes blanches diminuaient d’une manière sensible ; elles étaient taries absolument le samedi 27 décembre.

La cessation si rapide de cet écoulement nous aurait inspiré quelque crainte, si nous n’eussions vu une garantie contre toute métastase dangereuse dans une sécrétion extraordinaire qui s’établit dans les seins à mesure que la leucorrhée devenait moins abondante. 11 nous fut alors donné d’admirer le phénomène étrange de l’écoulement d’une humeur laiteuse qui exigeait à tout instant le changement des linges placés pour la recueillir.

Pendant ce temps, la tête était lourde ; il y avait souvent céphalalgie. Le dimanche 28, la douleur fut plus vive, quoique l’appétit se conservât excellent ; les forces de la malade étaient satisfaisantes, le 29, lorsqu’après avoir passé quelques heurs dans une pièce fortement échauffée par un poêle-cuisine qui en occupait le centre, la jeune malade fut prise d’un vertige en montant l’escalier de sa maison. Elle perdit connaissance, tomba et roula toute la hauteur d’un étage.

Nous la vîmes avec M. le docteur Mallez, le lendemain 30 décembre. L’accident n’avait pas eu d'autres suites que quelques contusions douloureuses sur le côté gauche du thorax. La malade sentait ses jambes affaiblies, et elle se plaignait encore d’un reste de céphalalgie. Nous lui conseillâmes un purgatif pour le lendemain, des bains de pieds et un peu de modération dans les aliments. Le

traitement par l’air déprimé fut interrompu jusqu’au vendredi 2 janvier.

Ce jour-là, mademoiselle M..., qui à la fin de la Semaine précédente avait pu faire à pied le voyage, aller et retour,' de son faubourg à la rue du Colisée, fut obligée de venir en voiture à notre établissement. L’humeur laiteuse continuait à couler abondamment. La leucorrhée n’existait plus ; les envies d’uriner sont considérablement moins fréquèntes ; la céphalalgie a disparu, mais la faiblesse générale est très grande et se fait remarquer davantage sur les membres abdominaux.

Je soumets la malade à une dépression barométrique faible,, et je renouvelle cette application le lendemain.

‘Le lundi 5 janvier, fa malade est plus forte, l’écoulement des seins a diminué ; la gaieté est revenue, l’aliment est désiré à chaque instant et les digestions sont parfaites. Trois séances d’air déprimé appliquées dans la semaine ramenèrent la jeune Mi., à l’état satisfaisant qui nous avaiftant charmé avant l’accident du 29 décembre.

Depuis ce moment les forces se sont accrues rapidement, et le 15 janvier, après vingt-sept jours de traitement, nous pouvions constater l’état suivant :

La céphalalgie, qui était quotidienne avant le trailemént, n’existe plus depuis huit jours.

Le sommeil, qui était presque nul, dure maintenant la nuit entière.

Le mouvement et la chaleur fébriles n’existent plus depuis dix jours au moins.

La toux a cessé depuis quinze jours.

La leucorrhée a disparu complètement après huit jours de traitement.

L’humeur laiteuse est tarie depuis une semaine.

Les envies d’uriner sont presques normales.

Plus de palpitations de cœur depuis deux semaines.

L’appétit s’est constamment maintenu depuis la première séance.

Les lèvres sont rouges et les joues commencent à se colorer.

La malade est gaie et se dit guérie.

Mais le malheur redouté par sa mère est une réalité. Cette pauvre jeune fille, victime d’une séduction, est devenue enceinte,

selon toute probabilité vers la fin de juillet. Cette circonstance déplorable est pour nous l’occasion de présenter un cas des plus curieux à l'attention de nos eonfrères. La jeune M...., depuis longtemps anémique, le devint plus encore sous l’influence des premiers mois de sa grossesse. On en voit la preuve dans lë tableau que nous avons fait de scs souffrances. La fréquence des syncopes, la dyspepsie outrée, les accès fébriles quotidiens, les sueurs nocturnes, la leucorrhée abondante, tons ces phénomènes permettaient de craindre que la grossesse ne se terminât par un accident bien avant l'époque de son issue naturelle. Qu’on veuille bien donner l'attention à la facilité avec laquelle tous ces symptômes alarmants ont disparu sous l’influence de l’air raréfié, et l’on aura la mesuré des bienfaits qu’on doit' attendre de l’emploi de ce moyen curatif.

Quant à l’écoulement laiteux qui a eu lieu par les seins à une époque qui nous a paru coïncider avec moins de cinq mois de grossesse, nous ne voulons pas nous hasarder à en donner une explication.

Observaïion IV e . — Mademoiselle B. T... estau service d’une dame polonaise, rue du Faubourg-Saint-I!onorë, 73. Elle a vingtdeux ans. Quoique régulièrement réglée, cette jeune demoiselle a été anémique depuis l’apparition des signes de la puberté’. Elle estblonde, un peu pôle, d’apparence faible. Malgré ces antécédents et cette constitution, .sa santé est généralement satisfaisante, et elle s'attire l’attachement de ses maîtres par son zèle et son activité, non moins que par sa physionomie douce et sympathique.

Vers la fin de décembre, elle fut victime d’un événement qui lui causa une grande frayeur. Elle en perdit immédiatement l’appétit. Dès lés premiers jours qulsuivirent cer accident, des vertiges commencèrent à la tracasser, ses forces s’éyanouirent presque subitement. Elle avait des battements de cœur fort tumultueux, et le moindre effort dans- l’accomplissement de ses devoirs habituels la menaçait de syncope.

Je la vis vers le milieu de janvier. Ses lèvres sont pâles, son regard exprime l’abattement. Les carotides donnent un double bruit de souffle extrêmement prononcé. Je la soumis à l’aérolhérapie en suivant les règles que je me suis imposées. La malade reprit très rapidement des forces, l’appétit reparut en trois jours, et l’état

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général était, après dix séances, comme avant l’événement qui avait provoqué ces accidents aigus.

Comme il lui était impossible de continuer à faire à sa santé le sacrifice d’une heure et demie par jour pour venir à mon domicile, je lui conseillai les préparations ferrugineuses, et jê Sais qu’elle a continué à se bien porter.

Je pourrais enrichir cette partie de mon écrit d’ufl bien grand nombre d’observations de ce genre. Je (e crois inutile à l’intérêt du sujet et à l'édification de mes lecteurs, qui trouveront dans les deux faits qui précèdent les modèles de témoignages nombreux que je pourrais leur donner de l'efficacité de l’aérothérapie contre les accidents chlorotiques.

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