C. Perles blanches
A côté de la chlorose, des états vagues de tempéraments lymphatiques, de constitutions affaiblies, établissent bien souvent chez les jeunes femmes des écoulements blancs'toujours fort incommodes et parfois réellement gravés .par les conséquences de tout genre qui s’y trouvent liées. Ces pertes sont rebelles à toute médication et désespèrent par leur ténacité le médecin et la malade.
Je possède les observations de plusieurs cas de ce genre où l'efficacité de l’air déprimé a été souveraine. La puissance de ce moyen est telle contre ce genre de sécrétion anormale, que i écoulement en peut être tari trop rapidement, résultat non désirable dont les conséquences doivent être surveillées, Empressons-nous de .citer l’observation d’une jeune malade qui fut délivrée en trois jours d’une leucorrhée extrêmement abondante, dont la cessation trop rapide s’accompagna de violents maux de tête. Ces accidents sc dissipèrent, et il nous fut bientôt permis de suivre le traitement dont les effets sur l’état général assurèrent radicalement la guérison de la malade. Je ne m’étends pas davantage sur ce cas, qui ne sc présente sous ma plume que d’une manière incidente. En voici un second plus digne d’être porté à l'attention de mes lecteurs.
Observation V e .—Mademoiselle L. M... est couturière. Elle a vihgt-liult ans. Elle est blonde, lymphatique, L’Alsace est le lieu de sa naissance, Son enfance n’a pas été maladive, maisrsa jeunesse»
60 A^ROTHÉRAPIE.
depuis l’âge de seize ans, s’est passée dans des privations. Sa nourriture a été souvent insuffisante, et elle a été obligée de passer beaucoup de nuits, occupée aux travaux qui lui sont habituels. Un état anémique très évident en a été la conséquence.
Elle a toujours eu des pertes blanches, mais depuis onze ans cette maladie l’incommode à un point extrême. L’écoulement est assez abondant, pour marquer bien souvent la trace de ses pas. Divers traitements ont été infructueux, soit qu’ils aient porté d’une manière directe sur le vagin, soit qu’ils aient prétendu se rendre maîtres du mal en corrigeant l’état général. Aucun soulagement n’en a été la conséquence.
La malade réclamé mes soins le 2 janvier.
Je ne là soumis pas à un examen que le rapport d’un confrère distingué rendait inutile. D’après lui, l’utérus était sain et ne présentait qu’un léger gonflement du col dont la muqueuse affectait une couleur rouge vif, signe qui était encore plus marqué dans tout le vagin. Ce conduit n’est le siège d’aucune altération anatomique, et sa muqueuse, partout congestipnnée, paraît être dans un état subinflammatoire constant.
La malade a été soumise à l’air déprimé trois fois par semaine. L’appétit se réveille dès les premiers jours, le sommeil devient meilleur, l’aptitude à l’exercice s’améliore rapidement, et après la treizième séance, à la cinquième semaine du traitement, l’écoulement blanc est complètement tari.
D’après mes conseils, mademoiselle L... a continué, de faire usage de l’air déprimé jusqu’au jour où j’écris, 28 avril. Pendant la deuxième période de soins qui coïncide avec son soulagement, elle a conservé l’aspect d’une santé parfaite. L’embonpoint et les couleurs sont revenues ; la malade, dont l’appétit était depuis longtemps si imparfait, mange bien et voit arriver avec impatience les heures de ses repas.
Les pertes blanches sont en général milles. Elles ont eu cependant une tendance à reparaître pendant peu de jours sous l’influence d’une marche exagérée, ou par suite d’une constipation non surveillée ; mais le petit nombre de fois que ces accidents se sont présentés, il a été facile de s’en rendre maître par un purgatif, par un repos modéré et par l’usage de liquides aluminés.
Depuis environ vingt-cinq jours, mademoiselle L... n’a pas vu une seule tache se produire sur son linge. Elle jouit d’ailleurs d’une santé parfaite.' Son activité est infatigable, sa gaieté fait plaisir à voir. Elle a pris de l’embonpoint et sesjoues brillent d’une fraîcheur depuis longtemps perdue. Son étonnement et sa joie sont si grands en préséncc de ce résultat vainement cherché pendant tant d’années, que mademoiselle L.,., à défaut d’expressions, ne trouve que l’attendrissement de la reconnaissance pour m’exprimer ses sentiments. Elle n’est pas seule à voir dans cette heureuse issue du traitement Un sujet de juste surprise; Le confrère estimable, aux bontés duquel je dois cette intéressante malade, et dont les soins intelligents avaient échoué comme tant d’autres, m’en témoigne en toute occasion son étonnement et sa satisfaction.
Voici maintenant une observation tout aussi digne d’être rapportée.
D. Perles blanches avec congestion et déplacement do l’utérus.
Observation VI e .— Madame X... fut atteinte d’une affection aiguë de poitrine deux jours après ses couches. La toux fort intense qui l’accompagna fut la cause de secousses violentes sur l’abdomen, et les troubles qui s’ensuivirent burent pour conséquence un prolapsus utérin fort incommode.
Je vois la malade quinze mois après le début de ces accidents. Elle est dans un état anémique très marqué. Le prolapsus est si considérable, que le museau de tanche descend jusqu’aux grandes lèvres de la vulve. En pratiquant le toucher, on juge aisément que le corps de l’organe est très sensiblement augmenté de volume sous l’influence d’un état congestif. Ces symptômes, déjà graves et surtout fort gênants pour la malade, sont accompagnés d’une leucorrhée d’une abondance extrême.
Madame X... est faible, triste, très préoccupée de son état, le sommeil est inquiet, troublé par des rêves ; l’appétit est tout à fait nul.
La première séance d’application de l’air déprimé eut lieu le 15 juillet. L’appétit se réveilla ce jour-là même, et il a continué depuis sans interruption. Les séances se renouvelèrent cinq ou six fois par semaine, et sous leur influence l’état général s’améliora ra-
pidcment, les pertes blanches se tarirent peu à peu, de manière qu'il
n’en restait plus de trace à la fin du premier mois du traitement.
Un résultat plus satisfaisant encore fut la conséquence de l’usage de mes moyens aérothérapiques. L’utérus, depuis longtemps congestionné, devint le siège d’un travail d’absorption, et, reprenant insensiblement son volume normal, il diminua de poids assez pour revenir spontanément à une position meilleure. Le prolapsus s’en trouva notablement diminué, et depuis lors il n’a plus incommodé la malade.
Ce dernier résultat porta mon attention sur les effets qu’on est en droit d’attendre de l’usage de mes appareils contre les maladies de la matrice. J’ai' eu occasion d’en renouveler l’application avec succès dans d’autres cas de congestions utérines que je dirai permanentes , pour les distinguer de celles qui se traduisent par de violentes hémorrhagies k l’époque des règles, et que pour cela même on peut appelée congestions cataméniales.
Celles-ci sont de deux ordres, selon qu’elles accompagnent un état chlorotique, qu qu’elles apparaissent chez des femmes sanguines atteintes de catarrhe intra-utérin avec état subinflammatoire. Ces derniers cas sont très rebelles a toutes les médications, et ils ne m’ont pas paru, d’après les Observations que j’en ai faites, susceptibles de céder a l’action de mes appareils, 1 tandis que j’ai eu toujours à m’en louer dans les métrorrhagies qui compliquent la chlorose.
Je veux dire, et l’on m’a déjà compris sans doute, que la dépression de l’air est surtout d’une grande efficacité pour corriger des accidents, utérins qui sont la conséquence d’un mauvais état général dè la malade.
j E. Congestions viscérales.
Notre attention se porte naturellement des congestions utérines aux affections de même ordre qui intéressent d’autres organes internes. Nous nous arrêtons avec prédilection sur les stases sanguines qui s’établissent dans le foie, avec un état subinflammatoire peu marqué, chez les personnes qui ont vécu dans les pays chauds. Ces congestions, souvent isolées, quelquefois précurseurs d’abcès
AÉHOTHÊRAPIE.
redoutables, élisent domicile chez des sujets dont la constitution est profondément altérée par les influences générales ou purement paludéennes des pays qui leur ont donné naissance. Elles ont pour compagnie inséparable des. troubles digestifs aussi rebelles que le mal principal. Tantôt ces accidents concomitants affectent les premières voies, et alors ce sont des dyspepsies, des digestions prolongées avec des douleurs gastralgiques plus ou moins intenses ; une constipation opiniâtre accompagne ces phénomènes pénibles. D’autres fois, c’est le gros intestin qui est affecté, et en ce cas la diarrhée est incessante, compliquée ou non d’épreintes douloureuses avec un caractère dysentérique.
Observation VU'-. — Je possède l’observ.ation d'un cas remarquable de ce genre à propos d’un étranger recommandable, dont le soulagement, vainement cherché par les moyens ordinaires les mieux compris, fut obtenu en un mois de traitement par l’air déprimé ; ce cas, qui sera publié avec détail dans un recueil plus étendu de mes observations cliniques, offrait la complication d’une congestion du foie, d’un engorgement de la rate et d’une diarrhée dysentérique. L’origine en était dans des voyages et une résidence de quelques mois dans le sud de l’Espagne.
L’issue favorable du traitement par mes appareils était facile à prévoir, car le sujet de cette observation avait été conduit à une anémie profonde par un. empoisonnement paludéen. Ce n’est pas que des accès de fièvre inter-m ttente eussent précisé d’une manière bien sensiblele caractère dominant de l’affection. Le malade n’avalt eu que deux ou trois fols, au début, cette sorte d'accès, et le sulfate de quinine s’en était rendu maître. Mais il est des empoisonnements de cejte nature dont la marche n’est pas essentiellement liée aux signes intermittents, et ces cas ne sont pas rares. Quoi qu’il en soit de la marche primitive ou actuelle de ces affections contractées dans les pays chauds, soit qu’une congestion Jocalisée ou qu’un état anémique général les domine, il n’est pas douteux pour moi que les appareils à air déprimé n’agissent dans ces cas de la manière la plus efficace, en arrivant à leurs fins de deux façons combinées :
1° L’état général anémique en est essentiellement modifié ; 2° le mouvement des liquides vers la périphéiie concourt puissamment pour produire le dégorgement des orgaues congestionnés.
F. Les dyspepliques.
A cette question générale de la chlorose et de l’anémie se rattachent, sinon d’une manière essentielle, du moins par la circonstance d’une coïncidence très fréquente, les accidents et les troubles qui ont leur siège dans l’organe digestif. Nous les avons signalés au début de cet article, à propos de sujets affaiblis par une mauvaise hygiène. Je croîs devoir revenir sur ce point pour faire remarquer que les causes susceptibles de produire ces désordres gastriques ne résident pas toutes dans les conditions malheureuses qui sont faites à l’homme par la pauvreté et la respiration d’un air insalubre. Les abus de tout genre engendrés par l’abondance et le luxe en sont aussi une source fréquente. Les repas copieux et les mets excitants accompagnant une vie sédentaire énervent les fonctions digestives, et produisent la faiblesse générale par une élaboration imparfaite de l’aliment, sinon aussi souvent, du moins d’une manière aussi grave que les privations de to.ute espèce qui accompagnent la misère. Il y a certainement’une dyspepsie du luxe et de l’abus, comme il y a une anémie de l’indigence.
Cette maladie est d’autant plus facile à se produire que, pour l’ordinaire, les gens habitués aux grands repas, dans les villes populeuses, n’ont recours que fort rarement aux auxiliaires, les plus puissants des facultés digestives : l’exercice et la respiration d’un air pur.
11 arrive alors que l’aliment, péniblement élaboré, absorbé d’une manière imparfaite, devient insuffisant au soutien des forces et de la santé. Les fonctions du système nerveux s’en ressentent, et le sang, anormalement constitué,' laisse languir l’économie entière sous les atteintes d’un état anémique dont on croyait être garanti par l’abondance de tous les moyens capables d’assurer le bonheur de la vie.
Dans ces cas, malheureusement si nombreux, l’application artificielle de l’air dès montagnes relève l’appétit, donne de la vigueur musculaire. Sous son influence, les digestions deviennent plus faciles ; l’aliment, parfaitement absorbé, ramène les forces dès longtemps absentes. Et remarquons bien qu’il n’est pas besoin, pour arriver à ce résultat, d’avoir bien longtemps recours aux appareils
dont nous faisons usage. Nous avons vu des cas où quelques séances réveillaient l’activité perdue, et une bonne hygiène suffisait ensuite seule pour amener les malades à un rétablissement absolu.
G. Diarrhées chroniques.
C’est encore à ce sujet inépuisable de l’anémie que se rattachent bien souvent des accidents intestinaux rebelles à toute médication. Cette résistance du mal provient alors bien moins de sa gravité que de l’erreur commise sur sa vraie nature. Je ne puis perdre le souvenir d’un malade que j’ai vu dépérir et s’approcher de sa fin, qui paraissait inévitable, sous les atteintes d’une diarrhée de ce genre. M. deL... avait pris le début de son mal sous le ciel affaiblissant des hauteurs du Mexique. Il en revint profondément affecté dans sa constitution. Une célébrité médicale justement renommée diagnostiqua une colite chronique gravé, et prescrivit un traitement en conséquence.
Cependant M. de L... s’affaiblissait chaque jour; ses membres inférieurs étaient fortement œdématiés ; l’appétit était nul, le mouvement devenait impossible, la diarrhée continuait malgré les soins prescrits. Un médecin anglais, M. Rayner, qui exerce avec distinction à Paris, fut appelé auprès du malade. Il ne vit en lui qu’un état général à redresser. Il ordonna des bouillons consommés, avec du vin généreux à toute heure du jour, du cognac et du madère à tous les repas. Sous l’influence de ce régime analeptique, que l’école physiologique aurait traité d’incendiaire, M. deL... se rétablit rapidement, et il jouit depuis plus d’un an d’une santé parfaite.
Je ne cite pas ce fait comme une preuve du triomphe de l’aérothérapie, puisqu’il ne fut pas fait usage de ce moyen, mes appareils n’étant pas encore installés. Je le présente comme le modèle des cas dans lesquels une anémie peut produire des dérangements intestinaux qui passent faussement pour des maladies inflammatoires chroniques avec altération présumée de la membrane muqueuse.
C’est contre ces affections que je propose l’usage de l’aérothérapie. Les résultats que j’ai obtenus de ce moyen puissant dans les diarrhées qui compliquent les engorgements abdominaux à la suite
d’empoisonnements paludéens, m’autorisent à penser que j’aurais également à m’en louer contre les flux de ventre entretenus par un abattement général de l’organisme.
H. Enfants faibles de constitution.
Les résultats obtenus dans l’anémie par les pratiques aërothérapiqttes permettent d’espérer des effets aussi satisfaisants contre la faiblesse de constitution du jeune âge. Je n’ai eu encore qu’une seule fois l’occasion de voir ces espérances se réaliser. Ce fut à propos d’un enfant de dix ans, pâle, faible, prompt à s’essouffler par la moindre fatigue ; son appétit était des plus mauvais.
Son père, de passage à Paris, ne put me l’envoyer qu’un petit nombre de fois. Nous eûmes lieu d’être surpris de l’effet heureux et prompt qui se fit rémarquer dans la santé'de mon jeune client. L’appétit augmenta sensiblëment, l’exercice était mieux supporté. Ce que je vis s’opérer sur cet enfant dans cinq séances aérothérapiques me confirma pleinement dans la pensée que l’usage plus prolongé de la méthode eût aidé puissamment à modifier sa faible constitution.
§ II. —»cs uffections «le poitrine,
A. Phthisie pulmonaire.
L’étude que nous avons faite de cette maladie dans ses rapports avec l’élévation du séjour au-dessus du niveau de la mer nous la montre comme sévissant en raison directe de l’activité de la respiration. Ainsi, d’après M. le docteur Lombard, elle est plus commune sur les hauteurs intermédiaires qu’à la base et que sur les sommets des Alpes. De mon côté, j’ai déjà donné le résultat de mes observations faites sur la chaîne des Andes. Il en résulte que la phthisie pulmonaire est rare sur les hauts plateaux, tandis qu’elle est fréquente et presque toujours aiguë aux niveaux moyens et inférieurs. Qn peut donc se livrer à cette affirmation pleine d’intérêt : c’est que le tubercule pulmonaire garde avec la pression atmosphérique un rapport inverse de celui de l’anémie. Cela
revient à dire que si cette dernière affection prend surtout sa source dans un appauvrissement de l’oxygène, la phthisie au contraire puise l’élément principal de son activité dans une absorption outrée de ce gaz. Ce n’est pas seulement la pathologie comparée des niveaux qui met ces vérités en évidence. Des praticiens du plus haut mérite, et M. Trousseau à leur tète, affirment qu’il peut être dangereux de guérir une chlorose concomitante de tubercules pulmonaires.
Or, de même que nous avons emprunté à l’expérience des lieux élevés un moyen de guérir l’anémie nous sommes en droit de lui demander encore un secours contre la consomption. Mais cette, fois, les leçons données parla nature nous révèlent que les manœuvres dont le but est d’appliquer l’aérotbérapie contre la phthisie pulmonaire exposent les malades à un danger qu’on ne saurait éViter absolument. Nous avons dit, en effet, que les premiers efforts d’une dépression atmosphérique ont pour résultat de donner une plus grande liberté d’action, à l’oxygène dissous dans le sang. Mais cette raison, qui pourrait motiver justement une objection contre l’emploi de nos appareils dans la phthisie, ne porte que sur les courts instants employés à raréfier l’air des récipients aérolhérapiques. L’inconvénient disparaît aussitôt qu’on est arrivé à. un degré convenable de dépression. On comprend, du reste, que la raréfaction qui a pour but de combattre cette maladie ne doit jamais être moindre d’un quart d’atmosphère et doit être appliquée en longues séances.
Les poitrinaires placés sous nos appareils, après avoir éprouvé un court moment d’agitation sons l’influence du vide qui s’opère, se calment et se sentent à Taise. Leurs mouvements respiratoires, irréguliers, saccadés, comme convulsifs, se transformant souvent en toux sèche et fatigante, se modèrent promptement sous l'influence de la raréfaction de Pair, pour faire place à une respiration naturelle qui se fait sans efforts,, avec ampleur et sans aucun malaise. En les voyant ainsi calmés, on ne peut méconnaître qu’ils se trouvent soustraits ù l’action d’un stimulant habituel qui leur est nuisible, et ce serait vraiment obstination à nier l’évidence que de chercher ce bienfait en dehors de Télément même que nos appareils viennent de modifier. La poiU'ine se soulage dans le vide partiel. Si nous affirmons que c’est le vide lui-même qui produit ce
soulagement, on ne nous accusera pas de nous livrer à une conséquence illusoire.
Et nous avons d’autant plus le droit dépenser ainsi, que l’analyse de l’air expiré vient donner à notre conviction la force de l’évidence puisée dans les preuves matérielles. Pour un moment, en effet, pendant que le vide s’opère, iin peu d’excitation se remarque chez nos malades. C’est qu’alors le poumon se livre à une lutte insolite. L’acide carbonique qui se dégage en excès demande aux lois de l’endosmose normale une part égale d’oxygène que les lois physiques lui refusent. Mais peu à peu l’équilibre s’établit entre l’air extérieur et les gaz-de nos organes, et la densité nouvelle de l’oxygène faite par nos appareils, s’équilibre elle-même avec la sensibilité de nos malades qui s’y trouvent au milieu d’un élément plus approprié à leurs besoins physiologiques.
Qu’on n’accuse pas cette théorie d’être le produit d’une imagination rêveuse. Elle a l’expérience pour base, le calcul mathématique pour appui et le fait pour confirmation.
Mais il ne faut pas s’aveugler au point de croire que la phthisie pulmonaire soit aussi facile à guérir par nos appareils que les états anémiques. Même dans les circonstances les moins graves, la tuberculisation est toujours une maladie qui s’alimente sous l’influence d’un état général difficile à redresser. Nous avons donc besoin d’inspirer aux malades et d’avoir nous-mêmes une patience en rapport avec la gravité de leur situation. Ce n’est pas dire que les phthisiques soient incurables. Les médecins qui croient le moins à leur guérison n’ignorent pas que beaucoup de tuberculeux ont recouvré la santé la plus parfaite. Pour eux donc, les guérisons incontestables sont des faits heureux qui doivent s’inscrire comme les bienfaits d’une Providence bienveillante, et non comme des résultats dont la thérapeutique puisse s’applaudir. Le tubercule formé se fond et s’éliminé. Si le malade résiste à cette élimination et s’il n’y a pas de nouvelle formation tuberculeuse, la guérison s’accomplit toute seule par cicatrisation pulmonaire ou par dépôts calcaires.
Il nous semble que l’art pourrait intervenir puissamment dans cette marche normale que les phthisiques ont à suivre pour arriver à la guérison. 11 n’est pas impossible, en effet, de les aider à soutenir leurs forces pendant que le tubercule suit ses évolutions; il
n’est pas impossible de modérer les symptômes trop aigus qui les accompagnent ; il est possible, enfin, d’intervenir pour empêcher la formation de nouveaux tubercules qui viennent à chaque instant compliquer l’état des malades en leur faisant courir des dangers incessants.
Ce sont ces trois indications que nous prétendons remplir au moyen des appareils que nous mettons à la dispositoin des malades de ce genre.
1° Soutenir les forces des phthisiques pendant que le tubercule suit ses évolutions.—Nom venons de dire que le bain de vide ' partiel est un apéritif puissant; qu’il facilite les fonctions des vaisseaux absorbants; qu’il établit vers la peau un surcroît d’activité qui représente un des effets les plus saillants de l’application de l’air raréfié. Nous n’aurons donc pas de difficulté à faire accepter à nos malades la nourriture que trop souvent ils repoussent. La force d’absorption en apportera les éléments utiles aux organes qui les réclament; sous l’empire de ce surcroît d’activité, les substances grasses, plus aisément entraînées dans ce mouvement général, viendront former des dépôts où le malade puisera des ressources contre la combustion anormale qui l’entraîne au marasme. C’est même de cette manière que nous entrons dans la voie qui nous conduit à la deuxième indication.
2° Soustraire l'organisme à la formation de nouveaux tubercules.— Nous réussirons d’autant mieux à remplir cette indication nouvelle, que nous aurons plus efficacement appelé l’action comburante de l’oxygène sur des substances qui, dans l’état de santé, lui donnent un aliment en rapport avec nos besoins physiologiques. Les moyens qui réussissent le mieux chez les poitrinaires puisent leurs effets dans ce mode d’action. Ainsi le lait d’ânesse, si facilement absorbé, ainsi la crème de lait de vache, offrant tous deux des éléments presque complètement élaborés pour servir directement à la combustion, soulagent et engraissent les phthisiques. L’huile de foie de morue n’a pas une action différente.
Ces aliments sont un auxiliaire puissant des bains d’air qui en facilitent l’absorption et en régularisent l’emploi. En déviant, d’ailleurs, l’oxygène de son action sur les substances plastiques de l’organisme, ce bain en fait un appel utile à la périphérie, comme nous
l’avons déjà dit, et là les graisses lui fournissent un aliment plus physiologique. C’est ainsi que les combustions régularisées empruntent aux bains d’air raréfié des ressources contre la formation successive de nouveaux tubercules.
3° Nous avons déjà prouvé que l’action sédative de l’air raréfié calme les symptômes existants de la phthisie.
Ces vues théoriques sont parfaitement justifiées par Içs résultats. Nous avons déjà eu l’occasion de nous en assurer dans plusieurs cas de tuberculisation pulmonaire qui ont été soumis à nos soins. Les avantages obtenus par nos appareils ne sont pas aussi concluants en général qu’on pourrait le désirer contre cette maladie redoutable. Mais sa gravité même, qui la rend inaccessible le plus souvent aux moyens ordinaires les mieux combinés, nous autorise à être satisfait de résultats en apparence modestes, qui peuvent à la longue conduire à des guérisons inespérées. Voici en quels termes nous croyons pouvoir résumer les effets de l’aérothérapie contre la tuberculisation pulmonaire :
1° Les débuts du traitement ont été sensiblement favorables, sans aticune exception.
2° Ce soulagement né s’est pas soutenu chez les malades qui ont continué l’usage de l’air raréfié sans interruption.
3° C’est que l’aérothérapie la mieux conduite produit chez les phthisiques une excitation inévitable qui apparaît en général au bout de vingt à trente jours. On doit être très attentif à découvrir ce résultat pour suspendre l’application de l’air raréfié et le remplacer par d’autres moyens, jusqu’à ce que le calme du malade indique l’opportunité de le soumettre de nouveau aux pratiques aéfothérapiques. \
U° L’aérotbérapie n’a de pouvoir contre la phthisie qu’à la condition d’agir avec l’intermittence que nous venons de dire.
5° Sous l’impression de cé traitement bien conduit, j’ai vu des symptômes aigus se calmer rapidement. La toux diminue, les nuits deviennent meilleures, l’embonpoint ne tarde pas à se prononcer visiblement.
6° Dans les cas où un affaiblissement anémique domine la maladie, il est très facile de relever les forces du malade par l’aérotbé-
rapie. Mais c’ëst là précisément que la prudence est le plus nécessaire, puisque, si l’on n’y prenait garde, une excitation exagérée pourrait, commeeela arrive pour l’emploi intempestif du fer, produire un surcroît dans la marche de la maladie.
7° Mais avec la prudence que ces prévisions indiquent, l’aérothérapie est une arme puissante contre la tuberculisation pulmonaire.
B. Hémoptysie.
Nous avons déjà dit (page Al) quels sont les rapports de l’hémorrhagie de poitrine avec la dépression de l’atmosphère. Notfs devons maintenant examiner si l’application artificielle de l’air des montagnes peut être considérée comme un moyen de guérison de cette maladie. Nous avons donné nos soins à quatre phthisiques qui, avant l’époque où ils se sont soumis à l’aérothérapie, avaient eu des hémoptysies abondantes. L’hémorrhagie ne s’est jamais présentée pendant la durée du traitement autrement que par des crachats sanguinolents très rarement observés. S’il fallait arguer de ces quatre observations, la dépression dé l’air conduite avec prudence serait un moyen de diminuer ou de prévenir les hémorrhagies des tuberculeux. Mais je prétends mettre plus de réserve dans mes paroles, en mé limitant à cette conclusion que personne ne trouvera exagérée : c’est que les craintes qui s’attachent à la raréfaction de l’air des très hautes montagnes, à propos d’hémorrhagies chez les phthisiques, sont réellement dérisoires.
J’ai voulu m’assurer si l’aérothérapie serait un moyèn d’arrêter des hémoptysies, existantes. Deux cas se sont offerts à ma pratique avec des résultats différents. Le premier est éminemment remarquable.
Observation VIII e . — Étienne E...<, cocher, est âgé de vingt-six ans. Il est né à Carcassonne, de parents-sains qui vivent encore. Son enfance a été robuste. Vers le milieu de l’année 1858, il fut tout à coup atteint d’hémoptysie abondante, dont la première apparition inspira des craintes sérieuses au médecin qui fat appelé à lui donner ses soins. L’hémorrhagie continua pendant deux mois ; elle se présentait surtout pendant la nuit, subitement; réveillant lé malade en sursaut.
Après un mois de soulagement, l’hémoptysie lit une nouvelle apparition et fatigua le malade pendant plus de quarante jours. Depuis lors il a toujours été tracassé par une toux sèche, fatigante; son appétit a diminué progressivement, et ses hémorrhagies, moins fortes et moins fréquentes qu’au début, continuèrent à le tourmenter jusqu’à ce qu’il vînt à Paris, vers le milieu 1861, au service de M. C..., rue de Rivoli, 236.
Les quatre premiers mois de 'ce nouveau séjour lui furent favorables; mais après ce délai, les hémoptysies reparurent, et cette rechute avait durésixmôis, lorsque Étienne E.... vint réciamer
Ce malade est resté profondément anémique après tant de pertes de sang. 11 est maigre, pâle, défait ; les yeux cernés et caves. Il est haletant, essoufflé, incapable du moindre effort ; il paraît menacé de syncope sous l’influence d’un travail fatigant. 11 dort très peu la nuit, il a la tête lourde pendant le jour. 11 mange à peine et digère difficilement sous l’influence de douleurs gastralgiques qui le font beaucoup souffrir.
Depuis six mois il crache le sang, surtout le matin, sans aucun effort, et ce sang est rouge, écumeux. A l’auscultation, le cœur bat avec force, mais sans aucun bruit morbide. La respiration s’entend partout avec des signes normaux, excepté au sommet du poumon droit, où le murmure vésiculaire paraît un peu obscurci. Là aussi l’expiration se prolonge notablement, mais la percussion ne présente nulle part de différence avec un état parfaitement normal.
Je soumets le malade à l’aérothérapie au mois de juillet de l’an dernier. La première séance fait disparaître les douleurs d’estomac et réveille l’appétit. Le crachement de sang n’a pas lieu le lendemain et ne reparaît pas pendant quatre jours. Pendant un mois le malade s’est soumis dix-sept fois aux pratiques aérothérapiques. Durant ce temps Étienne E... a rendu du sang six fois seulement, le matin en se levant, sans effort, presque sans toux. Ce sang est noir, en caillots du volume d’une noisette. Son appétit, rétabli dès le premier jour, s’est soutenu parfaitement. Ses forces sont très satisfaisantes ; les couleurs lui reviennent au visage ; il n’est plus essoufflé, son cœur n’a pas ies mouvements précipités qui le fatiguaient avant le traitement ; il dort la nuit entière. Malheureusement les exigences de son
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service le forcèrent à partir avec ses maîtres "le 9 août, et je n’ai plus eu de ses nouvelles. J’en ai souci pour l’intérêt que ce jeunehomme m’inspirait, nullement quant aux preuves définitives de l’eflicacité de l’air déprimé dans le cas intéressant qu’il offrit à mon observation. Il ne peut, en effet, y avoir de doute que les appareils aérothérapiques agirent sur lui d’une manière souveraine, au double point de vue de l’état anémique et de l’hémoptysie.
Observation IX e . — J’ai vu un jeune étranger dont les sommets des deux poumons étaient atteints de tubercules. Il fut attaqué d’une hémoptysie active, avec fièvre et toux intense, qui eût demandé la tranquillité et même le repos du lit. Il se soumit deux fois à la fatigue du trajet pour venir à pied jusqu’à mon domicile, et je dois dire que dans ces circonstances défavorables la dépression de l’air ne produisit aucun bien chez ce malade. Il se rétablit de son hémorrhagie par le repos et par les soins d’un confrère éclairé.
Je n’ai pas besoin d’accompagner ces deux observations de commentaires. Les faits disent assez clairement les conséquences qu’on en peut tirer.