ME ARTICLE
M. le Rédacteur,
Ce n’est que le 4 du couränt que j'ai lu la lettre du Dr. Larue, publiée dans votre journal du 29 avril dernier, contre M. Talbot et moi, au sujet du Memorandum de Pierre Duval dit Barbinas, présenté à Son Excellence le Gouverneur Général, le priant d’accorder une enquète relativement à son procès, et un sursis d'exécution ; et je regrette que mes occuputions ne m’aient poigt permis d’y répondre immédiatement.
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J'ai vu avec peine qu'un sujet aussi important avait été traité avec uussi peu d'observation des règles étublies et suivies dans de semblables circonstances : je n’entends faire allusion qu’à la partie médico-légale Au procès;'c'est-àdire, à l’enqnête tenue par le coronaire sur le corps de Julie Désilie, et aux anadyses chimiques des matières extraites du cadavre.
Il est aussi pénible de voir M. Larue, traiter d’une manière injurieuse lu demande d’une enquét’ et d’un sursis d’exécution. M. Larue n’était pas sérieux lorsqu’il écrivait sa lettre ; s’il réfléchit sur la gravité de la chose, sur l'importance du sujet, en rélisant son écrit, il verra qu’il s’est étrangement trompé, et que la question exigeait plus de réflexion pour être traitée judicieusement.
La position qu’occupe M. Larue, comme professeur de médecine légale et de toxicologie à l’Université Laval, lui imposait l’obligation de traiter avec plus de courtoisie ie Memorandum, des
avocats de Barbinas, d’abord, au point de vue de la justice, et ensuite de la science, sans égard aux personnes qui étaient chargées de la chose, et qu'il qualifie d’épithètes injurieusex.
Je reviens maintenant aux récriminations M. Larue. Il commence son article en disant : “ M. Talbot, avocat, “ chargé de la défense de Barbinas, # convaincu d’avoir empoisonné sa fem- “ me, fait circuler, en ce moment, un € factum desa façon,” etc., etc., que “ ce “factum renferme certaines conclu- “ sions qui tendraient à affecter la vali- “ daté de mon rapport ; je crois devoir “ faire un mot de réponse. Ainsi, à la “ page 8 de ce mémoire, on lit les mots “ suivants :
“ Vu l’itsuffisance légale des procé- “ dés chimiques et de l'expertise médi- “ co-légale du Dr. Larue, etc., ete.”
* M. Larue ajoute : “ Mais je crois de-
En vs :
voir à la position que j’occupe, comme
“ professeur de médecine légale et de “ toxicologie, à l’Univeisité Laval, de # ne pas laisser, sans un mot de répon- # se, une pureille attaque, etc., ete.”
‘ D'abord, je m'inscris ex faux contre &-beaucoup de choses que me font dire
“ ces Messieurs, et que je n'ui pas di- « pes.”
M. Larue est très mulheureux dans cette assertion ; tout ce que j’ai écrit et publié dans l’afaire- Barbinas, a été extrait, soit des conclusions de son témoignage, entendu devant la cour, suit de son rapport, tel qu’il viert de le publier, (j'eu avais une copie par devers moi) comme il peut s’en convaincre en référant à mon premier article, publié dans le “ Pays” du 13 octobre 1863, et à mes lettres adressées à M, Tulbot, et qui, probablement, funt partie du mémorandum qui a été présenté à Son Excellence. Je ne fais que constater le fait sans commentaire ; et je n’ai donc pas fait dire à M. Lurue ce qu’il n'avait pas dit.
Je n’uccuserai certainement pas M.
Larue d’ignorance, ni de présomption, et encore moins d’être passé maître en fait d'expertise médico-légale, d’être la première autorité du Canada en fuit de chimie parce qu’il aurait attaqué persunsonnellement les auteurs du #1émorandum, et réduit à zéro leurs opinions, pour maintenir la validité de son rapport ; seulement je lui ferai remarquer que son jugement lui fait défaut encore une fois, puisqu’une autre autorité, celle du gouverneur en conseil, après avoir pris un considération ce document, a cru devoir commuer la peine de mort. M.
Larue dit encore : “ Sur ces questions “ chimiques que le public n’est pas obli- “ gé de comprendre,” etc., etc. ; et il ajoute ‘ je ne connais en Canada qu’une “ seule aulorilé compétente ; et cette au- “ torité, est mon savant collègue et ami, “ M. Sterry Hunt” etc, etc. Afin donc de ‘“ mettre un terme aux attaques déjà 4 faites contre moi par M. Coderre,avunt “ même la fin du procès, et renouvelées “ dans le factum en question, j'ai adressé à M. Hunt copie de mon rapport avec prière de re donner sun opinion, comme homme de la spécialité, sur mon analyse et les résultats obtenus, etc., etc.”
Les démarches de M. Larue auprès de M. Hunt, dans les circonstances actuelles, ne sauraient le mettre à l’abri de tout doute sur la rectitude des procé- :
dés qu’il a adoptés et suivis dans ses opéralions chimiques médico-lègales ; et il
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n’en restera pas moins acquis à la scien- | grains environ, ne saurait leur en impo-
ce que ses procédés sont entachés d'erreurs, et que ses conclusions sont nulles devant la loi.
M. Lurue veut avoir raison, cela se conçoit, muis ce n’est pas le brevet ou l'attestation de M. Hunt, qui rectifier ses procédés médico-chimiques, et fera que les analyses des matières extraites du corps de lu femme Julie Désilie soient complètes, et que ces analyses n’uient porté que sur des matières d’un caractère d’auihenticité incontestable, et que ses conclusions ne soient point nulles.
La haute instruction de M. Hunt et ses connaissances chimiques peuvent en faire une autorité dans certaines analyses ; mais il ne suit pas de là qu’on doive le reconnuître comme premiere autorité du Canada en fait de chimie médicolégale. M. Larue devrait savoir que la chimie que M. Hunt enseigne et pratique, n’est pas celle du médecin-expert en matière criminelle.
Du RAPPORT MEDICO-LEGAL DU DR. LA- RUE : “ Lorsque l’estomac fut vidé, notre ‘ attention a, d’ubord, été frappée par “ la présence d’un certain nombre de “ petits grains, durs au toucher, 2nvisi-
4 bles à l'œil nu, mais que nous sentions
“ distinctement en promenant nos doigts “ sur la muqneuse,
“ À l’aide des doigts et du conteau “ de platine, nous avons isolé wne tren- “ taine de ces grains, qui, mis à sécher “ sur du papier à filtrer, n’ont pas tar- “ dé à se montrer avec un aspect blancjaunâtre, brillant et cristallin. Ces pe- “tits cristaux, en moyenne, avaient à “ peu près le volume d’une tête d’épin- “ gle,
“ Ensuite nous avons cru appercevoir “ sur certains points de la muqueuse “ stomacale une poudre jaunâtre, dans ‘“ laquelle nous crûmes voir quelques & cristaux blancs, brillants, et extrême- “ ment petits.”
D’après M. Larue, la poudre aurait pesé huil grains, et les petits cristaux, environ trois quarts de grains.—Pour ceux qui Connuissent les propriétés physiques de l’arsénic, ce compte-rendu du volume et de la pesanteur des petits cristaux, de la grosseur d'une tête d'épingle, et invisibles à l'œil nu, au nombre d'une
ser. Je ne fais que: mentionner ce fuit, sans aucune appréciation, de peur de blesser la susceptibilité et de compromettre la réputation, du Professeur de l’'Universit’ Laval,
Je me permettrai de citerencore quelque chose de bien extraordinaire, dans les conclusions du rapport du Dr. Lurue; var exemple, lorsqu'il dit : “ Nous “ cuncluons : que la Dame Julie Dési- “ lie est morte empoisonnée par l’acide ‘éarsénienx en poudre ; cet acide étant ‘“ désigné généralement sous le nom “ d’arsénic.”
L’arsénic, ainsi désigné, est en poudre, ressemble à du sucre blanc pulvérisé ou à de la farine de froment. Or, si l’arsénic a été donné ex poudre, comment a-t-il pu se retrouver en cristaux dans l'estomac dr la défunte, morte, comme on l’a dit, en:poisonnée par une poudre d'arsénic1....L’arsénic ne saurait se cristalliser dans l’estomac.
M. Larue dit encore: “ Nous avons ‘traité par la méthode de réduction, à ‘ l’aide du flux noir, une petite quantité
‘“ de cette poudre jaunâtre, et aussitôt :
“ nous avons obtenn un anneau brun, “ miroitant, large et épais d’arsénic métalhique. Nous avons soumis à la même “ épreuve quelques uns des petits cris- “ taux avec le même résultat.”
L’anneau arsénical est d’un gris d'acier, brillant, etc., selon Orfila, d’une couleur gris d'acier, d’un éclat métallique, d’après Briand; de couleur brillante, et gris d'acier, dit Flandin ; l’ursénic d’un gris de fer, et l'anneau métallique miroitant, selon Régnault; brighé metallic ring, Christison & Griffith, @
steel gray crust, Kane’s chemistry.—
L’anneau est donc d’un gris métallique, etc., et non pas brun, coinme l’a dit M.
Larue.
M. Larue a-t-il démontré par quelque procédé que cet anneau brun, etc., était réellement d’arsénic métallique ?
Rien dans son rapport ne nous le fait voir; ce n’est pas à moi à lui indiquer les procédés qu’il aurait dû suivre ; ils ne doivent pas lui être inconnus.—Il est vrai que dans ses réactions 2° et 3°, 4° et 5°, il nous parle des réactifs,tels que nitrate d'argent ammoniacal, acide ni-
trentaine, et ne pesant que trois quarts de| trique, acide sulfhydrique, eau régale,
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