TROIS K0I1I189 PORTS
Robert en lîsmt cette lettre^ le soir oùje Tai rencoBtrét Ai-je besoin de vous dire^ mon frère, ajoata-t*il toot iuiut, que mon eorar est plein de vœux pour M^ Pâturai ?
— Je le sais, bon Robert.
— Maintenant, reprit l'ouvrier d'une voix émue, ear eiidc lui Tâme était plus brisée que le corps, mainteiiant, laissez-moi vous dire que j'ai rempli la mission dont von» m'aviez cbargé.
— Vous avez vu M. Morel ?
— Oui.
— n avait vuH. Valéry?
— Qui était venu reprendre chez lui tous les fonds
S'U'il y avait déposés. M. Morel ne voulait d'abord pas épondre à cette lettre; mais quand je luf ai eu dit qu'elle était d'un prêtre, et qu'il s'agissait de'choses importantes dont un homme revêtu de votre caractère peut devenir le confident, il n'a plus fait de difficultés, et il m'a remis cette réponse pour vous.
— Donnez.
Robert, à ce moment suprême, fut forcé de se lever et de mettre sa main sur sa poitrine pour s'aider à respirer, car il étouffait d'inquiétude et de pressentiment.
Enfin, il tira la lettre de sa poche et la remit à Pascal.
Celui-ci s'approcha de la lampe et l'ouvrit.
A peine en eut -il lu quelques mots, qu'il devint pâle comme un mort.
Un moment Robert crut que Félicien allait se trouver mal, et se précipitant vers lui, il le prit dans ses bras.
— Que se passe -t-il, mon frère? lui dit-il, et que vous apprend cette lettre ?
Le cœur de Robert battait à lui rompre la poitrine > car, pour lui, qui avait suivi d'un œil avide l'impression que cette lecture allait produire sur le jeune prêtre, il n'y avait plus de doute, et il était convaincu que Valéry et l'amant de Blanche n'étaient qu'un seul hofiM»e.
— Ce B*6st rien, mon ami^ rien, répondit Félicien en pliant la lettre, en élevant la tète comme pour saisir la respiration qui lui manquait, et en faisant des efforts sur humains pour paraître calme,^ je vous remercie de la peine que vous vous êtes donnée. Cette lettre m'apprend tout ce que je voulais savoir.
Voilà deux jours que vous êtes à cheval, vous devez être fatigué. Allez vous reposer, mon cher Robert. D'ailleurs, vous savez que j'attends quelqu'un avec qui je dois avoir une entrevue secrète.
Laissez* moi donc seul, et à demain, n'e$t-ce pas? Demain, j'aurai besoin de vous voir.
— Je ne veux pas vous quitter, Félicien, car, malgré la peine que vous prenez à me le cacher, vous souffrez en ce moment, et vous souffrez beaucoup.
— Oui, je souffre beaucoup, comme vous le dites, mais ce serait un crime, à moi, de vous dire la cause de cette souffrance. Alfôz, mon ami, allez.
Robert se jeta dans les bras de Félicien. • En ce moment la servante de Pascal entra.
— Monsieur le curé, lui dit-elle, il y a en bas un monsieur qui veut vous parler.
— Comment le nomme-t-on? demanda Félicien.
— M. le comlie Frédéric de la Marche.
— Priez ce monsieur de monter, je vais le recevoir. A éémain, Robert, à demain.
— Robert quitta la chambre en se disant:
— Oh ! non, pas à demain, car, ou je me trom[>e fort^ ou je vais avoir ici quelque chose à faire.
Le comte parut et salua Félicien. * ;
— C'est bien lui, murmura le jeune homme, en s'appuyant à sa table pour ne pas tomber.
Quand les deux hommes se trouvèrent face à face l'un de l'autre, toute leur âme passa dans leur regard. L'œil 4e l'un resta calme comme le premier rayon d'un jour
d'été; l'œil de l'autre s'éclaira d'une lumière fauve^ comme le premier éclair d'une tempête.
Pour Félicien il n'yavait déjà plus de doute. L'être fatal qu'il avait devant lui, et dont la bouche s'entr^ouvraît dans le sourire du mal, venait briser quelque chose dans sa vie.
Les deux grands principes du monde se résumaient en eux en ce moment : le bi^n et le mal. La lutte allait commencer. Qui des deux allait tuer l'autre?
L'orgeuil seul puise sa force en lui-même, voilà pourquoi il tombe. Félicien leva les yeux au ciel et demanda au Dieu qu'il servait la force dont il allait avoir besoin, et la résignation dont aurait besoin, à son tour, la pau* vre enfant pour laquelle il, priait quelques minutes auparavant.
Du reste, tout était si calme, en Félicien, que Valéry se dit:
— Il ne se doute de rien encore. Il ne me reconnaît pas.
La lutte commençait donc déjà par une défaite pour lui, puisque Pascal savait le véritable nom du comte.
Ce fut Valéry qui le premier rompit le silence, et avec l'intonation d'un homme qui serait inconnu à celui à qui il parle, il dit à Félicien:
— Monsieur, vous devez avoir reçu ce soir la visite de M"« Blanche, qui a dû vous remettre une lettre de moi.
Félicien fit un signe d'assentiment.
— Je viens moi-même, reprit l'ancien mendiant, chercher votre réponse à cette lettre.
— Asseyez-vous, monsieur Valéry, dit Félicien d'une voix douce, causons.
— Vous m'avez donc reconnu, monsieur? demanda Valéry.
— Depuis hier je sais par M. Maréchal que Dieu
vous a sauvé, et depuis un instant, je sais que M. de la Marche et M. Valéry ne font qu'un seul et môme homme.
Instinctivement, Valéry regarda autour de lui.
Cette idée venait de lui traverser Tesprit, que Félicien voulait peut-être le faire arrêter et révéler tout de suite la déclaration qu'il avait reçue.
Valéry avait compté sur un coup de théâtre, sur un grand effet à produire quand il dirait à Félicien son véritable nom : il était reconnu d'avance; le jeune prêtre ne laissait voir devant lui, aucun étonnement, aucune émotion.
Ce premier moyen sur^pquel il avait compté lui manquant, il sentit en lui un commencement dlnfériorité, et il reprit :
— Eh bien, oui ! monsieur, je suis M. Valéry, et je viens vous demander la main de M"® Blanche, que j'aime et qui m'aime.
— Si vous aimiez ma sœur, monsieur, au lieu de me le dire d'un ton froid et presque menaçant, ainsi que vous venez de le faire, vous vous jetteriez à mes genoux en pleurant, et vous me diriez : Mon frère, ma vie et ma mort sont en votre pouvoir; mon frère, vous tenez la justice et le pardon dans vos mains; mon frère, je me repens, car j'aime votre sœur, car un pareil amour renferme en lui toutes les vertus, et il sera^ mon châtiment ou ma délivrance éternelle, selon votre volonté.
— Et si je vous parlais ainsi, monsieur, que ferlezvous?
— Ce que je ferais, monsieur? Je vous prendrais la main, et vous relevant, je vous dirais :
Dieu emploie tous les moyens pour ramener à lui les âmes égarées; je remercie Dieu d'avoir choisi ma sœur pour opérer votre conversion.
Ayez patience tin an; assurez -vous pendant cette année que votre âme ne se trompe pas^ et dans un an^ si votre repentir est ferme, si votre amour est sérieux, si votre conversion est sincère, je vous donnerai la main de ma sœur, non pas seulement pour la satisfaction de votre amour, mais comme un gage vivant du pardon de Dieu.
— Ainsk, reprit Valéry, parce que je n'ai mis aucune hypocrisie dans ma demande, t)arce que je ne vous ai pas trompé par des feintes, parce que je vous ai fait froidement et gravement celte demande, vous la repoussez.
— Quelque moyen que vous eussiez employé, monsieur, j'eusse vu la vérité tFansparaître. J*aime trop ma sœur pour me tromper au sentiment qu'elle inspire.
— Alors, vous me la refusez ?
— Oui, monsieur.
— Et vous faites aussi bien, répondit Valéry d'une voix railleuse, car je ne l'épouserais pas?
— Alors, que faites- vous ici, monsieur, et pourquoi me demandez- vous la main de ma sœur?
— C'est qu'il y a une chose que vous paraissez ignorer, et que je vais vous dire. Il y a entre nous un secret terrible, monsieur.
— Quel secret ? *
— N'avez-vous pas reçu ma confession ?
— C'est vrai.
— Ne savez-vous pas que c'est moi qui ai assassiné le curé de Lafou et sa servante? ■
— C'est vrai encore.
— Ne vous ai je pas donné, croyant mourir, une déclaration de ces deux crimes avec l'autorisation de la rendre publique ? .^
— Oui, eh bien? ./
— Eh bien, je ne suis pas mort, comme vous voyez, et ne veux pas mourir,' surtout au moment oîi je suis^ c'est-à-dire au moment de m'allier à une des plus grandes familles de France. Il fallait donc que je rentrasse en possession de cette déclaration maudite, ou, tout au moins, que je vous contraignisse au silence. Alors...
— Alors? répéta Félicien, pâle comme une statue.
— Alors je me suis fait aimer de votre sœur, et elle est devenue ma maîtresse.
— Vous mentez, monsieur, répondit Félicien d'une voix douce.
Valéry tendit, pour toute réponse au prêtre, les lettres de sa sœur.
Pascal en ouvrit une au hasard et la lut.
Une grosse larme, une seule, tomba de ses yeux sur le papier qu'il lisait et qu'il referma silencieusement.
— Je vous demande pardon, monsieur, ma sœur est bien ce que vous dites.
Puis, restitution sublime, il rendit à M. Valéry les lettres qui lui appartenaient.
Le calme du jeune homme irritait de plus en plus Valéry, et il ajouta :
— Mais vous ne savez pas encore tout.
— Que peut-il y avoir de plus, mon Dieu î
— Dans quelques mois votre sœur sera mère.
— Pascal s'appuya au mur d'une main et passa l'autre sur son front, comme pour contenir son cerveau près d'éclater.
— Et pourquoi toutes ces infamies ? monsieur.
— Gomment î vous ne comprenez pas ? s'écria l'ancien mendiant avec son étemel sourire de haine et de défi.
. — Non I je ne comprends pas que vous fassiez du mal à ceux qui ne vous ont rien fait.
— Ne fallait-il pas que je vous forçasse à vous laire sur mon compte ? ne fallait-il pas que je sauvasse ma tête de réchafaud?
— Il y avait pour cela un moyen bien simple, moasieur.
— Lequel ?
— C'était de venir me dire : Je vis; et la mort, e'eslà-dire la cause de votre déclaration n'ayant pas eu lieu., l'effet devait disparaître avec elle. Un prêtre ne peut révéler la confession; vous n'avez donc rien à craindre de moi.
— Ainsi, vous auriez gardé le secret?
— Oui, monsieur.
— Et maintenant?
— Maintenant, fit Pascal avec effort, maintenant je le garderai en'X)re, car c'est mon devoir de le garder. Puis, je prierai Dieu qu'il vous éclaire, et qu'il vous envoie à vous le repentir, à moi la résignation.
Si fort qu'il fût, Valéry était anéanti devant cette force bien autrement puissante, bien autrement élevée que la sienne.
— Ejt cette déclaration ? reprit Frédéric.
— La voici, monsieur.
Et Félicien, tirant d'un tiroir un papier cacheté, s'apprêta à déchirer ce papier.
— Non, rendez-le-moi, j'aime mieux cela, fit Valéry, pâle et ne quittant pas le prêtre des yeux ; car il lui semblait impossible qu'au moment de lui rendre la seule preuve qu'il eût contre lui, le jeune homme n'essayât pas d'étrangler l'homme qui venait de lui faire tant de mal.
Félicien rendit le papier à Valéry, qui le mit dans sa poche et qui, reculant devant l'attitude calme, résignée, du jeune prêtre, gagna la porte à reculons, pâle, effaré/ comme don Juan devant la statue du Commandeur.
Cependant, il trouva le courage de s'écrier :
— Je Tai enûn! A moi l'avenir, maintenant 1 Félicien resta quelques minutes comme anéanti, puis,
levant les mains au ciel, il laissa les larmes déborder de ses yeux, et au milieu de ses larmes il murmura :
— Mon Dieu, vous m'avez mis entre ma conscience et mon honneur, entfe mon devoir envers vous et mon amour pour ma pauvre Blanche; je vous remercie, mon Dieu, de m'avoir donné la force de tenir le serment que je vous ai fait, d'immoler à votre culte toutes les passions des hommes.
Et Pascal, se remettant à genoux, continua sa prière.
Alors un homnfie entr ouvrit doucement la porte et le considéra quelques secondes avec une touchante admiration.
Cet homme pâle comme un spectre, et qui, caché dans la chambre voisine, avait entendu tout ce qui venait de se passer, c'était Robert.
Il referma la porte sans interrrompre la prière, descendit dans la rue, et suivant Valéry quiVéloignait :
— A nous deux maintenant, dit il.
LE PAKBON.
Félicien était brisé. L'âme, si chrétienne qu'elle soit, ne reçoit pas impunément de semblables secousses. La lutte qu'il avait soutenue contre Valéry n'était rien à côté de celle qu'il avait soutenue contre lui -môme et dont il venait de sortir victorieux. Félicien était jeune;
il aimait Blanche plus que sa vie^ son honneur plus que que Blanche; mais il aimait Dieu plus que tout cela^ et Dieu inspire de rudes devoirs à ceux qui l'aiment. Un moment^ sa jeunesse^ comme un jeune cheval sous Téperon, avait bondi en lui sous TeiTroyable défi de l'homme qui venait de sortir. Un moment^ la nature de l'homme avait eu sa volonté sous le devoir du prêtre. Félicien avait senti dans ses oreilles bourdonner le sang rapide de la colère^ il avait fermé ses yeux sous ce nuage brûla|it qui donne le vertige^ et qui^ sans qu'on sache comment^ vous met la vengeance au cœur et une arme à la main; mais bientôt la résignation chrétienne s'était élevée du fond de son cœtir jusqu'au niveau de sa passion, et l'avait dépassé, comme un fleuve pur qui monte et qui cache dans la transparence de ses eaux les rocs arides ou méphitiques qu'il avait un moment laissés à découvert. L'âme du pieux jeune homme n'avait plus offert alors qu'une surface calme et pure qui, au lieu de se ternir de la vase du fond, se colorait de l'azur du ciel.
C'était donc là une de ces effroyables victoires qui peuvent tuer les vainqueurs; mais n'est-ce pas aussi tme magnifique chose^ que cette religion d'humilité, de devoir et de résignation, que Jésusà apportée sur la terre, et qui a révélé à l'âme ces grands et sublimes triomphes qu'elle sait, depuis Jésus-Christ, remporter sur ellemême? N'est-il pas bien réellement un membre de la divinité, l'homme qui se hausse à ce point au-dessus de lui-même, que, tout en souffrant^ et en mourant quslquer fois des blessures qu'on lui fait et des coups qu'on lui porte, il en laisse, comme le divin Rédempteur, couler le pardon avec son sang? Ne doit-elle pas un jour enfin être la religion universelle, cette merveilleuse doctrine qui a pris l'âme esclave jde la matièi^e et qui a fait de la matière l'esclave éternelle de l'âme?
Lorsque Pascal eut terminé sa prière, il s'assit, et.
dans la solitude de sa petite chambre^ jl se remit une seconde fois en face de lui-même.
— Ainsi, se dit-il, voilà Blanche perdue, voilà notre nom flétri^ voilà mon avenir brisé dès le premier jour. Dieu me donnera-t-il assez de piété, assez de temps pour reconstruire tout cet échafaudage de bonheur et de pureté? JeTespère; en attendant, j'ai fait ce que je devais faire. Dieu soit béni.
Alors Félicien appela sa vieille servante, brave femme qui, depuis vingt ans, était dans le presbytère, qui l'avait vu naître et qui avait voulu le servir.
— Ma bonne Marguerite, lui dit-il, car les Donnes âmes deviennent d'autant plus expansives qu'elles souffrent plus; ma bonne Marguerite...
Il s'arrêta là, comme un homme qui ne se rappelle plus ce qu'il voulait dire.
— Que désirez -vous, monsieur le curé?
— Je n'en sais rien^ ma bonne Marguerite, mais embrassez-moi, ajouta Félicien en la prenant dans ses bras et en sentant son cœur se fondre dans ses larmes, j'ai besoin de presser sur mon cœur un cœur honnête et aimant.
— Qu'avez-vous donc, monsieur le curé?
— Rien, Marguerite, rien.
Félicien prit son chapeau et descendit.
— Vive monsieur le curé î crièrent les paysans qui attendaient à la porte.
— Merci, mes amis ; mes bons amis, merci, répondit le jeune homme avec émotion. Soyez tranquilles, je prierai Dieu pour vous tous, et Dieu vous bénira.
Tous ces braves gens, qui ne se doutaient certes pas de ce qui venait d'avoir lieu et à quelle douleur sérieuse leur joie naïve faisait cortège ; tous ces braves gens disonsnous, accompagnèrent Félicien jusqu'à la porte de la maison de sa mère, lui rendant ainsi un public et
aSS TBOIS H0M11£S FORTS
unanime témoignage de leur estime^ de leur admiratûm et de leur dévouement.
Au moment où Pascal refermait la grille du jardin sur lui, le cri: t Vive monsieur le curé I » retentit une dernière fois ; puis ces bonnes gens se retirèrent gaiement, et le village retomba bientôt dans son silence accoutumé.
On eût dit que Dieu ^oi voyait au jeune homme cet accord de touchantes et sincères sympathies pour le récompenser déjà de l'épreuve qu'il venait de subir,
Félicien trouva Blanche assise à côté de sa mère, Tœil fixé sur la porte de la chambre où elle était, et tressaillant au moindre bruit.
Son frère entra en lui souriant.
Il alla embrasser sa mère, puis, se penchant vers la jeune fille et lui prenant la main, il lui dit:
— Viens avec moi. Blanche, j'ai à te parler. Blanche ne quittait pas du regard les yeux de son frère,
comme pour y lire plus tôt sa destinée.
Il n'y avait toujours que de la bienveillance dans les yeux de Félicien.
Il emmena Blanche dans une chambre voisine.
Il s'assit et la fit asseoir à côté de lui; puis, sans dire une parole, il l'embrassa.
Ce baiser donna du courage à la pauvre enfant.
— Tu as .vu M. delà Marche ? lui dit-elle.
— Oui, répondit Félicien, et il m'a tout dit.
— Tout? s'écria Blanche.
— Tout.
— Et tu m'as pardonnée, mon frère ? <5ontinua-t-el^ en se jetant aux genoux de Pascal et en cachant sa tête dans le sein du jeune homme.
— De quel droit ne te pardonnerais-je pas? •^ Et le comte t'a demandé ma main ?
— OuL
— Et tu la lui as accordée ?
— Non ! ût Blanche avec étonnement.
— Cet homme ne t'aimait pa«, et il était indigne de toi^ mon enfant.
— Oh ! sois béni, mon frère I s'écria la jeune fille en - se jetant dans les bras de Félicien.
— Que veux-4u dire?^
;> — Je veux dire, mon bon frère, que moi non plus je n'aimais pas cet homme; qu'une effroyable fatalité m'a fait tomber sous son pouvoir, et que j'acceptais ce mariage pour l'honneur de notre nom que j'avais taché, mais qu'il eût été ma punition éternelle. Que Dieu est bonde permettre que je puisse expier autrement la faute que j'ai commise ! Il n'y a faute si grande que le repentir n'efface, n'est-ce pas, mon frère? Eh bien! j'entrerai dans un couvent, je prierai j8ur et nuit, mais au moias je ne serais pas la femme de cet homme, et je placerai mon cœur entre les mains de Dieu. Nul ne saura la cause de ma retraite, pas môme notre mère, et mon âme, retardée par sa faute, finira cependant par rejoindre la tienne, et toutes deux marcheront côte à côte dans le chemin du Seigneur.
Félicien, la tête baissée, écoutait sa sœur, et sa poitrine se gonflait de plus en plus. Il allait lui répondre, quand les larmes se firent jour de nouveau £t que son visage s'en couvrit comme d'une bienfaisante rosée.
•— Dieu n'accepte pas le sacrifice que tu veux lui faire, ma Blanche bien-aimée, dit Pascal à sa sœur; tu te dois à ton enfant, innocente créature qui demanderait où est sa mère et que tu n'as pas ledr#it d'abandonner. Espère en Dieu, ma sœur, tu as été victime d'une fatalité. Au nom du Seigneur je te pardonae, comme frère je t'absous et je t'aime. Embrasse-moi, Blanche; et songeons à l'avenir. Le bien que nous faisons nous dédommagera du mal qu'on nous a fait, et nous serons heureux encore. Puis, nous avons un devoir à remplir. N'avons-nous pas
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promis à un brave cœur^ que tu as blessé malgré toi, car le malheur est dans notre maison^ n'avons-nous pas promis à Robert de nous charger de Suzanne ? Il faut tenir cette promesse. Blanche, car il faut que Robert ignore ce qui s'est passé et qu'il parte à son tour. Ma mère et Suzanne resteront avec nous.
— Oh oui ! Félicien, fit Blanche en pleurant aussi, tu as raison de dire que le malheur est dans notre maisons et cependant tu ne sais pas tout.
— Qu'y a-t-il encore? mon enfant.
— J'aime Robert !
Le doux et pieux jeune homme n'eût jamais soupçonné que le cœur d'une jeune fille pût enfermer de pareils mystères.
— Pauvre enfant! murmura-t-il, que vas-tu devenir maintenant entre ta faute et ton amour!