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æutre à la main gauche, blessure grave, car elle s&vait tranché toutes les chairs et tous les tendons de l’intérieur de la main, entre le pouce at l'index, sur une longueur d’un pouce et un quart, et elle s'étendait en profondeur jusqu'à l'os. Elle était mortelle, car laissée à elle-même, elle aurait permis au sang des artères de s'échapper en quantité prodigieuse dans un temps relativement court.
Les trois autres blessures étaient : 10 Une blessure assez grave partant
du haut de la tempe gauche jusque près de la gorge, blessure assez longue.
Celle-là n'était pas nécessairement mortelle. mais très douloureuse ; 20 deux blessures mortelles : une blessure infligée, partie sur la joue gauche et partie sur la gorge du même côté, ayant tranché tout ce qui se trouvait sur son passage, blessure très-douloureuse, très-grave, et pouvant produire presque immédiatement l’insensibilité complète ; puis cette terrible blessure faite à la gorge, longue de plus de onze pouces, qui allait non-seulement d’une oreille à l’autre, mais qui tranchait le cou depuis la nuque, d'un côté, jusqu’à la nuque de l’autre, ne laissant que la colonne vertébrale pour unir encore le corps à la tête.
Cette dernière blessure était rectiligne ; elle avait tout tranché sur son passage, les artères, les muscles, tous les organes vitaux. Elle longeait la mâchoire inférieure, passait tout près du menton, de façon que le suicidé, si suicide il y avait, aurait été obligé de baisser la tête, afin que le couteau effleurât la peau du menton. Ces deux dernières blessures étant mortelles, celle qu'il y avait sur le côté gauche du visage et du cou. et celle qui avait
. onze pouces de long sur la gorge, n'ont pu être infligées par la main
d'un suicidé. S'il s'est infligé l2 première blessure, il n’a pu s'infliger la seconde, car la première a produit l'insensibilité presqu'immédiate. |
Si Poirier avait pu s’infliger la première blessure, il n'aurait pu se trancher ensuite le cou d’une oreille à l’antre ; tous les médecins sont d'accord là-dessus. Il n'aurait pu s’infliger, non plus, cette blessure à la main gauche, qui ne peut être expliquée autrement que par le fait que la victime aurait, un moment, tenu ou voulu saisir l'arme meurtrière pour se défendre contre les coups de l'assassin. Le défunt ayant saisi le couteau, l'assassin, en le retirant, aurait coupé l'intérieur de la main qui avait empoigné l'arme, et c'est après cela que cette main a dû s'appuyer sur le mur et produire l'empreinte que vous avez vue et qui est bien celle de la main gauche de Poirier, après mesures prises.
La théorie des médecins est celle qui s'impose à tout homme de bon sens, je crois : c’est que la victime, ayant été frappée sur le lit, alors qu’elle y reposait, et ayant reçu des blessures qui n'étaient pas mortelles, et se sen-
dm 19 tes les tant attaquée par une main meurtrière, se serait levée, et, en se défendant, moe aurait saisi l'arme de la main grache ; l'agresseur aurait alors violemment lait en retiré cette arme et, en ce faisant, aurait coupé l'intérieur de la main de la % elle victime. Au cours de la lutie, le blessé aurait reçu cette première blessure g'euse mortelle sur la joue gauche et sur la gorge du même côté ; alors il aurait appuyé sur ie muraille sa main gauche ensanglantée et aurait fait cette artant empreinte où les doigts se distinguent parfaitement, ainsi que la paume de ngue. la main. Le malheureux se serait en même temps penché la figure sur la >; 20 muraille, car il y a cette empreinte de sang qui semble réellement celle auche des blessures faites au visage, pendant que de l’autre main, il cherchait à ou vait se défendre contre ses agresseurs. C'est alors qu'il serait tombé, non pas duire sur le lit (il n’a pu tomber alors sur le lit) —il serait tombé entre le lit et la > bles- muraille. On l'aurait jeté ensuite sur le lit, dans cette position où on l’a seule- trouvé, position qui n’est pas naturelle pour un suicidé, car un suicidé ne uque, se met pas dans cette position-là pour se couper la gorge. Les pieds n'éverté- taient pas appuyés sur le parquet, mais l'effleuraient légèrement. C'est alors que l'assassin, s'acharnant sur un homme déjà mort, lui aurait déli- 1r son bérément et tranquillement coupé la gorge d'un bout à l’autre. C'est la ait la théorie des médecins et celle qui semble résulter de toutes les probabilités icidé, du drame. | teau Mais il y a d’autres indices, il y a d’autres preuves pour démontrer elles, l'impossibilité du suicide. Il y a la blouse et le tablier tachés de sang, qui avait vous ont été exhibés ici et qui ont été découverts, non pas dans la chambre main du crime, mais dans un hangar, en arrière de la maison, cachés derrière un r la meuble.
Si c'était un cas de suicide, le suicidé aurait-il pu, après s’êcre infligé u se toutes ces blessures, aller cacher ces effets là où ils ont été trouvés et venir sont ensuite expirer tranquillement sur son lit ? à la Maintenant, nous avons des traces de lutte sur le plancher de la chamne la bre du crime. Ceci est moins important peut-être. On n’a certainement ir se pas pris toutes les précantions voulues pour laisser le plancher intact, on a eau, laissé entrer plusieurs personnes, dès le matin du 22, jour de la découverte em- 4 du cadavre. Plus tard, on a laissé entrer MM. les jurés du Coroner et aussi mur 4 d’autres personnes. Le sang, tout en étant séché en grande partie, était nain …. encore assez frais ; c’est pour cela que je n’attache pas une trop grande im- 4 portance aux traces de clous et aux égratignures qui ont été découvertes bon à sur le parquet, car il est possible qu'elles aient été faites par les personnes elle D: qui sont entrées du 22 au 25 et qui sont allées voir le cadavre. Je vous
sen- E | parierai dans un instant des autres empreintes qui ont été découvertes, et
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qui tendent à établir la présence de l’accusée dans la chambre du crime, au moment mème de sa commission :—continuons pour le moment l'examen de la théorie du suicide.
Il n’y a pas de doute qu'on a cru sur le moment à un suicide, l'accusée elle-même a contribué à répandre ce bruit, lorsqu'elle est arrivée chez Bouvrette en disant : “ Mon mari a dàû se suicider.” On a dit, après elle: “ Ce pauvre Poirier a dû se suicider.” Mais remarquez que cette croyance des voisius et des parents n’a pas duré longtemps. À peine le Coroner avait-il assermenté son jury et avait-il rencontré McCaskill, que la théorie du suicide était abandonnée, non-seulement par le coroner, par les médecins, par les voisins et les amis, mais par l’accusée elle-même, Cordélia Viau, qui, alors, d'après ses paroles, cessait de croire à cette théorie.
On vous a fait lecture de certains extraits d'ouvrages de médecine, dans lesquels on raconte de bien singuliers cas de suicides, entre autres, le cas d'un homme qui se serait tranché la gorge en s’infligeant une blessure assez semblable à celle constatée sur Poirier; mais c'était un fou, un aliéné, dont les actes et les mouvements ne pouvaient être ceux d’un homme ordinaire. Et, comme le font observer les médecins de la Couronne, les détails de ce cas n’ont pas été assez bien donnés pour leur permettre de discuter la chose avec avantage, au point de vue de la possibilité.
On a parlé aussi du cas d’un homme qui, après avoir eu le cou iranché, aurait fait quelques pas dans la chambre où il se trouvait. Les médecins ont dit que certainement c'était possible, pourvu que, par un concours
assez rare de circonstances physiologiques, après une pareille blessure, l'air
n'arrive pas encore aux poumons, mais ils vous ont expliqué que dès que les poumons se trouvent envahis par l'air extérieur, arrivant à flots par la blessure béante, la mort est l'affaire d'une seconde.
Dans le cas actuel, les lèvres de cette affreuse blessure étant entièrement séparées l'une de l’autre, l'air a dû envahir immédiatement les
poumons et produire la mort, si la mort n'était pas déjà survenue par
suite des blessures antérieures. La position du corps, lorsque ce pauvre malheureux a reçu cette blessure, prouve en effet qu’il avait déjà perdu la connaissance et la vie, lorsqu'elle lui a été infligée.
Mais il y a un témoin muet, mais très-éloquent ; c’est le couteau luimême, le fatal couteau ! Ce couteau a été trouvé à gauche de la victime, placé bien délicatement sur l’oreiller, la pointe dirigée vers le mur ; de sorte que de la main droite de la victime, sur le lit, à droite, jusqu'à l'endroit où était placé le couteau sur l'oreiller, à gauche, il y avait une distance d'à peu près quatre pieds, disent les médecins. Messieurs, est-il facile, est-il possi-
crime, amen
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ble de supposer qu'un malheureux voulant attenter à ses jours, après s'être infligé toutes ces blessures-là avec la main droite, aurait pu ensuite, avec précaution, de la même main droite, déposer le couteau sur cet oreiller et ramencor ensuite cette main droite à côté de lui, à droite, dans la position où les médecins l'ont trouvée ? La chose parait parfaitement impossible. Ce couteau-là est, je le repète, le témoin le plus éloquent, quoique muet, que l'on puisse opposer à la théorie du suicide.
Il a été prouvé que ce couteau n'a pas été sensiblement dérangé de sa position originaire. Le témoin Désormeau l’a pris entre ses mains, puis l’a replacé ensuite sur l’oréiller, dans la même position à peu près, et un autre témoin dit que s’il a été dérangé, il l’a peut-être été d'un demi pouce. Ce couteau a donc été trouvé tel qu'il était et virtuellement où il était, lorsque le témoin Bouvrette a pénétré dans la chambre, le 22 au matin. (C'est ce témoin qui est entré le premier ; il a aperçu le cadavre, puis le couteau, et il a dit à la femme “ Votre mari est là, mais il a le cou coupé, et coupé avec un couteau de boucherie.”
Il y a encore une autre raison pour ne pas admettre la théorie du suicide. Cette théorie serait peut-être admissible, s’il y avait des raisons de croire que le défunt se trouvait dans un état d'esprit ou dans un moment de découragement tel que l’idée du suicide aurait pu s'emparer de son cerveau ; mais vous avez entendu. par le témoignage de monsieur Hall, le récit de tout ce qui s’est passé, presque immédiatement avant je moment fatal. Monsieur Hall a vu le malheureux, il l’a laissé chez lui à deux heures moins dix de l'après-midi. Poirier était alors très bien ; il avait pris un peu de boisson, mais il n’était certainement pas ivre, il marchait bien, conversait parfaitement, faisait des badinages, et causait d'affaires. Il a traité monsieur Hall deux fois et il lui a dit ceci : “ Je suis bien fatigué, je ne vais pas aux vêpres cette après-midi, j'ai été dans l’église toute la semaine, j'ai travaillé ioute la semaine à l’église de St-Jérôme, je désire me reposer cette aprèsmidi. Monsieur Hall dit qu'il était très gai, plein de confiance dans l'avenir, parlait très bien, comine un homme qui est parfaitement dans son bon sens. Est-ce à croire qu'après le départ de monsieur Hall, cet homme aurait immédiatement changé de dispositions ? Il n’a pas pris de boisson après le départ de monsieur Hall, car le reste de la liqueur a été trouvé dans la bouteille. Est-il à supposer que la boisson prise antérieurement, en quantité assez modérée, du reste, lui serait subitement montée à la tête ct qu’il aurait eu tout-à-coup l'idée de se suicider ? Tout dans la conduite de cet homme révèle un homme travaillant, de bonne réputation, sans ennemis, ayant des sentiments religieux, sentiments qui sont démon-
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trés dans la lettre que je vous lirai tantôt. Entre ces sentiments et la pensée du suicide, de Ja part d'un homme dans toute la force de l'âge et de la santé, il y a tout un monde.
En viendrez-vous à la conclusion que, après le départ de monsieur Hall, il est survenu chez cet homme toute une tempête de pensées de mort capable de changer ses résolutions, maitriser complètement son caractère, et lui faire commettre le crime le plus odieux qui puisse exister après le meurtre, le crime du suicide ?
Je vous ai parlé du caractère du défunt : ce caractère est bien établi dans la cause. Il est impossible, à mon avis, de trouver un homine dont la réputation ait été établie d'une manière aussi satisfaisante que celle du pauvre Poirier. Il semblait estimé de tout le monde, à commencer par le curé de la paroisse jusqu'aux connaissances les plus éloignées, et il n'y a pas une personne qui ait eu un mot à dire contre lui. J'en excepte cependant sa femme qui, en présence de témoins, a traité son mari d'ivrogne, de fainéant, de bon à rien ; j'en ez:epte aussi la sœur de l’accusée, madame Hébert, qui prétend qu'il était un ivrogne, parce que, dit-elle, le samedi et le dimanche il prenait quelquefois de la boisson. Modeste Hébert, le mari de cette dernière, pour corroborer sa femme, dit qu’une fois, dans le Carré Viger à Montréal, Poirier, qui avait pris quelques coups, portait fréquemment son mouchoir à sa figure et pleurait. Il rapporte qu'il a dit ‘“ que ça ne pouvait pas durer, qu'il était découragé.” Ce sont là les seuls témoignages qui font ombre au tableau, dans la preuve de l'excellente réputation du défunt. Vous prendrez messieurs, de ces témoignages tout ce qu’il vous semblera bon de prendre. Mais il me semble que c'est une injure à la mémoire du pauvre Poirier que de le faire passer pour un ivrogne, ou un fainéant, ou un homme déconragé et porté au suicide, quand au contraire il est prouvé que c'était un homme travaillant, donnant autant d'argent que possible à sa femme, lui en donnant peut-être trop, et un homme qui n'avait pas un seul ennemi. Il eut été facile, si cet homme-là avait eu la réputation d’être ivrogne et fainéant, de trouver une quantité de témoins qui auraient dit : ‘* Nous ne sommes pas d'accord avec ceux qui ont dit que cet homme-là était un homme sobre,” et qui auraient rapporté des faits de nature à vous convaincre du contraire, mais pas un témoin n'a été amené, à l'exception de Hébert et de sa femme, beau-frère et sœur de l’accusée. Pour toutes les raisons que je viens de vous exposer, pour ma part, j'en viens à la conclusion qu'il y a eu assassinat, et non pas suicide.
C'est pour moi une conviction bien intime et bien forte, mais vous n'êtes pas obligés de la partager ; si vous pensez le contraire, si vous croyez
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qu'il y a eu suicide, vous n'avez qu'à déclarer l accusée non coupable. S'il vous est possible d'en arriver à cette conclusion, d'après les témoignages, les pièces à conviction, les rapports médicaux, et toutes les circonstances qui vous ont été soumises, l’acquittement de la prisonnière doit en résulter,
Si, au contraire, vous arrivez à la conclusion qu'il ne peut pas y avoir eu suicide, vous devrez vous occuper de la deuxième partie de la cause, savoir, la recherche des vrais coupables et la question de savoir si réellement Cordélia Viau a commis l'acte elle-même, ou si elle a simplement conseillé le crime ou l'a fait commettre par un autre, ce qui revient au même au point de vue de la culpabilité.
Ceci nous conduit à l'examen de la preuve de circonstances qui a été faite dans cette affaire. Chacune des circonstances prouvées n'a peut-être pas, isolément, une importance majeure, mais réunies en faisceau, ces circonstances peuvent engendrer une conviction inébranlable si à la chaîne de preuves il ne manque pas un »nneau.
La Couronne a cherché à établir les relations coupables et adultères qui auraient existé entre Sam. Parslow et l’accusée. À vous, messieurs, à apprécier la valeur des témoignages et des présomptions là-dessus. Il n’y a pas de doute que, dès l'année 1895, c'est-à-dire depuis deux années avant le meurtre, des choses étranges se sont passées dans cette maison, puisque cette année-là même, le 15 septembre 1895, le curé Pineault jugeait à propos d'écrire à Poirier, alors en Californie, la lettre qui vous a été lue et qui lui disait simplement ceci : ‘“ Revenez de suite ou bien faites monter votre femme immédiatement.” Monsieur le curé de la paroisse admet avoir reçu des informations bien sérieuses avant d'écrire une pareille lettre.
Cette lettre était peut-être trop sommaire, trop laconique, et de nature à produire un effet contraire à celui attendu par le curé. Poirier n'avait alors aucun soupçon au monde sur la vertu de sa femme ; ses lettres le démontrent ; il commence par mettre au bas de la lettre du curé les mots suivants, adressés à sa femme :
(L'honorable juge les lit aux jurés: ci-après page 48 à l’appendice.) Poirier ne se contente pas de cette lettre ; il écrit de nouveau à sa femme le 23 septembre 1895, en ces termes :
(L'honorable juge lit aux jurés la lettre du 23 septembre : ci-après. page 48 à l’appendice).
Eh bien! messieurs, ces lettres démontrent l'état d’esprit d'un homme qui, malgré les soupçons qu'avait pu créer en lui l'envoi de cette lettre étrange du curé Pineault, n’en était pas moins inébranlable dans la convic-
tion que sa femme était honnête, à tel point qu'il lui disait : “ Amuse-toi à bien, ne t'occupe pas des mauvaises langues.” Il est revenu au pays dans | l'automne suivant, et peu de temps après son retour, Parslow a cru à propos de laisser la localité pour venir travailler à Montréal, où il s'est mis en pension chez madame Ladouceur. C'est pendant ce temps-là que madame M Ladouceur, n'étant pas payée de sa pension, s'ust crue autorisée à ouvrir la # valise de Parslow et à prendre connaissance des lettres qui s’y trouvaient. C'est un acts d'indiscrétion qu'on ne peut que condamner. mais cette femme donne pour excuse qu'elle voulait savoir où Parslow envoyait son argent. Il n'y a pas là de justification. Quoiqu'il en suit, madame Ladouceur vous dit que ces lettres étaient des lettres d'amour qui venaient de Cordélia Viau et qui étaient signées “ C. V.” Madame Ladouceur savait très bien que ces lettres venaient de Cordélia Viau. Elle l'avait vue dans le voisinage de sa propre maison, cherchant à voir Parslow en cachette ; elle avait % eu connaissance des bruits de relations coupables existant entr'eux ; elle n'était donc pas étonnée de voir dans la valise de Parslow les lettres de Cordélin Viau.
J'ai permis la preuve du contenu de ces lettres pour une raison évidente, Ces lettres étaient restées entre les mains de Parslow, et la Couronne devait en faire la meilleure preuve possible ; il lui incombait de produire ces lettres, si elle pouvait les produire, et c'est seulement à défaut de à leur production que la preuve secondaire devenait possible. La Couronne a x mis dans la boîte aux témoins Parslow lui-même, afin de iui demander s'il 4 : avait encore ces lettres et s'il voulait les produire. Parslow, se retranchant 4 derrière le privilège d'un co-accusé, n’a pas voulu rendre témoignage et il ‘4 a informé la Cour qu'il ne répondrait à aucune question. É
j J'étais obligé de maintenir son droit au silence, et de donner effet à { son refus de témoigner. Il n'a donc pas produit ces lettres, il a refusé virtuellement de les produire, et la Couronne s'est trouvée dans le cas de pouvoir faire la preuve secondaire. Madame Ladouceur vous a donc dit que c'étaient des lettres attestant un amour passionné, et telles qu’une amante pouvait en écrire à son amant : ‘Je ne vis pas pour I, disait-elle dans une de ces lettres, je vis pour Sam.” Le curé Pinvault avait été averti l'année précédente de ce qui était devenu un scandale public. Les bruits persistaient toujours, et Parslow, après avoir travaillé à Montréal, revint à St-Cannt, où ses relations avec l’accusée se continnèrent. Le curé fut informé de nouveau; il était même question d'écrire à l’évêque diocésain, E] attendu que le curé ne voulait pas agir, et qu'il persistait à garder, comme É organiste de son église, l’amante réputée de Parslow, qui lui-même chantait
LL Pr me este see Le
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use-toi à l'orgue, tolérant ainsi, jusques dans l'église, un voisinage, et des relations 8 dans qui faisaient le scandale de toute la paroisse. La conduite du curé est propos pour le moins singulière ; il nous a dit : “J'avais écrit une lettre en 1895, D'pen ÿ j'avais été mal reçu, on n'avait adressé une lettre presqu'insultante ; j'ai été adame $ si mal reçu, que je n'ai plus voulu m'en occuper. Le mari étant revenu, "rir la À il était le gardien lui-même de l’houneur de sa femme, je n'ai pas voulu sent 4 m'en occuper.” Il avait peut-être raison de ne pas s'en occuper quant aux emme 5 faits extérieurs, mais il n'avait pas droit, comme curé de la paroisse, de rgent. * mépriser les avertissements qui lui étaient donnés, de plusieurs sources À "Fous p la fois, qu'un scandale public se produisait dans la paroisse, et que, quand il rdélia ' laissait jouer et chanter côte à côte à l'orgue, à l'office divin, les deux ; bien 1 auteurs de ce scandale, cela était de nature à l'aggraver au centuple. Les ose :d excuses données par le curé ne peuvent être accueillies : le fai* que l’orgaavait “ niste ne coûtait pas cher, et qu'elle se trorvait dans le voisinage de l'église, ; elle pr n’est pas une excuse. Les droits du curé lui permettaient d'expulser cette es de ". femme de l'orgne, s'il ne possédait pas les moyens de l'expulser de la yE paroisse. Et peut-être que si l'on eût montré, pour la répression de ce aison À scandale public, le jugement et l'énergie nécessaires, la jolie petite paroisse o à A ‘ | se Cou- ‘1% de St-Canut n'aurait pas à déplorer aujourd'hui le crime atroce qui jettera ) pro- # toujours un jour sombre sur l’histoire de son village. t de “ Nous allons, maintenant constater les faits établis par les témoignages ane à Lu des messieurs Hall, père et fils (Ces témoignages sont bien importants. er s'il À un bal qui a eu lieu chez monsieur Hall, père, l’accusée et Sam. Parslow hant se sont certainement comportés ensemble d'une manière inconvenante, et il au va des invités. Le maître de la maison est allé lui-même avertir la mère des Parslow, qui a été peinée et scandalisée de la chose. On a fait ut à entendre, du côté de la défense, Lizzie Parslow, sœur de Sam., qui a prétenfusé du qu’elle ne s'était aperçue de rien. Son témoignage est purement négas dé tif et ne peut affaiblir la portée d’une preuve positive et forte. Le père dit Hall prouve de plus qu'avant de se rendre à son bal, l'accusée lui avait té déclaré qu'elle attendait son civalier, et que ce cavalier, c'était San. Parslow. -elle Le jeune Hall, de son côté, prouve un fait qui, à lui seul, suffirait pour rerti " maintenir une action en séparation de corps entre mari et femme, un fait uits #4 qui justifierait un juge de dire qu'il y avait des relations coupables et nt à 1 adultères entre deux personnes.
for- n Voici le fait. C'était un dimanche après-midi. Parslow était sur la ain, D. galerie de l'accusée. Le mari venait de partir; ils étaient là, l’accusée et ame D | Parslow, vers cinq heures du soir, sur la vérandah. Aussitôt après le tait 3 départ du mari, Parslow et l’accusée sont entrés dans la maison, y sont
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restés à peu près une demi-heure ; au bout de ce temps-là, ils sont sortis de la maison et sont revenus s'asseoir sur la vérandah, où ils ont encore passé un temps considérable ; puis Parslow s'étant levé pour prendre congé, il a embrassé l'accusée sur les lèvres. Cela en présence de J. Hall, qui les voyait d'une maison voisine, et que les amants ne voyaient pas. Voici certainement l'acte d'un amant et d'une amante, et tous leurs agissements dans cette circonstance font présumer des relations coupables.
Quant il s'agit de prouver les relations adultères de l’homme et de la femme, il n'est pas nécessaire de prouver le fait même de l’adultère ; il est assez rare qu'on puisse le démontrer par une preuve directe: on prouve tout ce qui tend à établir qu'il ne peut pas y avoir autre chose que des relations coupables entre eux.
L'adultère se prouve par des faits accessoires, tels que des caresses, des correspondances, qui sont de nature à convaincre des relations coupables que ces faits font nécessairement pré:"mer.
Il y a maintenant le voyage des accusés ensemble, de St-Canut à Nt- Jérôme, en juin 1897. Ce voyage en lui-méme n’est pas d'une grande importance, mais la manière dont il a été préparé démontre qu'il y avait du mystère et qu'on méditait un voyage de plaisir plutôt que d'affaires. Le témoin Lachapelle dit qu’il a surpris la conversation qui a eu lieu, avant ce voyage, entre les deux amants. Sam. Parslow s'en allait mener son lait à la fromagerie ; madame Poi-ier s’en allait à St-Jérôme. L'accusée a dit à Parslow : ‘ Viens donc à St-Jérôme avec moi, nous reviendrons ce soir et nous nous amuserons bien’ Monsieur Lachapelle était derrière ses bâtiments ; il n'était pas vu de ces deux personnes-là. Il a entendu parfaitement ce qui s'est dit. Alors, Sam. Parslow est allé porter son lait chez eux; il n’a pas même pris le temps d'aller le porter à la fromagerie ; il s'est changé, et il est revenu trouver madame Poirier au bout de quelques minutes, puis il s’est dirigé avec elle vers St-Jérôme. La défense a tenté de prouver qu'ils étaient revenus à quatre heures de l'après-midi. C'est possible, mais ce n'était pas la premiere fois, du reste, qu'ils allaient en voiture seuls ensemble.
Vous avez le témoignage d’un autre témoin (Pacifique Potvin) au sujet
“nn voyage de Ste-Monique à St-Canut, dans l'été de 1896, au cours
auquel Parslow aurait laissé la voiture du témoin pour monter dans
celle de l’accusée, sous un prétexte quelconque, et coniinuer le trajet seul avec elle.
Un autre fait qui a son importance et que vous aurez à apprécier :— Dans le mème été de 1896, Poirier a travaillé à l'église de Ste-Monique et a
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