‹ Affaire Cordélia Viau (meurtre de St-Canut) [microforme]Chapitre 5 sur 13 · RE ER RESTES · texte numérisé non relu

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certainement eu preuve que Parslow a passé la soirée et la nuit, à partir de six heures du soir jusqu'au lendemain matin, chez son frère, Edouard Parslow. Tous les gens de la maison sont d'accord à le dire. Cordélia Viau elle-même n’a pas passé la soirée ni la nuit chez elle ; elle était chez son père, à partir de quatre heures de l'après-midi, jusqu'au lendemain matin. Il est possible aussi que Parslow ait tué Poirier après le départ de l'accusée, c'est-à-dire entre quatre heures ou quatre houres et demie el six heures, mais cette hypothèse est repoussée par les indices trouvées dans la chambre du meurtre, ainsi que nous le verrons dans nn instant.

Un témoignage dans la cause qui serait de nature à créer beaucoup de confusion, est celui de Joseph Legault, qui prétend avoir vu de la lumière, chez Poirier, à une heure du matin, Qui pouvait être-là ? Ce n'était pas Parslow qui était chez son frère. Ce n'était pas l’accusée, Cordélia Viau, qui était chez son père. Etait-ce la victime elle-même ? C'est difiicile à croire, car si Poirier avait été alors vivant dans la maison, il y aurait eu de la lumière à sept heures, à huit heures et à neuf heures du svir, quand les époux Bouvrette, qui sont allés veiller chez John Hall, ont passé là et ont remarqué, tant en allant qu'en revenant, qu'il n’y avait pas de lumière, pas une trace de lumière dans la maison. Monsieur Legault prétend avoir vu de la lumière à une heure dun matin. Qui aurait pu entrer là ? Un voleur ?—Mais comment serait-il entré ? La clef de la maison était en la possession de Parslow, et a été retrouvée sur lui. Il n’y avait pas de traces d’effraction, et il n’y a pas eu de vol constaté. Un ennemi de Poirier ?— Mais il n'avait pas d’ennemis, et un ennemi n'aurait pas été capable, plus qu'un voleur, de pénétrer sans effraction. (Ça ne pouvait pas être Poirier lui-même : s’il eût été vivant après six heures du soir, il y aurait eu de la lumière dans la soirée. Heureusement pour l’éclaircissement de la cause, il y a un autre témoin, Joseph Fortier, qui dit qu'étant dans la voiture que conduisait Legault, la nuit en question, il a constaté positivement qu’il n’y avait pas de lumière chez Poirier. Entre les deux témoignages, vous pouvez choisir, mais pour ma part je n'aurais pas d’hésitation à adopter le témoignage de Fortier ; il est plus compréhensible que celui de Legault. Je ne comprends pas la possibilité du fait rapporté dans le témoignage de Legault, et en prenant le témoignage de Fortier, toute confusion disparaît.

J'en viens à un point bien important. C'est celui qui a rapport à l'empreinte du soulier. Cette empreinte d’un soulier, dont la trace correspond parfaitement et s'adapte juste au soulier gauche de l'accusée, a été découverte et remarquée, pour la première fois, dans la chambre du crime par monsieur Gravel, journaliste de la Presse, le mardi. Monsieur Gravel a

attaché une certaine importauce à cette empreinte ; il était journaliste, il devait envoyer des rapports immédiats à son journal. Il ne s'en est pas | occupé davantage. Mais lorsque le détective McCaskill est arrivé le mer- | credi, il a, lui-même, remarqué la chose, et c'est plus tard qu'on a coupé cette partie de plancher et qu'on l'a apportée ici, comme pièce de conviction.

Depuis le moment de la découverte du crime, il n’est pas entré de femme dans la chambre du meurtre à venir jusqu'au mercredi soir. Monsieur Gravel dit qu'il avait remarqué l'empreinte le mardi, et il n'est certainement pas entré une seule femme, le lundi et le mardi, dans !a maisou à part de madame Poirier elle-même, qui est entrée dans la muison le lendemain du crime avec monsieur Bouvrette ; mais elle ne s'est pas avancée dans la pièce, elle est restée au seuil de la porte ; elle n'a pas mis les pieds sur le parquet de la pièce ; ce n'est que le mercredi après-midi qu'elle est entrée dans la chambre avec sa sœur, madame Hébert, et avec McCaskill, pour examiner le cadavre,

Tout ceci tendrait à démontrer que réellement une femme a été là avant le lundi, et, par conséquent, devait se trouver là lors de la lutte, lors du combat terrible qui a eu lieu dans cette chambre. Cette trace n'a pas pu être faite le lundi par le soulier d'une femme, parce qu'il n'est pas entré de femme le lundi et le mardi, avant que le témoin Gravel ait remarqué l’empreinte. Or, cette empreinte correspond exactement au soulier de l’accusée. Le soulier a été trouvé dans la maison ; il n'y avait pas de sang dessus, c'est vrai, mais rien n'était plus facile que de faire disparaître du soulier en question, qui était une pièce accusatrice, toute trace de sang qui pouvait s'y trouver.

Mais on a oublié la précaution de faire disparaitre, ou bien on n’a pas remarqué, l'empreinte elle-même. Le parquet était couvert et saturé de sang partout, et dans l'impossibilité de tout laver, ou dans l'espérance de faire croire à un suicide, on a laissé tout le sang dont la chambre était rempli, et on n'a pas vu cette empreinte. On a bien cherché à faire brûler dans le poële une partie des vêtements qu'on portait sur soi, lors du crime, mais on a gardé le soulier, parce qu'on savait qu'en le lavant il n’y resterait aucune trace de sang.

Une autre pièce à conviction, c'est la matinée blanche, qui contient de légères taches de sang. Elle a été trouvée dans le iave-mains de la chambre à coucher, comme si elle y avait été jetée au hasard. Les savants avocats de la défense ont dit : Pourquoi n’aurait-on pas fait brûler cela comme l'on prétend qu'on a fait brûler autre chose ? Mais vous devez remarquer que cette matinée ne contient que de légères traces de sang, et il faut l’examiner

très-minntieusement pour s'en apercevoir. On a pu très-bien, après le meurtre, la jeter dans le lave-mains, sans remarquer les gouttelettes de sang qui s'y tronvaient. Cette matinée a pu être portée sur la personne d’une femme présente au meurtre, ou bien il est possible que le lave-mains ait été ouvert et que quelques gouttes de sang aient rejailli sur cette matinée pendant le combat, alors qu'elle était dans le lave-mains.

Un mot de la clef de la maison. Je vous ai fait remarquer que cette clef a été trouvée dans les poches de Parslow. Madame Poirier affirme dans son témoignage, à l'enquête du coroner, qu'avant de partir de chez elle, elle a donné la clef à son mari. Si elle avait donné cette clef à son mari, on aurait dû la trouver sur la personne du mari, et non pas sur la personne de Parslow. C'est à ce dernier à expliquer comment il s’est trouvé en possession de cette clef. On ne l'a pas questionné à cet égard, parce qu'il ne veut pas répondre là-dessus, pas plus qu'il ne vent répondre aux autres questions.

Ce silence nous met en présence d’un nouveau mystère à ajouter aux autres. On a dit que Sam, Parslow aurait pu facilement faire disparaître la clef. Oni, mais y a-t-il seulement pensé, ou s'est-il rendu compte du danger? Il ne faut pas oublier que, le lendemain du crime, madame Poirier et Parslow pouvaient compter faire accepter la théorie du suicide, et qu'ils ont été bien surpris d'être arrêtés le 25, car d'abord la rumeur publique les a favorisés ; on ne suppose jamais un crime, et ce n’est que lorsque le crime devient évident qu’on est forcé d'y croire. La première pensée du public n’est pas de croire à un crime.

Un autre indice résulte des témoignages de messieurs Rioux et Désormeau, à l'effet qu'ils auraient troré, dans le poële de la maison, des cendres qui ne pouvaient provenir que de la combustion de linges ou de vêtements.

Des cultivateurs vous ont dit qu'il y avait une grande différence entre la cendre de papier et la cendre de linge ; celle-ci forme une masse plus compacte et plus blanche. On aurait trouvé dans le poële une épaisseur de plusieurs pouces de cendre, ressemblant à des cendres de hardes ou linge, et lorsque cette c:ndre a été enlevée, on a trouvé douze à quinze agraffes, que l'on croit avoir appartenu à des vêtements de femme. Ces agraffes ont été recueillies par le témoin Désormeau, et ont été soumises à votre inspection. Vos attacherez à ces pièces l'importance qu'elles peuvent mériter.

Quant au pistolet et aux cartouches trcuvés chez madame Duquette, ces pièces, qui se rattachent à la question des aveux, ont une importance

spéciale que je dois mentionner ici, anticipant un peu sur l'examen des aveux, dont je vous parlerai plus au long dans un instant.

L'accusée a dit, au cours de ses aveux, qu'elle savait que son complice Parslow avait acheté un pistolet dans le dessein de tuer Poirier, mais qu'elle lui avait dit de ne pas se servir de cette arme, “ parce que cela ferait trop de bruit”. Ce pistolet a été trouvé, avec ses cartouches, chez madame Duquette, sœur de Parsliw, où ce dernier se retirait le plus souvent ; on l'a découvert dans un endroit situé presque sous les combles de la maison, et d'une manière assez étrange, alors qu'on cherchait évidemment à cacher cette pièce à conviction. La découverte de ce pistolet tend à donner beaucoup de vraisemblance au fait rapporté dans les aveux.

J'arrive à un point très-important, c'est-à-dire au maintien, à la contenance et aux paroles des deux accusés, lors de la découverte du crime et subséquemment.

Parmi les preuves de circonstances auxquelles la loi attache une grande portée, le maintien et la contenance des accusés comptent pour beaucoup, et produisent généralement, dans l'esprit des Juges et des Jurés, une conviction bien profonde. Examinons le maintien et les actes de l'accusée, le vingt-deux au matin. Comment arrive-t-elle chez elle ? D'abord, avant d'arriver chez elle, elle arrête chez Edouard Parslow, vers sept heures du matin ; elle savait y rencontrer Sam. Parslow. Elle le demande à la porte, et là a lieu une conversation quelconque entre elle et lui. Dans ses aveux au détective McCaskill, elle admet que, dans cette conversation, Parslow lui aurait dit que “ tout était fini”.

Partant de là, elle arrive chez elle et au vu de madame Bouvrette, qui la voit de sa fenêtre, elle monte les marches qui conduisent à sa porte, fait mine d'entrer et n'y peut parvenir ; elle va en arrière, voit aussi là les portes closes, et se rend chez Bouvrette, après avoir attaché son cheval à un arbre de l'allée ; elle arrive chez Bouvrette et lui dit qu'elle avait trouvé sa maison fermée ; elle ne dit pas qu’elle a des pressentiments, elle ne manifeste aucune inquiétude, elle dit simplement ceci : “Il fant absolument que j'aille toucher l'orgue à l'église, il y a une noce à huit heures ; vous aller ferrer mon cheval, et je reviendrai après la noce.” Bouvrette prend soin du cheval et madame Poirier se rend à l’église où le mariage est célébré, et où elle touche l'orgue comme d'habitude. La messe terminée, elle revient chez Bouvrette et lui dit : ‘“ Il faut absolument que vous preniez un tourne-vis ; vous allez ouvrir un des doubles-châssis, en enlevant les vis de l'extérieur, et vous entrerez par là afin d'aller m'ouvrir la porte.” Elle lui indique un châssis particulier, parce qu’elle savait que celui-là

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