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construit à la satisfaction de tout le monde ; les travaux furent exécutés à la lettre, malgré que sa soumission fût la plus basse ; M. Beemer paya son agent, Benjamin Trudel, et ce dernier paya à son tour M. Tarte qu’il avait fait travailler pendant quatre ou cinq mois. M. Tarte nous a dit que pour ses services, il avait recu, non pas de M. Beemer, mais de M. Benjamin Trudel, environ de quinze à dix-huit cents dollars.
N'est-ce pas, Messieurs, que l'accusé avait bien raison de traiter l’honorable M. Tarte de voleur ?
Travailler dans l'intérêt du plus bas soumissionnaire d’une grande entreprise, quel crime ! et recevoir du principal agent du contracteur de cette entreprise, l'énorme somme de quinze à dix-huit cents dollars pour cinq mois de travail, quel scandale !
Messieurs, mon adversaire a si bien senti l’absurdité de l’accusation portée par son client au sujet de cette affaire, qu'il a cherché à excuser sa déconfiture, en s’écriant sur le ton d’un homme navré : “ Ah! quel dommage que M. Benjamin Trudel soit mort!” Messieurs, si M. Benjamin Trudel est mort, M. Beemer est encore vivant, lui. Il a été assigné par la défense et il est demeuré présent à l’audience durant tout le procès. On doit supposer qu’il devait connaître quelque chose du contrat de l’aqueduc de Québec et du travail fait dans son intérêt par M. Tarte, et cependant on n’a pas osé lui faire une seule question, et malgré qu’il soit bien vivant, on a jugé prudent de lui faire faire le mort. Il me semble entendre les cris de désespoir qu'aurait poussée mon adversaire, si M. Beemer fut décédé lui aussi avant la date du procès.
Encore une accusation dont on avait, disait-on,
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toutes les preuves en mains et qu’on a failli d'établir.
Et remarquez bien, Messieurs, qu'on n’a pas accusé M. Tarte d’avoir obtenu de M. Benjamin Trudel de quinze à dix-huit cents dollars pour le prix de ses labeurs pendant qu’il travaillait au service de ce dernier; une telle accusation n'aurait été rien moins qu’absurde et ridicule ; on l’a accusé en termes spécifiques d’avoir obtenu de M. Beemer dans une occasion $3,300.00, et dans une autre occasion $4,100.00. Or, où est la preuve de tout cela, Messieurs ? L’honorable M. Tarte a juré qu'il n'avait jamais reçu un seul sou de M. Beemer, ni de lui directement ni par l'entremise de M. Trudel ; il a juré cela positivement en présence de M. Beemer qui l’écoutait, et cependant on n’a pas même tenté de le contredire par la personne de quion prétendait qu'il avait reçu cet argent.
M. Tarte dit: “ J’ai travaillé pour M. Benjamin Trudel pendant cinq mois et j'ai été payé par lui; je n'ai jamais rien reçu de M. Beemer.”
C'était donc une fausseté que l'accusé affirmait: lorsqu'il faisait écrire et qu’il publiait que M. Tarte avait reçu illégalement, et sachant que c'était de l'argent de provenance illégitime, $83,300.00 de M. Beemer et $4,100.00 du même M. Beemer par les mains de Benjamin Trudel.
À raison de cette calomnie, Messieurs, nous avons le droit d'exiger une réparation, et cette réparation nous ne pouvons l'obtenir qu'en vous demandant la condamnation de l'accusé.
Il me reste à parler des deux items qu’on a désignés sous les noms des $8,050.00 de Thomas McGreevy et des $2,000.00 de la Baie des Chaleurs.
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Prenons les $8,050 de McGreevy.
“ En 1874, nous dit M. Tarte, je suis devenu le pro- “ priétaire du journal Le Canadien, publié à Québec, # mais je ne gardai la propriété de ce journal que “ durant quelques mois seulement, A la fin de cette “ année-là, M. George Desjardins, maintenant greffier “ de la Chambre d’assemblée à Québec, devint mon “ associé. Nous continuâmes ensemble jusqu’en 1877. “ À cette date, je fus élu député à la législature locale “ et je vendis ma part d'intérêt dans le journal à mon “ associé qui devint alors le seul propriétaire du jour- “ nal.
“ Depuis ce temps, je n'ai eu aucun intérêt financier “ dans le journal Le Canadien jusqu’en l’année 1880, “ date à laquelle je l'ai racheté. C'était sur les insé tances de M. McGreevy lui-même que j'avais acheté “ ce journal en 1874 Durant les quelques mois que “ j'en suis demeuré le propriétaire, M. McGreevy qui “ avait la réputation d’être un homme riche, m’avança “de l'argent à différentes reprises pour m'aider à
“ maintenir mon journal. Il me fit des avances
“ d'argent non pas au montant de $8,050 comme on “Ja prétendu dans l’articie de La Libre Parole et “ dans le plaidoyer, mais pour une somme totale d’en- “ viron dix huit cents à deux mille dollars.
“ Après que M. Desjardins fut devenu mon associé, “ je sais que nous avons eu des endossements de M. “ MeGreevy et d’autres personnes, comme cela se fait “ tous les jours; mais je n'ai jamais reçu d'argent de M. “ McGreevy pour mon usage personnel, et surtout je “ n'ai jamais reçu de lui d'argent de provenance illé- “ gitime.
‘“ Vous me faites observer, M. Cornelier, ajouta M. “ Tarte, que M. McGreevy est mort; c'est vrai, mais il “n’y a pas très longtemps qu’il est mort. Sur une ‘“ dénonciation faite par moi à la Chambre des Com- “ munes, M. McGreevy x été trouvé coupable, et quel- ‘“ ques mois après, il à été condamné devant les tribu- “ naux criminels pour vol et détournement : Il était “ bien vivant alors; croyez-vous, s’il eût pu me dénoncer “à son tour et dire que j'avais reçu de lui de l'argent “ de provenance illégitime, qu'il aurait oublié de le “ faire ?”
Cette fois encore l’accusé a complèt ment failli dans sa preuve. Il a affirmé que M. Tarte avait reçu de M. Thomas McGreevy $8,050, (non pas $8,000, remarquezle bien, mais $8,050, ie chiffre est clairement spécifié), sachant que cet argent avait été volé par M. Mc- Greevy. Voilà l’accusation ; et qu’a-t-on prouvé ? Rien du tout. M. Tarte a admis qu'en 1874, dix-neuf ans avant la date de l’accusation de vol et de détournement portée contre M. McGreevy et à une époque où M. McGreevy passait pour être un homme riche, ce monsieur avait fait des avances d'argent au journal Le Canadien pour un montant de dix-huit cent à deux mille dollars environ.
Messieurs, emprunter de l’argent d’un homme qui possède les moyens d'en prêter, ce n’est pas un crime ; c'est une chose qui se fait tous les jours, et c'est là ce qui a été fait par M. Tarte. Mais recevoir $8,000.00 d'argent volé, lorsqu'on sait que cet argent a été volé, cà, c'est une autre chose. Or, voilà l'accusation que l'accusé a portée contre l'honorable M. Tarte. L’a-t-il
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prouvée, son accusation ? Non. Donc, il doit être condamné comine calomniateur.
Quant aux deux mille dollars faisant partie du subside accordé au chemin de fer de la Baïe des Chaleurs que l’on prétend avoir été reçus, ou plutôt volés par M. Tarte, car c'est là en effet ce que l’on a affirmé dans l’article de La Libre Parole et dans le plaidoyer, la discussion ne sera pas longue, car l'accusé n’en a
pas même tenté la moindre preuve; et lui, qui se prétendait si bien préparé sur tous les points ; lui, qui prétendait n’accuser qu'avec les preuves à la main, le voilà qui demeure muet devant vous. Il est forcé d'admettre, par son silence, l'impuissance où il se trouve de prouver un seul mot de cet avancé. Il a done menti au public ; il a menti au tribunal: il vous a menti à vous-mêmes, lorsqu'il affirmait dans son plaidoyer qu’à la date de l'écrit incriminé, il avait en main la preuve de tout ce qu’il disait sur le compte de l'honorable M. Tarte. Où est-elle, la preuve que l'honorable M. Tarte ait jamais reçu $2,000.00 sur e’
à même les subsides accordés au chemin de fer de la Baie des Chaleurs ?
Je pourrais m'arrêter là, Messieurs, et sans faire un pas de plus, vous demander la revendication à laquelle mon client a droit, mais il y a dans l’article de La Libre Parole d’autres infamies, que, en justice pour
: l’'Honorable Ministre qui m'a confié la garde de son
nom et de son honneur, je ne puis laisser passer sous silence.
Non, ma tâche n’est pas encore accomplie ; j'ai à vous
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faire toucher du doigt tout ce qu’il y a d’odieux dans chacune des clauses de cet article infanant :
“ Le vieux parti rouge, dit-on dans l’article, est “ tombé dans les trufics et les boodlages qui ont fait “ la honte et la ruine des règnes conservateurs ; mais, “ ajoute-t-on, il faut dégager ce purti, des spéculateurs “ politiques qui mettent, sous tous les régimes, le trésor “ en coupe réglée, et que l’on trouve dans tous Les gou- “ vernements ; il faut le dégager des transfuges et “ des saltimbanques qui se refont une virginité à “ l'ombre de noms honnêtes et respectables.”
Ce n’est là que le préambule de l’article, Messieurs, c'est dans ces termes que l’auteur commence à formuler sa plainte contie un ministre de la Couronne, et l’un des aviseurs de Sa Majesté. Une personne bien élevée, de bon ton, de bonne compagnie, même si elle eut eu à se plaindre de griefs réellement sérieux se serait servie du langage dont on se sert entre gens bien élevés ; mais ici, lä marchandise porte sa marque de commerce et l’on sent que, si ce n’est pas le solliciteur d'annonces qui à écrit cet article, du moins il a dû y mettre fréquemment la muin.
“ Le parti libéral a accepté le concours d'adversaires “ qui ne cherchaient qu'à trouver un marchepied après “ avoir usé tous les escaliers conservateurs. Le scan- “ daleux ascendant pris par M. Tarte Joseph Israël, “ (comme c’est joli, on sent que c’est le gentilhomme “ qui parle), sur les chefs de notre parti, est un exemple “ frappant de la faiblesse constitutive du parti et du “ profit immense que sait en tirer wn politicien et un
“ sauteur. Que M. Tarte soit un vulgaire acrobate « politique, un traître, un vagabond de tous les partis, “ personne ne le niera, et lui-même rit d'en être accusé, “ car dl a la fierté de tous les méfaits qu'il a commis dans sa longue carrière, où son nom a élé mélé à tous les méfaits et à toutes les hontes de tous Les temps et de tous les régimes.
€ Que le nom de M. Tarte soit synonyme de cynisme “ politique, de maquignonnage effréné de ‘ boodlage ” “ sans nom, c'est ce que tout le monde admet.”
Pourrait-on s'exprimer dans un langage plus avilissant, si on avait eu à parler d’un forçat échappé du pénitencier ?
Qu'est-ce qu’un “boodler,” Messieurs ? Qu'est-ce qu’un traître, un vagabond? Qu'est-ce qu’un homme qui a la fierté de tous les méfaits qu'il a commis ? Quelle opinion se forme-t-on d’un homme que l’on dénonce comme étant un scélérat dont le nom, pendant des années, a été mêlé à tous les méfaits et à toutes les hontes de tous les temps et de tous les régimes ?
“ Un huodler,” nous a dit un témoin, c’est un voleur. Ce mot, d'origine américaine, a été inventé pour qualifier les actes du Boss Tweed à New-York, qui, il y a une vingtaine d'années, fut condamné par les tribunaux criminels de son pays à expier, par une longue incarcération dans le pénitencier de Sing-Sing, les vols et les rapines dont il s'était rendu coupable au préjudice de ses concitoyens.
Voilà l’épithète, le qualificatif que l’on accole au nom de l’honorable M. Tarte : et pour quelle raison, Messieurs ? A-t-on fait la preuve que l’honorable M. Tarte ait jamais volé qui que ce soit? Non. Son seul crime
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{on n’a pas pu en prouver d'autre, et c2 crime-là, luimême il le confesse), c’est d’avoir dit à l'accusé : “ Laissez-moi tranquille,” lorsque ce dernier voulait le faire “chanter.”
“ Il a changé de parti politique,” nous a dit l’ac- “ cusé, “et pour cette raison, je le dénonce : “ C’est un “ sauteur, un acrobate, un saltimbanque.”
Et remarquez bisn, Messieurs, que l’homme qui parle ce langage prétend être fier d’appartenir au parti libéral. Mais lui, entendez-le bien, c'est un pur parmi les purs ; il ne veut pas voir de conservateurs se rallier à son parti.
Messieurs, sous le régime de la souveraineté du peuple qui nous gouverne, le droit le plus précieux, je dirai plus, le devoir le plus impérieux du citoyen, c'est de juger, suivant sa conscience, la marche des événements et l’évolution qui se produit dans l'opinion publique, soit dans le but de suivre ces mobiles mouvements de l'opinion et de marcher avec ceux qui la dirigent, soit dans le but de les opposer ou de les contrecarrer, suivant qu'il le juge à propc: pour le plus grand biei: de la nation.
“ Le pays d’abord, les partis politiques ensuite.” Voilà quelle doit être la devise de tout patriote soucieux du progrès, de l'avancement et du bien-être de ses compatriotes. Dans l’exercice de ce droit, dan: l’accomplissement de ce devoir, le citoyen n’est responsabie qu'à sa conscience, et n’a de compte à rendre à pérsonne. Personne n’a le droit de blâmer son voisin pour la raison que, dans l'exercice du droit de souveraineté que lui ont confié la constitution et la loi, ce dernier a jugé qu'il valait mieux se séparer, soit pour
é un temps, soit pour toujours, de ceux en compagnie , #6 à desquels il avait marché jusque-là; et celui qui lui : re jette à la face l’insulte et la boue, celui qui le dénonce | et le livre au mépris public, en le désignant comine Ée un sauteur et un saltimbamque : celui surtout qui #0 ti publie dans un journal, et Jette comme une proie à des 4 milliers de lecteurs avides de scandales et de nouvelles jee qui à sensation, une dénonciation aussi odieuse, celui-là 4 si fait une chose que réprouvent également la justice . 0 pur et les lois, et mérite la punition réservée aux insul- sh ; es teurs et aux calomniateurs. ù tt | Changer d’opinion en politique : maïs depuis quand el du à est-ce un crime ? .
c, je - L'histéire, je ne dirai pas seulement celle des temps ji yen, passé, mnais l’histoire contemporaine, celle qui arrive jure dés | jusqu'à nous, est remplie des exemples que nous ont t ot fournis les hommes politiques les plus distingués et les (4 ou- | patriotes les plus sincères. En Angleterre, je pourrais dE t noinmer sir Robert Peel, Giadstone, Disraeli qui tous F à con- les trois ont été, non pas de simples députés, mais des (14 plus ‘premiers ministres, chargés de diriger la politique non LR seulement des royaumes unis d'Angleterre, d’Ecosse [ te.” et d'Irlande, mais de contrôler les destinés du plus a sou- grand empire que le monde ait jamais vu ; en Alle- là à fe magne, Bismark, ce génie si puissant, qui à fait l’unité (4 ans allemande et fondé l'Empire Germanique ; en France, \ not: n’avons-nous pas vu Mirabeau, après a oir fait crouler re à les privilèges de la noblesse sous le souffle puissant Linin de son éloquence, s'arrêter sur la pente de l'anarchie uve- vers laquelle le poussaient ceux qu’il avait d’abord ji, ce entraînés avec lui, et, à un moment donné se procla-
pour mer conservateur !