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N'est-il pas clair comme le jour qu’une pareille histoire est absurde ?
On l’a publiée, cependant, cette histoire, dans l’article incriminé ; on l’a publiée comme on a publié toutes les autres accusations, à tort et à travers, sans avoir de preuves. Pour cet homme que vous voyez à la barre des accusés, qu'importent les preuves, pourvu qu'il réussisse à empoisonner l'opinion publique contre M. Tarte et à salir sa réputation ? Ce qu'il veut, c'est de satisfaire ses sentiments de dépit et de vengeance contre l'honorable Ministre par tous les moyens possibles : le reste l’inquiète peu.
On dit encore :
“ Il prépara de longue main sa volte-face, en met. “ tant de côté les papiers de l'affaire McGreevy, papiers “ qui devaient lui faciliter l’entrée dans le parti libé- “ ral.
........" La débâcle de Mercier obligea M. Tarte “ à tenter le grand coup qu'il ruminait, le coup de « McGreevy.” |
A entendre notre accusateur, vraiment, on serait porté à croire que M. Tarte avait ces documents en sa possession depuis des années.
Que la découverte des péculats et des vols qui se commettaient systématiquement, et dont les chefs les plus accrédités du parti tory étaient les auteurs, ait pu être l’occasion ou la cause déterminante qui a induit M. Tarte à changer de drapeau, la chose est possible ; elle est même tout: naturelle, et tenant compte des circonstances, je ne vois dans ce changement d’allégeance de la part de M. Tarte, rien qui prisse sur-
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prendre un honnête homme. Mais, s'il est vrai de dire que cette circonstance a pu devenir la cause déterminante du changement d’allégeance de M. Tarte, d'un autre côté, je n'en suis pas moins persuadé que, depuis longtemps, M. Tarte devait se sentir mal à l’aise dans les rangs du parti où il avait si sincèrement combattu autrefois.
Messieurs, laissez-moi vous dire toute ma pensée, et vous parler avec la franchise qui convient à un avocat. Vous êtes en ce moment la personnification du pays. Vous ne représentez ici, ni Îles aspirations, ni les opinions d'aucun parti politique, et j'ignore quelles sont vos tendances et vos prédilections à ce sujet ; m'adressant donc à vous purement et simplement comme à des canadiens représentant la nation tout entière, laissez-moi vous dire :
Est-ce donc une histoire si brillante que celle de nos luttes passées ? Etait-ce donc un régime si désirable, que celui sous lequel nous avons vécu pendant vingt-cinq à trente années ? Le regrettez-vous donc, ce temps qui n’est pas encore si loin de nous, où les éternelles querelles de race et de religion divisaient les habitants de notre pays en deux camps toujours prêts à s’entr'égorger, où les distinctions de race et de religion étaient inscrites en tête de tous les programmes ZTorys, et où les vieilles rancunes entre la race anglo-saxonne d'un côté, et la race française de l’autre, étaient cultivées et développées au milieu de notre population comme des choses essentielles à notre existence, comme des conditions nécessaires à notre bonheur comme Canadiens-français et comme catholi-
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beau Canada, tout s'étiolait, tout se desséchait sous le souffle impur de la rivalité et de la haine, où la province d’Ontario répondait à notre antagonisme ‘constant, à notre aversion systématique pour tout ce qui était anglais par ce cri de rage forcenée : “ No popery, no French domination ” “ Pas de Papisme, pas de domination française.” (C'étaient là, vous vous en souvenez, Messieurs, c'étaient là les beaux jours du régime conservateur.
Est-il donc si détestable, ce grand principe libéral qui trouve son expression dans ces trois mots -magiques : “liberté, égalité, fraternité ” et dans ces autres mots qui ne sont pour ainsi dire que le corrolaire des premiers: “ Apaisement, union, progrès, avancement.” ‘Les choses ont bien changé depuis vingt-cinq ans, nous a dit l'honorable M.Tarte ; j'ai étudié, j'ai voyagé, j'ai observé, et je n'ai éprouvé aucun choc, aucun heurt, lorsque par la force des circonstance, je me suis trouvé un jour, en compagnie de la grande majorité de .mes compatriotes. rallié à cette politique de conciliation et de paix que l'honorable M. Laurier avait inscrite en tête de son drapeau.
Messieurs, cette transition chez un homme depuis longtemps fatigué des luttes mesquines et des querelles de clocher, chez un homme désireux de voir pour ses compatriotes les horizons s'élargir, les aspirations s'élever, a dû s'opérer sans efforts. Le nom d’un parti politique, Messieurs, ne représente parfois que bien peu de chôse, souvent même, ce nom n’est plus qu’un vain mot. Le progrès, l'avancement et le bonheur de ses compatriotes, voilà ce qui doit avant tout inspirer l'homme publie, à quelque parti qu'il appartienne.
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Jetez un regard en arrière, Messieurs, écoutez la voix
de vos souvenirs: elle vous redira des choses dont vous n'avez. peut-être pas bien saisi le sens alors. que vousles avez entendues, mais que vous comprendrez. mieux aujourd'hui. Vous entendrez la voix de Cartier
qui, il y a trente ans, disait à ses compatriotes : “ Avant. “ tout, soyons canadiens.” Vous entendrez les échos de: la voix de Mercier qui, à une date plus récente, répé-tait ces mots devenus légendaires : “ Cessons nos luttes, “ fratricides, unissons-nous : soyons frères.”
Ces deux hommes ont illustré leur race et leur pays: et tous deux ont parlé dans deux camps opposés l'un à l’autre, et pourtant tous deux ont exprimé la même pensée, proclamé le même sentiment :
Egoux par la Vaillance, Anglais, Français, Celte et Germain, Peuples, formons une Alliance,
Et donnons-nous la main.
C'est à ce travail d’unification que Cartier le ccnservateur et Mercier le libéral, conviaient leurs compatriotes.
Cette union si désirable, Messieurs, elle s’est accomplie, grâce aux efforts de l’homme éminent que le pays s’est choisi pour chef ; et c'est à l'époque de la lutte, au moment où ce grand Canadien travaillait à la réalisation de cette idée patriotique que Joseph Israël Tarte, l’ancien conservateur se souvenant des paroles de son premier chef, Sir George Etienne Cartier, est venu prendre place aux côtés dè Laurier en lui disant : ‘ Oui, Cartier avait raison, “ Avant tout soyons Cana- “ diens ” ; oui, Mercier avait raison aussi : “ Cessons nos
“ luttes fratricides, unissons-nous.” Et aujourd'hui, Messieurs, que ce travail d'apaisement est accompli aujourd'hui que tous les Canadiens, quelle que soit leur origine, se regardent comme des frères, il peut, comme Laurier, en jetant un regard autour de lui, répéter avec orgueil : “ Maintenant, enfin, nous sommes une “ nation, et nous sommes ure nation parce que nous ‘“ sommes aujourd’hui un peuble uni et libre.”
Voilà dans quelle route le pa;'s tout entier a marché sous la conduite de Sir Wilfrid laurier, voilà la voie où M. Tarte est entré, et avec lui, des milliers d’anciens conservateurs qui, je l’affirme sans hésitation, ne regretteront jamais d'avoir changé de drapeau.
Ce mouvement de l'avant, cette union des Canadiens, tout le pays l’a approuvée, l'Angleterre, la France, l'Europe entière ont applaudi à cette politique vraiment nationale qui nous a donné place au soleil. Au milieu de ce concert universel, une seule voix discordante s’est faitentendre, c'était celle de l'accusé Grenier, le prétendu de libéral, qui, lui, a trouvé que suivre l'honorable M. L Laurier, travailler avec lui pour l'union et l’avancement de son pays, quand on est conservateur, ce n'est pas du patriotisme, ce n’est pas du dévouement, c'est % de la trahison. |
Je continue l’examen de l’article :
‘ En effet n'était-il donc pas le complice des accusés ; * n’a-t-il pas, pendant des années, reçu d'eux des fonds “ dont il connaissait la provenance et qu’il manipulait “ sans trouver alors qu'ils sentissent mauvais ? ”
Ici encore, où est la preuve que l'honorable M. Tarte
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ait jamais reçu aucune part des vols et des péculats commis par les hommes qu’il a dénoncés? C’est en 1874, dix-neuf ans avant les révélations de Murphy et de Connolly, que le journal Le Canadien obtenait des prêts d'argent de Thomas McGreevy. A cette date, du reste, M. Tarte n'était qu'un tout jeune homme venant à peine d'entrer dans cette carrière du journalisme, où il devait plus tard conquérir une si enviable distinction.
“ Et pendant cette campagne, (c'est l’article qui “ parle) que nous payons aujourd'hui si cher, qui donc “ faisait vivre M. Tarte, qui prétend que le parti libé- “ ral n'existerait pas sans lui ? Qui, sinon ces mêmes “ vieux libéraux qu’il éclabousse de son importance, et “qu'il met hors de son bureau comme de vulgaires ‘ Jaquuis ?
“ Ce fut d'abord Le Canadien, une carotte immense “tirée aux rouges de Montréal pour implanter dans “ notre sol ce produit légumineux d’origine québec- “ quoise, Le Canadien, qui coûta des milliers de pias- “ tres à nos chefs de Montréal. Lorsque le journal fut “ tombé en faillite, M. Tarte emp'oya mille dollars, “ souscrits par le président de la Compagnie du Cana- “ dien en vue de l'élection de l’Islet, afin de racheter *“ pour ses fils le titre du Cultivateur, le seul bien de “ ]a faillite qui eût une valeur quelconque, ce qui a ‘permis à sa famille de vivre au dépens de ses vic- ‘“ times d'aujourd'hui.”
- Cette partie de l'article contient deux accusations dont aucune n’a été prouvée : La première est que honorable M. Tarte traite les libéraux avec hauteur.
Pas un seul témoin n’a ‘été produit ici pour établir la vérité de ce reproche. Assurément, ce n’est pas le fait qu* M. Tarte a pu dire à l’accusé de ‘ le laisser en paix,” et cela dans les circonstances que vous connaissez déjà, qui puisse justifier l'accusation qu'il porte ainsi contre lui.
La seconde accusation n'est pas plus vraie que la première ; mais, comme elle comporte le reproche que M. Tarte a détourné pour le bénéfice de ses fils et pour faire vivre sa famille, une somme de mille dollars souscrite pour des fins d'élection, et que cette accusation a été engencée sur des faits qu'on a défigurés de manière à tromper le public, il est important de rétablir la vérité et de vous faire voir la malice et la mauvaise foi de l’accusé, qui a pu réussir par ce moyen à donner une apparence de malhonnêteté à l'acte le plus innocent du monde.
Voici les faits :
En 1893, M. Tarte était candidat dans le Comté de l'Islet. Pour l’aider à faire la lutte, il reçut de l’honorable M. Laurier un chèque de mille dollars que lui avait remis feu l'honorable M. Tourville. En attendant qu'il en eût besoin, ce chèque avait été déposé par M. Tarte dans le coffre-fort de ses fils. Vous vous rappelez, Messieurs, que quelque temps auparavant, M. Tarte avait été mis en fuillite à la demande de M. Demers. Ses Liens étaient sur le point d'être vendus, et parmi ces biens se trouvait son journal Le Cultivatéur. En apprenant l'état de gêne dans lequel il se trouvait, M. Shaunessey, le vice-président du Pacifique, un vieil ami de M. Tarte, vint lui offrir de lui prêter une somme de trois mille dollars. M. Tarte lui répondit qu'il n’ac-
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- M. Tarte un acte aussi innocent.