SEPTEMBRE
“ Cher Monsieur,
“ J'ai reçu du département des Travaux Publics à “ Ottawa, une lettre m'informant que vous avez sou- “ missionné pour la fourniture de......, aux édifices “ publics de......
“ Mais comme votre soumissiog est la même que “ celle d’une autre maison, ils m'écrivent pour me de- “ mander à qui l’on doit donner le contrat,
“ Je vous écris aujourd'hui pour savoir ce que vous “ avez l'intention de faire pour moi en cette matière.
.“ J’attendrai-votre réponse.
“ Business is b..siness as you know.
“ Respectueusement à ‘vous,
« N’avions-nous pas le droit de dire qu'il n'était que “ temps de jeter dehors le Roi des carottiers ?
La DIRECTION.”
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nion,
rticle, t qui mencé us en signaons la
s'il le
iblics à ez soUédifices
ne que me de-
e vous natière.
Ici, il ne s'agit plus de la vie passée de l'honorable M. Tarte ; on l'accuse formellement, en sa quelité de ministre de la couronne, d’avoir commencé, dans son département des Travaux Publics, l'ère du “ boodlage,” c'est-à-dire du vol et du pillage, et pour donner à. cette accusation une apparence de vérité, on publie une lettre qu’on a eu le soin de tronquer et de fausser de manière à faire croire qu’elle a été écrite par l’honorable M. Tarte, lui-même, à une personne dont on ne donne pas le nom, et à qui l'auteur de la lettre: demande de l'argent.
Une pareille manœuvre n'est rien moins qu’uné indignité. Ce n'est plus de la guerre, Messieurs, c’est de la piraterie, c'est du brigandage.
En lisant les phrases qui précèdent et celles qui suivent cette lettre, l'esprit se porte tout naturellement sur le nom de M. Tarte; en parcourant la lettre ellemême, on est amené à la conclusion que M. Tarte étant à Montréal, a dû recevoir de son département d'Ottawa, une lettre l'informant qu’un certain marchand avait soumissionné pour obtenir un certain contrat et qu'alors, lui, M. Tarte, avait écrit la lettre que l’on reproduit dans l’article incriminé, dans le dessein d'obtenir une commission pour lui-même.
La lettre se termine par les mots “ business is business as you know,” mots qu’on a méchamment paradés dans la presse conservatrice, comme étant tombés de la plume de M. Tarte.
Vous connaissez, Messieurs, l’histoire de cette lettré
| écrite par M. le notaire Petit, le candidat défait du . comté de Terrebonne, aux dernières élections fédérales,
et vous savez dans quelles circonstantes M. Petit a été
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amené à l’éenire. Laissez-moi y référer en deux mots.
Tous les ans durant le mois d'août, le département des Travaux Publics fait une demande de soumission aux marchands de charbon pour l'approvisionnement des édifices publics durant l'hiver,
Au mois d'août de l’année dernière, ces soumissions furent demandées comme on avait coutume de le faire, sans même que le ministre en eût connaissance. Il se trouva que, pour le charbon dont on avait besoin pour le Palais de Justice de Ste-Scholastique, les deux plus bas soumissionnaires étaient tombés sur le même chiffre. (Cette circonstance fut rapportée au' ministre: l'honorable M. Tarte. Ce dernier s'enquit auprès de son député de ce qu’on faisait d'habitude en pareille occuvence. M. Gobeil, le député ministre, lui répondit que la ‘coutume était de s'en rapportersur le choix à faireentre les deux concurrents, à l'opinion du député du comté dans leque! le contrat devait être donné, si ce candidat était un ami du gouvernement ; sinon, au candidat défait. L’honorable ministre lui dit alors : “ Eh bien, suivez la coutume ” :.et M. Gobeil s’adressa à M. Petit qui, évidemment, dans l'espoir d'obtenir une légère commission, écrivit la lettre qui a été incluse dans
. l'article de La Libre Parole, après avoir été tronquée
et faussée comme je viens de le dire, de manière à faire croire que c'était M. Tarte lui-même qui l'avait écrite, et qui avait exigé une commission de l’un des soumissionnaires. Il s'agissait de fournir au gouvernement une trentaine de tonnes de charbon. Le prix du
. charbon était de cinq dollars la tonne. La commission
demandée par M. Petit n'aurait pas excédé dix dollars. Vraiment, la chôse n'en valait guère la peine, et M.
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>, et M.
Petit compromettait son avenir politique pour bien peu.
Et voilà comment, au moyen de cette lettre tronquée, de ce faux, on a pu tromper le public, et faire croire que l’honorable M. Tarte faisait du péculat dans son département. Accuser un homme faussement de ‘la perpétration d’un crime, c’est déjà une offense des plus sérieuses : mais commettre un faux pour se forger des preuves, c’est pire qu'un crime, c’est une infamie !
J'ai parcouru le libelle du commencement jusqu'à la fin. Résumons toute la cause en peu de mots ;
lo La défense a-t-elle démontré, comme elle avait promis de le faire, que l'honorable M. Tarte était un homme indigne, non seulement de faire partie du cabinet, mais même d'entrer dans le parti libéral, pour la raison qu'il était un homme sans principe et sans honneur ? ;
Non.
20 A-t-on prouvé que les débuts politiques de l’honorable M. Terte dans le parti conservateur, avaient été entachés de duplicité, d’extorsion, de “ chantage ” et de pillage ?
Non
30 A-t-on prouvé que l'honorable M. Tarte ait jamais vécu d’extorsions au dépens du parti conserva-
teur ; a-t-on établi qu'il n’a abandonné ce parti qu’a- .
près avoir fatigué les plus généreux et qu'il ne s’est, rallié au parti libéral que parce’ qu'il ne lui restait plus personne à piller dans Je parti conservateur ? Non.
40 A-t-on prouvé que à Mtbnatable: M. Tarte ait is ‘trahi ses amis et son parti ?
ri qu
Non.
50 A-t-on prouvé que l'honorable M. Tarte ait Jamais été un “ boodler ” et un voleur ?
Non.
60 A-t-on prouvé que l'honorable M. Tarte ait jamais reçu de Thomas McGreevy, des sommes d'ar-: gent qu’il savait avoir été volées par lui à la Province de Québec, ou au trésor de la Puissance du Canada ?
Non.
70 A-t-on prouvé que l'honorable M. Tarte avait volé le coffre public, en prenant part aux opérations de Pacaud sur la Province ; lo en recevant $2,000.00 dans l'affaire du chemin de fer: de la Baie des Chaleurs ; 20 $5,000.00 dans l'affaire Whelan, et 30 $3,000.00 dans l'affaire Demers ?
A-t-on prouvé qu'il a reçu $3,300.00 de M. Beemer directement, et $4,100.00 de M. Beemer par les mains de feu Benjamin Trudel, sachant que cet argent était de l'argent volé ?
Non.
80 Est-il vrai qu'il a détournéillégalement et frauduleusement une somme de $1,000.00 souscrite au fonds d'élection par feu l'honorable M. Tourville, et qu'il s'est approprié cette somme pour le bénéfice de ses
fils ? A
Non 90 Est-il vrai qu'il se soit fait sustenter, lui et sa 1 famille, à même les fonds du parti libéral, souscrits 6 pour des fins électorales ? | : € Non. Fa è 100 A-t-on prouvé qu'il ait fait imposer une taxe l
sur tous les employés libéraux de l'Hôtel de Ville de Montréal pour faire vivre sa famille? ER
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- calomniateur de s'affubler du titre de journaliste et
Non.
11o Est-il vrai qu'il ait dénoncé les honorables Langevin et McGreevy par intérêt et pour des motifs sordides ? Est-il vrai que, dans l'espérance que ses anciens amis le rappelleraient, il n’a livré les preuves écrites qu’il avait contre eux que pièce par pièce ? .
Non.
‘120 Est-il vrai que l’honorable M. Tarte ait jamais été un banqueroutier, c'est-à-dire un débiteur frauduleux et qui a volé ses créanciers ?
Non.
130 Est-il vrai qu'il ait inauguré, dans le département des travaux publics à Ottawa, l'ère du pillage ?
Non.
Et j'ajouterai : Est-il vrai que l'accusé ait tronqué, et par ce moyen, forgé une lettre pour donner une apparence de vérité à cette accusation ?
Oui. :
Vous avez là toute la cause, Messieurs, des accusations odieuses, des injures, des insultes, de gros mots: mais en fait de preuve, rien.
Pour justifier la conduite de l'accusé, on a invoqué la liberté de la presse. Ah ! Messieurs, c'est prostituer
. une chose sacrée.
Eh quoi! parce qu'on est le propriétaire d’un journal, parce qu'on a sous sa direction, sous son contrôle, sous ses ordres, des écrivains sans principes, sans cœur et sans honneur, on pourra s’arroger le droit de mettre à contribution leur plume vénale pour couvrir de boue les noms les plus respectés ? Eh quoi! il suffira au
d’être le propriétaire d’une presse, pour semer à pleine main l’injure et la diffamation, et ruiner impunément des réputations jusqu'alors sans reproche et sans tache ? Et c'est cela qu'on appellerait la liberté de la presse !
Messieurs, permettez-moi un mot, un seul mot de plus sur cet importaut sujet.
Il existe, dans tout pays civilisé, dans tout Etat régulièrement organisé, deux grands pouvoirs qui pour être distincts l’un de l’autre, n’en doivent pas moins se prêter main forte et se donner mutuel secours. L'un, c’est l’armée, c'est le soldat, le volontaire, comme on l'appelle ici. Cette force s'appuie sur le courage et sur l'honneur. L'autre, c'est la force de l'intelligence, l'expression de l'opinion publique dont l'organe principal est la presse. À l'instar de la première, cette puissance doit, elle aussi, s'appuyer sur l'honneur et le courage. Comme lu première, elle doit : contribuer au maiatien de l’ordre et à la défense du citoyen. Que penseriez-vous, Messieurs, de la tonduite du soldat qui, l’énée au côté et le revolver au
poing, irait la nuit guetter les passants au coin des 6 rues pour leur demander “la bourse ou la vie ?”” Vous \ diriez : ‘“ Cet h omme n’est pas un soldat, c'est un bri- : gand, c'est un assassin ;. ses armes, que nous lui avions © confiées pour notre défense, il les tourne contre nous. Au lieu de nous protéger, il nous attaque ; au lieu de | a s'inspirer des principes de l'honneur, il n’écoute que la r: voix de l'esprit du mal : c’est un criminel dont il faut ® au plus tôt débarrasser la société.” per Qu'est-ce qu'un journaliste, Messieurs ? : C’est’un Fe
soldat, d'un autre genre, il est vrai, mais c’est un
soldat. Ses armes sont la plume et la presse, armes mille fois plus puissantes et plus redoutables que les carabines et les canons les plus perfectionnés. Son rôle est d’instruire le peuple, de prêcher le bien et de guider l'opinion.
Messieurs, il y a quelques années, un concours immense de peuple, venu de toutes les parties de l’Union Américaine, se réunissait au pied d’une statue érigée dans la rade de la grande métropole, la cité que nos voisins ont surnommée avec orgueuil la “ Ville Impt ‘iale ;” The Empire City. C'était le jour de l'inauguration de cette statue. Le spectacle en valait la peine, Messieurs. Sur un piédestal de granit, construit à l'endroit même où avait existé une ancienne forteresse s'élevait jusqu’à trois cents pieds de hauteur les formes colossales d’une femme, d’une déesse portanthaut au-dessus de son frontcouronnéd’un diadème, une torche, un faisceau allumé, qui jettait au loin de tous les côtés ses jets de flamme et ses puissants reflets.
De son bras nu qu'elle élève vers le ciel, la déesse, son flambeau à la main, éclairait au loin le port, les vaisseaux, la rade de la grande cité et jusqu'aux campagnes éloignées, jusqu'aux navires flottant au large dans les brumes de l'océan.
“ Cette statue gigantesque,” disait l’un des orateurs appelés à porter la parole dans cette occasion mémorable, “ cette statue gigantesque, c’est la Liberté éclai- “ rant le monde, et ce faisceau étincelant qu'elle tient “ à la main et qui illumine au loin tout le paysage,
“ c’est le reflet, le rayonnement de l'intelligence, c’est. “ l'éclat de la science et de toutes les connaissances
“ humaines que la Presse répand jusqu'aux confins les “ plus reculés du monde civilisé. La main qui porte “ le flambeau, est la main de la Liberté pour indiquer “que la Presse doit être libre, c’est-à-dire que c’est “ par la main de la Liberté que son œuvre s'accomplit. # Mais n'oublions pas que si, d’une main, la Liberté “ répand la lumière à travers le monde au moyen de “ la Presse, de l’autre, elle porte sur son cœur les “ tablettes sur lesquelles sont inscrites les Lois, afin “ d'indiquer par là que c'est sous l’égide des Lois et de “ la Justice que la Presse doit faire son œuvre.”
Voilà, Messieurs, comment j'entends la liberté de la Presse.
Rappelez-vous que c’est pour la protection du citoyen que la Presse est libre,et non pour son oppression. Quelle différence voyez-vous entre le soldat qui se fait brigand pour vous demander “ la bourse ou la vie,” et le scélérat, propriétaire d’un journal qui vous prend à l'écart et vous dit : “ Si vous ne me donnez pas l’ar- “ gent que j'exige de vous, je vous dénonce dans mon “ journal ; je livre à la curiosité morbide d’un public “ toujours avide de scandale votre nom, votre réputa- “ tion, votre honneur, et je vous ruine pour toujours ? ” La différence, la voici : Dans le premier cas, c’est votre vie qu'on menace ; dans le second, c’est votre honneur, votre honneur, Messieurs, ce don plus précieux encore que la vie. Et c'est là ce qu'on a osé appeler la liberté de la Presse! Ce serait au nom de la liberté de la Presse qu'on tenterait, aujourd’hui de couvrir la longue série de calomnies et d’injures par lesquelles l'accusé a voulu déshonorer un citoyen respectable, un ministre de la Couronne! Non, non; vous ne le souffrirez pas.
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Un dernier mot, Messieurs, ct je termine.
En Europe, du moins sur le continent, les poursuites pour libelle sont rares. Là, les délits de la presse sont réglés par un autre code que le code pénal. C’est au duel, ce vieux reliquat des âges anciens qu’on a recours. Avant d’insulter son adversaire, avant de flétrir son nom, l'écrivain y songe à deux fois. On a beau être brave et courageux, personne ne se sent pressé d'aller croiser le fer et s'exposer à se faire ouvrir la poi-
trine par un coup d'épée, ou trouer le crâne par une balle. Tout habile qu'on soit dans l’art de manier les armes, la lutte n’est jamais sans dangers. Il y a, voyezvous, Messieurs, dans les traits de l’honnête homme insulté qui combat pour venger son honneur une détermination, une énergie qui découragent son adversaire. De ses veux s'échappent des éclairs qui, troublent le ‘regard de l’insulteur, et rendent ses coups moins précis. Toujours le sang coule et souvent c’est la mort
- de l’un des adversaires qui termine le combat.
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Chez nous, une légisiation plus humaine a fait disparaître ce vestige de la barbarie des anciens jours. Le duel est prohibé par nos lois, mais est-ce à dire que le premier brigand venu pourra se donner le loisir de calomnier et d'insulter tout à st aise, sans rencontrer sur son passage, une main plus puissante que la sienne, qui puisse l'arrêter et mettre un frein à ses abus ? Non, Messieurs : dans notre pays, au-dessus de tous les pouvoirs, au-dessus de toutes les forces, il y a la Loi, et en ce moment, c'est à vous que le pays a confié l'exécution de la loi : c’est sur vous qu’il compte.
Si vous faites votre devoir, la société se réjouira ; elle sentira qu’elle peut se reposer "our sa protection
sur le courage et l'honnêteté de ses citoyens. Si par faiblesse, ou si par crainte de l'influence que commande la presse en ce pays, vous faiblissez à votre devoir, l’insulteur sortira d'ici le front haut, fier de son audace, riant sous cape de votre pusillanimité, tandis que les honnêtes gens se sentiront découragés et humiliés dans la personne de celui qui, après avoir cherché la protection à laquelle il avait droit, s'en retournera flétri par votre verdict.
Songez-y bien, Messieurs : s’il est vrai, somme certaines gens paraissent le croire, qu’il existe chez nous une catégorie d’offenses contre lesquelles la répression
est à peu près impossible, chacun songera à se faire justice soi-même, et la cruelle et barbare institution du duel prendra pied chez nous. |
Messieurs, il me siérait mal, au moment où je vous parle comme avocat, portant sur mes épaules la toge d’un conseil de la Reine, de me poser devant vous en contempteur des lois: mais, si jamais on m'insultait comme mon client a été insulté, et si, grâce à la puissance abusive de la presse ou à l4 pusillanimité des jurés, je sentais l’inutilité de venir demander justice devant les tribunaux de mon pays, tout mon sang de vieux soldat se révolterait dans mes veines. (Cédant à l'impulsion que doit éprouver tout homme qui a souci de son honneur et de son nom, je n’hésiterais pas un instant à croiser le fer avec mon insulteur, et nulle
satisfaction ne pourrait mieux me réjouir le cœur que celle de lui passer une froide lame d’acier à travers le” ventre,
Mis, Messieurs, j'ai trop confiance en vous pour redouter que jamais notre société soit forcée de voir
par : les citoyens prendre en mains leurs propre défense et 1de | recourir à la violence pour sauvegarder leur honneur. oir, Et quelle cause plus favorable à la partie offensée ace, } pourrait-on soumettre à votre jugement ? les Grenier, l'accusé, se présente à M. Tarte pour lui ans demander de l’argent que M. Tarte ne lui devait pas. ro- M. Tarte refuse de lui donner l'argent qu'on exige de étri lui ; l'accusé le menace, et voyant que M. Tarte persiste dans son refus, sous le coup du dépit et de la cer- ‘rage, il fait écrire l’article odieux que vous connaissez. où Que fait M. Tarte? il se présente immédiatement ion | devant les tribunaux, dépose sa plainte et demande it | une revendication.
ion Ce n’est pas, comme on l'a prétendu, le ministre de
la Couronne, l'homme puissant qui cherche à opprimer le faible—Non, c'est M. Tarte, le simple citoyen, c'est le père de famille qui vient vous dire: “Ona sali mon nom, on a voulu me déshonorer, moi, ma femme et mes enfants: je vous demande justice.”
C'est à vous, Messieurs, à des citoyens honnêtes et soucieux, comme lui, de leur honneur et de leur réputation qu’il en appelle. C’est sur votre probité, votre honnêteté, et la justice de Dieu que vous représentez en ce moment, qu'il'compte pour obtenir la condamnation du coupable et la revendication de ce qu'il a plus cher au monde.
Ce discours fut accueilli de tous côtés par des murmures d'approbation.
| Le président du tribunal ayant ordonné la suspenoir .: «sion de la séance jusqu'à huit heures et demie, tout le
monde se leva pour se retirer. Au moment où le juge descendait de son siège, l’honorable M. Tarte et plusieurs membres du barreau présents à l’audience auxquels se joignirent un grand nombre de citoyens marquants qui se trouvaient parmi les spectateurs s'empressèrent de venir presser la main à Maître
Saint-Pierre et de le féliciter sur son magistral plaidoyer.
Le sentiment dans l'auditoire paraissait unanime ; on se disait : Grenier ne peut échapper, Maître Saint- Pierre l’a cloué au pilori.
À huit heures et demie l'audience fut reprise et l'honorable juge Wurtele commença le résumé des débats. Il parla sur ce ton calme et digne qui lui est particulier.
Le discours que le savant juge prononça en cette occasion peut être considéré à juste titre comme un modèle de clarté, de logique et d’impartialité Au reste, le lecteur qui, j'en suis convaincu, me saura gré de l'avoir publié à la suite de celui de Mtre Saint- Pierre, pourra s'en convaincre par lui-même en le lisant.
Le savant juge parla pendant près d’une heure.
‘ L'’accusé Grenier qui, jusque là, avait maintenu l'attitude d’un homme qui défie la justice commença à devenir de plus en plus soucieux, au fur et à mesure que le savant juge avançait dans son appréciation des différents points de la cause.