‹ Affaire de W.A. Grenier, propriétaire du journal "La libre parole", accusé de libelle par l'Honorable J. Israel Tarte, ministre des Travaux publics [microforme]Chapitre 4 sur 21 · AU © PR · texte numérisé non relu

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semaine, il mettrait bien en relief sur la première feuille de son journal le portrait d’un homme politique en vue dans le parti libéral. Qu'est-il arrivé, Messieurs ? A peine l'accusé avait-il empoché les cinq cents dollars de M. Mercier, que son journal disparaissait pour ne plus revivre.

Après cet exploit que je vous laisse le soin de qualifier, il allait se reposer de ses labeurs, en passant plusieurs semaines dans un doux “ far niente” à l'hôtel balnéaire de St-Léon, où, à son arrivée, il déposait prudemment dans le coffre de sûreté de l’établissement un gros rouleau de billets de banque formant plusieurs centaines de dollars,

Au sein de cette douce solitude, il oublia de remettre l’argent qu'il avait ainsi obtenu ; et il nous a avoué ingénûment qu’à la première entrevue qu'il avait eue plus tard avec M. Beausoleil, ce dernier l'avait ouvertement accusé d’escroquerie et de “ chantage”

Encore une occasion où sa vertu est évidemment demeurée incomprise.

L’accusé a cherché à vous faire croire qu’il avait dépensé cet argent à payer des dettes contractées pour la publication de son journal ; et pour prouver ce fait, il a produit deux reçus, l’un de $300 de la “ Canada Paper Company,” et l’autre de $100 de George Bishop,

‘le graveur ; mais ces reçus portent tous les deux la date du 16 mai, et vous n'avez pas oublié que c’est au muis de juin ou de juillet qu'il a prétendu avoir reçu la somme de cinq cents dollars des mains de M. Beausoleil. Dans tous les cas $300 et $100 additionés

ensemble ne donnent que $400 ; qu'a-t-il fait de l'autre -

somme de cent dollars ?

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-mière Arrivons à sa réclamation contre le journal Le Soir, ik e poli- Vous savez, Messieurs, que Le Soir ne devait être DER arrivé, | qu’une feuille éphémère, créée dans le but d’en faire ! ÿ s cinq Y l'organe du parti libéral durant les dernières élections. in arais- Les probabilités étaient que la lutte une fois termi- Een: | née, le journal cesserait de paraître. Les proprié- jé > qua- | taires étaient M. Choquette, député de Montmagny et A assant M. Brodeur, député de Rouville, ce dernier, assistant- Lu te,” à orateur à la Chambre des communes. Ces deux Mes- Ki dépo- | sieurs sont reconnus pour être parfaitement solvabies. RE blisse- | Comme on l'avait prévu dès le début, quelques de | rmant | semaines après les élections, il fallut mettre fin à la h. | publication du journal. L’'accusé avait été employé n emet- | au service de l’administration comme solliciteur d’ana voué nonces. D’après son engagement, il devait toucher un kb it eue D salaire fixe de vingt-cinq dollars par semaine, et rece- | ( uver- H voir vingt-cinq pour cent de commission sur le prix des Det | annonces, non pas des annonces telles que reçues au 10 ment | bureau, mais seulement des annonces payées. Quelques à ï | jours après la disparition du journal, Grenier présente 4 avait | à M. Brodeur un compte de $800.00. C'était, disait-il, FAN pour le montant total des commissions auxquelles il avait | ; à > fait, | droit comme solliciteur d'annonces. Il exigeait le paie- #4 nada | ment de sa commission sur chaque annonce, comme si : shop, | l'administration du journal en eût déjà touché le prix en it ax la entier. M. Brodeur examine les livres de compte du jour- 4 | st au nal, et constate qu’à cette date, Grenier avait soutiré au al: | reçu journal une somme d'environ cinquante dollars en sus de a Beau- son salaire, Pour le moment donc, il ne lui était rien dû. $ jh ionés M. Brodeur lui représente que plus tard, on lui paie- À autre - rait les commissions auxquels il aurait droit, au furet hi à mesure qu'on recevrait le paiement du prix des 4

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annonces. Ces annonces n'étaient payables que par versements de tant par semaine ou de tant par mois. De plus, il fallait faire une déduction pour un bon nombre d'annonces que Grenier avaient prises avec l'obligation de les publier pendant toute une année. Mais Grenier ne veut rien entendre et coupe court à toute discussion en disant : “ Payez-moi, ou je vous fais une demande de cession ; je vous mets en faillite.”

Pour M. Brodeur, Messieurs, un: menace de ce genre voulait dire : ‘“ donnez-moi huit cents dollars, que cette somme me soit due ou non; ou sinon, je vais vous forcer d’abondonner votre siège de député et votre position d’assistant-orateur de la chambre.” Vous connaiïssez la loi, Messieurs, et vous savez comme moi qu'un député qu'on met en faillite est obligé d'abandonner son siège au parlement. M. Brodeur, justement indigné de cette menace, lui répond : “ Grenier, c’est du “chantage,” cela. Faites ce que vous voudrez, mais si vous avez recours à des moyens de cette nature, je saurai me défendre.” Il ne fallut rien moins que l’intervention de M. Lamothe, son avocat, pour embêcher Grenier de mettre:sa menace à exécution. M. Lamothe qui en sa qualité d'avocat, est familier avec les lois criminelles, savait que le “ chantage” conduit quelque fois au pénitencier. Aussi, s'est-il contenté d’un procédé moins draconien que celui dont Grenier avait menacé M. Brodeur. Il intenta tout simplement une poursuite ordinaire contre les propriétaires du Soir devant la Cour Supérieure. Cette poursuite est encore pendante.

‘ Depuis cette date, dit l'accusé, M. Brodeur et moi nous ne nous saluons plus lorsque nous nous croisons

par nOÏS.

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