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R.—" Oui ; j'étais indigné, et tout autre l'aurait été ‘“ comme moi.
Q—“ Et sous le coup de l’indignation ou de la mau- “ vaise humeur que vous ressentiez contre M. Tarte, “ vous avez fuit écrire l’article incriminé ?
R.—" Oui.
Q.—“ C'est bien vous, n'est-ce pas, qui avez fait “ écrire cet articie et qui l’avez publié ?
R.—" Oui,
Q.—“ Auriez-vous fait écrire cet article, et l’auriez- “ vous publié, si M. Turte vous eût donné les deux “ cents dollars que vous lui aviez demandés ?
R.—" Non, car dans ce cas, je n’auruis pas fait sur “ le compte de M. Tarte l'enquête que j'ai faite, et je “ n'aurais pas découvert les choses que j'ai publiées.
Q.—" Quelles sont les choses que vous avez décou- “ vertes au moyen de votre enquête ?
R.—"“ L'affaire des cinq milles piastres de Pacaud, “ l'affaire McGreevy......
Q.—“ Est-ce là tout ?
R.—“ Oui, et les autres choses que j'ai mentionnées “ dans mon article.
Q.—"“ N’aviez-vous pas entendu parler de l'affaire “ Pacaud et de l'affaire MeGreevy avant cet: date ?
R.--“ Oui, mais je ne les connaissais pas autant “ que je les ai connues après que j'eus fait mon en- “ quête.
Q.—“ Vous êtes libéral, n’est-ce pas ?
R.—"“ Oui.
Q.—" Sir Wilfrid Laurier est le chef du parti libé- “ ral, et par conséquent, votre chef ?
R.—" Oui.
Q.—“ Avant de livrer à la publicité les choses que “ vous dites avoir découvertes su: le compte 42 son “ collègue, avez-vous fait connaître à Sir Wilfrid “ Laurier, votre chef, tous les méfaits et toutes les “ turpitudes que vous prétendez avoir découverts sur “ le compte de M. Tarte au moyen de votre enquête ?
R—“ Non. I! m'aurait peut-être renvoyé à M.
“ Tarte.
Q.—“ Quel était votre objet, en publiant cet arti- “ ele ?
R.—" Le faire connaître au public et le chasser du “ cabinet Laurier ; c’est pour cela que j'ai fait une “enquête sur le compte de M. Tarte.
Q.—“ N'avez-vous pas entendu quelques-uns des “ discours que M. Tart: a faits devant les électeurs “ durant la lutte qui a précédé le 23 juin ; n'avez-vous
‘“ pas applaudi ses discours ?
R.—“* Oui, je l’ai accompagné à Ste- Scholastique et “ à St-Jean, et j'ai applaudi ses discours.
Q.—" N'avez-vous pas dit que M. Tarte était un “ homme d’une grande énergie et qu’il était l'homme “ de l'avenir ?
R.—" Oui, je l'ai dit avant de faire mon enquête ; “ mais, après mon enquête, j'ai jugé qu'il n'était pas “ digne de rester dans le cabinet Laurier plus long- ‘ temps, et j'ai résolu de l’en chasser.
Q.-—“ C'est parce que vous étiez irrité contre lui que vous avez écrit l’article en question ?
R.—" C’est parce qu'il m'avait maltraité. ”
Voilà, Messieurs, en substance, la teneur de cette partie de son interrogatoire.
On y voit la haine et le dépit suinter de toute part,
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Avez-vous bien compris son langage, Messieurs ? Ce ne sont plus les chefs de partis qui dorénavant auront le droit de choisir leurs collègues ; ce n'est pas Sir Wilfrid Laurier qui devra former le ministère libéral et distribuer les portefeuilles, c’est Monsieur Grenier.
Voyez-vous d'ici ce Monsieur, dans les vastes bureaux de son importante publication La Libre Parole, qu'il vient de fonder avec un dollar et vingt-cinq centins dans son gousset, tenant conciliabule avec toutes les sommités du pays, afin de bien s'assurer si oui ou non Sir Wilfrid Laurier n'a pas commis une erreur capitale en choisissant l'honorable M. Tarte comme Ministre des Travaux Publics pour la Puissance du Canada ; j’entendez-vous décrétant dans sa sagesse que M. Tarte doit être chassé du cabinet ?
Et gardez-vous bien de rire de ce qui a dû se passer là : car, nous a dit l’accusé, c'était dans l'intérêt public qu'il agissait ; il fallait sauver le pays, Messieurs, et faire ouvrir les yeux à Sir Wilfrid Laurier qui, évideinment, ne connaissait pas le premier mot de la vie passée de son collègue. Il est bien vrai que l'honorable M. Tarte avait pendant vingt ans été l'adversaire politique de Sir Wilfrid Laurier ; il est bien vrai aussi que, pius tard, ils avaient tous deux préparé ensemble la chute de McGreevy et l’écrasement du parti conservateur ; mais qu'est-ce que cela prouve, du moment que Grenier n'avait pas encore tenu son enquête ? Evidemment, Sir Wilfrid Laurier ne connaissait rien du passé de son adversaire d'autrefois et de son collègue d’au-
scnrd'hui, et il fallait l’article de La Libre Farole pour
le iui faire connaître.
Nous allons l’examiner ensemble, cet article, Mes-
sieurs: et nous allons voir tout ce que la haine et le dépit d'une demi-douzaine de solliciteurs de place désanpointés et. de “ chanteurs ” déçus, dont l'accusé s'était constitué le chef responsable, ont pu inventer de faussetés odieuses, de calomnies atroces et de basses invectives, contre un homme honorable, un ministr- de la couronne, dont le seul crime est de ne pas avoii voulu céder à leurs tentatives d’extorsion et de “ chan :
Cet aruc::, ‘’sssieurs, constitue un libelle diffamatoire et criminel.
Qu'est-ce qu'un libelle criminel ?
“ C'est une chose publiée sans justification ou excuse “ légitime, de nature à nuire à la réputation de quel- “ qu’un en l’exposant à la haïne, au mépris et au ridi- “* cule.”
Voilà en quels termes notre loi définit le libelle.
Ce que la loi a voulu réprimer en punissant les insultenrs et les calomniateurs qui publient des libelles, c'est le recours à la violence de la part de la personne insultée. Elle dit au citoyen : “ Ne vous chargez pas de venger vous-mêmes vos injures. Ce n'est pas en vain que la main de la justice est armée d’un glaive. C'est elle, elle seule, qui doit punir le coupable et réhabiliter le nom et l’honneur de la personne diffamée. Allez déposer votre plainte devant la justice.”
Donc, chaque fois que par un écrit, une personne livre à la haine, au mépris ou au ridicule du public un de ses semblables, il y a libelle dans cet écrit ; et celui qui en est l’auteur ou qui l’a publié, est responsable devant les tribunaux criminels.
Or, voici l’article dont se plaint l'honorable M. Tarte,
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. Tarte.