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J'aurais voulu ne vous en lire que les parties les plus injustes ou les plus offensante: pour lui, mais presque chaque ligne contient ou une calomnie ou une injure ; je me vois donc forcé de vous le lire presqu’en entier,
Il est intitulé “M. Tarte” Pour abréger, je passe une partie du préambule et j'arrive de suite aux attaques dirigées contre l’honorable ministre des travaux publics :
“ Le vieux parti rouge, qui combat depuis tant “ d'années pour les réformes glorieusement inscrites à “ son drapeau et qui ont été l’objet de tant de sacritices, “a le chagrin de voir s'écrouler une à une ses espé- “ rances, de voir mentir aux principes les plus sacrés “ du libéralisme, pour retomber dans les trafics et “ les “ boodlages” qui font la honte et la ruine des “ règnes conservateurs.
“ Après tout, cela ne va pas mieux qu'avec les bleus, “ se disent avec douleur les anciens libéraux, et is ont “raison. Mais il importe aussi de dégager la cause “ des libéraux sincères de celle des spéculateurs poli- “ tiques qui mettent, sous tous les régimes, le trésor en “ coupe réglée, et que l’on trouve dans tous les gouver- “ nements, des transfuges et des saltimbanques qui se “ refont une virginité à l'ombre de noms honnêtes et “ respectables.
“ Le parti libéral a toujours été malheureusement “ la tetre bénie des produits de ce genre. Une longue “ période d'opposition l'a rendu défiant dans ses “ propres ressources et dans sa propre force, et l’a “ poussé à accepter trop facilement le concours d’ad- “ versaires qui ne cherchent qu'à trouver un marche- “ pied, après avoir usé tous les escaliers conservateurs,
“ Le scandaleux ascendant pris par M. Tarte, Joseph “ Israël, sur les chefs de notre parti est un exemple “ frappant de la faiblesse constitutive du parti et du “ profit immense que sait en tirer wn politicien et un “ sauteur.
“Que M. Tarte soit un vulgaire acrobate politique, ‘un traître et un vagabond de tous les partis, per- “ sonne ne le niera, et lui-même rit d’en être accusé ; “ car 4 a la fierté de tous les méfaits qu'il a commis “ dans sa longue carrière, où son nom est mélé à tous “ les mijuits et à toutes les hontes de tous Les temps et # de tous les régimes.
“ Que !: noin de Tarte soit synonyme de cynisme “ politique, de maquignonnage effréné, de “ boodlage ” “ sans nom, c'est ce que tout le monde admet.
“ Comment se fait-il donc que cet homme puisse “ contrôler un parti dont le chef est sans conteste # l’homme politique le plus irréprochable du Canada, “ l'honoreble Wilfrid Laurier, dont jamais la calomnie “ la plus audacieuse n’a même osé effleurer le nom ? “ C’est ce que nous ne comprenons pas. C’est ce qui “ nous navre, et ce que nous voulons faire cesser en “ mettant devant le public sous son vrai jour le Roi “ des carottiers, dont on a eu lu faiblesse de faire un “ ministre de la Couronne.
“ Pour exposer comme il convient le sidi de
cet homme, il n’est pas nécessaire de remonter'à ses “ débuts politiques entachés de duplicité, d’extorsion, “ de chantage et de pillage. Ses instincts le poussaient “ vers le parti conservateur, et ses hautes aptitudes “ dans tous les genres lui avaient donné dans ce “ milieu une importance qu'il sut mettre à profit pour
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“ vivre d’abord, pour préparer ensuite sa trahison. “ Quand il eut soutiré aux conservateurs tout l'argent “ qu'il était possible d'extirper à ses chefs peu scrupu- “ leux, lorsque son avidité insatiable eut fatigué jus- “ qu'au plus généreux, lorsqu'il vit la source de ses “ revenus se tarir, W prépara de longue main sa volte- “ face en mettant de côté les papiers de l'affaire “ McGreevy, papiers qui devaient lui faciliter l'en- “ trée dans le parti libéral.
“ Entre temps, il exerçait déjà ses facultés d’exploi- “ teur du coffre public, en prenant part aux opérations “ de Pacaud sur la caisse de la Province ; c’est l'épo- “ que des $2,000 de la Baie des Chaleurs, des 85,000 “ de Whelan, des 83,000 de Deme 's.
‘“ La débacle de Mercier obligea M. Tarte à tenter “ le grand coup qu'il ruminait, le coup de McGreevy, “ dont il se foit un piédestal, et dont on lui fait un “ titre de gloire quand on y regarde pas de trop près, “ mais dont les détails auraient dû rendre l’auteur “ suspect à ceux qu'il subjugue aujourd’hui.
“ M. Tarte a-t-il été trouver Laurier en homme, “ pour lui exposer sa découverte, lui livrer ses docu- “ mens, pour permettre une accusation complète ? “ Pas du tout.
“ Il n’a livré ses lettres que pièce à pièce, cela a pris “ deux ans pour tout avoir, et tout le temps, l’honnéte “ Tarte gardait en arrière un document intéressant “ pouvant tout arréter, dans l'espoir qu'on lui ferait ‘“ un signe et que les bleus le rappelleraient. Quand “il a vu qu'il se heurtait à un refus obstiné, alors “ seulement, il s’est jeté dans les bras des libéraux dont “ quelques-uns sont assez naïfs pour le traiter de sau- “ veur. ne à
“ En effet, n’était-il donc pas le complice des accu- “ gés ? N’a-t-il pas pendant des années reçu d’eux des “ fonds dont il connaissait la provenance et qu’il mani- “ pulait sans trouver alors qu'ils sentissent mauvais ?
“ Et pendant cette campagne que nous payons “ aujourd'hui si cher, qui donc faisait vivre M. Tarte, “ qui prétend que le parti libéral n’existerait pas sans “lui, qui, sinon ces mêmes vieux libéraux qu'il écla- “ bousse de son importance et qu'il met hors de son “ bureau comme de vulgaires laquais ?
“ Ce fut d’abord le Canadien, une carotte immense “ tirée aux rouges de Montréal, pour implanter dans “ notre sol ce produit légumineux d’origine québec- “ quoise, le Canadien, qui coûta des milliers de piastres “à nos chefs de Montréal. : Lorsque le journal fut “ tombé en faillite, M. Tarte employa mille dollars “ souscrits par le président de ‘“ La compagnie du « Canadien,” en vue de l'élection de l’Islet, afin de “ racheter pour ses fils le titre du Cultivateur, le seul “ bien de la faillite qui eût une valeur quelconque, ce “ qui a permis à sa famille de vivre au u dépens de ses “ victimes d'aujourd'hui.
“ Après ce coup de dent, il fallut encore nourrir “ M. Tarte et on organisa une souscription à l'hôtel « Riendeau dans l'intention de créer un fonds en vue « des élections futures. En un an, la famille Tarte eut “ tout avalé.
‘“ Mais on devait encore le faire vivre, paraîtil ; “ alors on organisa non pas une souscription mais une “ taxation sur tous les employés libéraux de l’Hôtel- “ de-Ville qui sustentèrent monsieur le ministre pen- “ dant quelques mois, |
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“ Les élections arrivaient, il lu: fallait un comté, on “ le lui fournit et il se fit battre.
“ Il lui fallait un ministère, on le lui donna, et on “ lui donna un comté par-dessus le marché.
“ Voilà l’homme qui affirme que les libéraux lui “ doivent tout, et qui veut les truiter en esclaves ; qui “ les insulte, les injurie, les envoie au diable et pré- “ tend tout faire à sa tête.
“ Il rudoie ses bienfaiteurs d'hier, ceux qui l'ont “ aidé de toute façon dans ses récentes élections.
“ Aujourd'hui nous montrons seulement le dessus “ du panier. Demain nous en laisserons voir le fond : “ ce sera édifiant.
“ Le parti verra à quel monstre d’ingratitude il a “ affaire.
“ Allons, nous devons mettre un terme à cela. Nous “ ne laisserons pas M. Tarte tripoter les places ni les “ contrats ; nous ne laisserons pas le parti s’exposer “ aux scandales qui l'ont ruiné à Québec et qui pré- “ ludent déjà avec plus de juiverie et moins de bonne “ franquette. Pacaud était poli au moins, s'il était “ boodler ” ; Tarte est “ boodler ” et de plus, il est gros- “ sier.
“ M. Tarte, en somme, est un vulgaire polisson dont “ une foule de vieux rouges ont reçu des injures qu'ilg “ ont décidé de ne plus subir à l'avenir.
“ Les nominations absolument renversantes de con- “ servateurs récemment convertis que vient de faire “ le gouvernement, tandis que tant de bons libéraux “attendent la récompense de leur légitimes services, “et l’attendront longtemps, puisque M. Tarte semble “inscrire sur la porte du ministère des Travaux
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“ Publics, “ No liberal need apply,” vont, nous l'espé- “ rons, ouvrir les yeux des chefs et leur montrer la “ nécessité de mettre un terme au scandale.
“ Il y a crise dans le parti, et M. Tarte en est l’au- “ teur, le vrai coupable. Il veut tout, tout, absolu- “ ment tout. .
“ Le pouvoir, c'est lui. Au diable ! les autres.
“ Le parti libéral à Montréal est aujourd'hui com- “ plètement désorganisé par l'œuvre de cet homme “ néfaste, et les colères s’amoncellent non pas seule- “* ment contre Tarte, mais contre ceux qui le protége- “ ront et le couvriront.
“ Il importe qu’un remède soit apporté, et immédia- “ ment. :
“ Le remède et le seul à appliquer consiste à mettre “ dehors M. Tarte, et pour cela il n’y a pas grand “ chose à faire.,
“ M. Tarte est en faillite et n’a jamais été relevé de “ sa faillite. Un banqueroutier peut-il gérer les affaires “ de Sa Majesté ?
“ Et s'il fallait une autre: raison, voici une lettre “ que l’on nous communique et qui montre bien que “ l'ère du ‘“ boodlage ” a commencé dans le ministère “ des travaux publics. Nous en publions le texte, en “ supprimant le nom de celui du signataire et du des- “ tinataire ; mais nous avons la lettre en poche, et “ nous les ferons connaître s’il le faut :
2 Sept. 1896.
Cher Monsieur,
J'ai reçu du département des Travaux Publics à Ottawa, une lettre m'informant que vous avez sou-
Les ON
missionné pour la fourniture de........ aux édifices publics de........
Mais, comme votre soumission est la même que celle d'une autre maison, ils m'écrivent pour me demander à qui l’on doit donner le contrat,
Je vous écris aujourd’hui pour savoir ce que vous avez l'intention de faire pour moi en cette matière.
J'attendrai votre réponse.
‘ Business is business as you know.”
Respectueusement à vous,
“ N'avions-nous pas le droit de dire qu’il n’était que “ temps de jeter dehors le Roi des carottiers.”