JE PARS EN MANCEUVRES
En ce qui concerne la phrase finale du bordereau : « Je vais partir en manœuvres », il y a lieu de remarquer que, d'habitude, les officiers stagiaires assistaient aux manœuvres d'automne , mais qu exceptionnellement , le 27 acfCki 1894, on leur annonça que, cette année, ils n'iraient pas à ces manœuvres. L'auteur du bordereau^ dans Tignorance où il était encore de celte circonstance, a pu croire qu'il participerait aux manœuvres et l'écrire. Cela révèle encore fue ce doeunient peut émaner d'un stagiaire.
Je regarde cette démonstration sur l'auteur du bordereau comme étant une des plus importantes pour en faire décou- XTir la personnalité.
Or, Esterhazy est allé aux manœuvres du mois d'août et Dreyfus n*a jamais dû y aller. La note annonçant aux stagiaires qu'ils n'y iraient pas est du 17 mai, et elle est signée de Boisdeffre.
Elle prescrit que, désormais, les stagiaires d'Etat-Major, au lieu d'aller aux manœuvres d'automne, feront un stage de trois mois dans le corps de troupe. Les périodes affectées à ces stages, dit-elle, seront fixées pour les stagiaires de première année, de juillet à octobre, et, pour les stagiaires de deuxième année, d'octobre à janvier.
La mémoire de Picquart l'avait bien servi quand, rappelant que Dreyfus a pris part à un voyage d'Etat-Major en juin, il ne pouvait, en vertu des disposition^ générales prises pour les stagiaires, annoncer qu'il cillait « partir en manœuvres », en admettant que cette phrase fît partie de son vocabulaire.
Je ne crois pas, jusqu'à preuve contraire, qu'il ait été jamais question de prendre des dispositions spéciales pour les stagiaires de 2® année et de les faire aller aux manœuvres pendant le temps où ils étaient au ministère. Pour ceux de la série de Dreyfus, cela aurait diminué d'une façon trop sensible la période déjà très courte de trois mois qu'ils avaient à passer au 3" bureau.
Dans les documents de la Cour de cassation il est prouvé que Dreyfus, pour repousser cette hypothèse, invoqua la circulaire du général de Boisdef fre.
L'accusation et le Conseil de guerre abandonnèrent alors la date d'août indiquée par du Paty de Clam et, reprenant celle d'avril, ils décidèrent que la phrase : « Je pars en manœuvres » s'appliquait au voyage d'Etat-Major que Dreyfus devait faire et accomplit, en effet, au mois de juin. L'accusation ne consentit pas à faire droit à la demande de l'accusé qui réclamait la production de la circulaire du général de Boisdeffre.
Le Progrès militaire et la Revue du Cercle militaire ont reproduit, en avril 1894, une circulaire datée du 18 de ce mois, sur la réduction du stage jderEtat-major. O^oirle Siècle du 16 mai 1899).