‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 104 sur 162 · II. — Les experts de V Etat-Major · texte numérisé non relu

II. — Les experts de V Etat-Major

Les experts en écritures se divisent en deux groupes. A la tête des experts de lIÈtat-Major se trouve Tineffable Alphonse Bertillon, avec son sou, sa loupe à pied, le kutschique, la preuve matérielle résultant du mot « renseignements, )> qui se retourne contre lui comme le prouve la note suivante de J. Héricourt.

Dans la déposition de M. Bertillon, je lis une phrase parfaitement claire et intelligible disant : « J'arrive à la preuve matérielle qui me semble la plus convaincante, celle qui a formé ma conviction personnelle : je veux parler des mots

y l'Écriture du bordereau 191

quelques renseignements qui figurent sur la ligne 3 du bordereau. »

Par des raisonnements que je ne suis pas arrivé à comprendre, M. BertiUon attribue ces mots au capitaine Dreyfus imitant l'écriture de son frère Mathieu.

Par un hasard extraordinaire j'ai sous les yeux une lettre d'Esterhazy contenant trois fois le mot renseignemenis.

Cette lettre est d'une écriture plus rapide que celle du bordereau. Chaque fois le mot renseignement y est abarégé vers la fin.

Et cependant ces trois mots présentent, avec celui du bordereau, une analogie telle que leur comparaison suffirait presque à elle seule à faire attribuer à Esterhazy le bordereau tout entier.

Dans le fac-similé du MatiUj reproduit assez grossièrement dans le Figaro d'hier, la fin du mot renseignements présente une lacune.

Il serait bien intéressant de comparer les trois mots renseignements de la lettre qui est entre mes mains avec le mot renseignements j tel qu'il figure sur le bordereau ou sur les photographies que M. BertiUon en a faîtes.

Il convient d'insister sur ce point, puisque dans sa déposîticm M. BertiUon déclare que les mots quelques renseignements ont formé sa conviction personnelle, et qu'il y a vu la preuve matérielle la plus convaincante de la culpabilité de Dreyfus.

Puis vient le. vertneux Teyson»ières, expert rayé au tribunal civil de la Seine, et qui ne nie point avoir commnniqué le lac-similé du bordereau au Matin. Nous ne saurions lui en vouloir pour le service qu'il a rendu involontairement à la cause de la justice.

Nous avons Belhomme, Couart et Varînard, dont les expertises correspondent si bien à cette lettre d'Esterhazy :

Dois-je demander comme Tézenas le voulait, une expertise avec l'écriture Dreyfus ç^irepœiler du décalque^ Belhomme est un idiot : il n'y a qu'aie regarder. Dois-je exi-

ger la contre-expertise Bertillon? Tous ces gens-là vont m'assassîner. Ne peut-on cependant démontrer à Ravary et aux experts que je n'ai pu écrire les termes de la grande lettre Boulancy ? Si ces experts concluent que le bordereau est de moi, il m'est impossible pour ma défense de ne pas m*efforcer de prouver que c'est Dreyfus qui est l'auteur du bordereau. Comprenez donc bien que « si vous êtes véritablement les maîtres de Vinstruction et des experts^ je ne puis que m'en rapporter absolument à vous, mais que si cela vous échappe comme je le crains, je suis dans l'obligation absolue de démontrer que le bordereau est calqué par Dreyfxts sur mon écriture. »

Esterhazy avait tort de craindre. Ses protecteurs étaient « véritablement les maîtres de rinstruction et des experts ». Belhomme, Couard et Varinard se chargèrent de démontrer que Dreyfus s'était donné la peine de calquer le bordereau sur récriture d'Esterhazy.

Devant la Cour de cassation, ils ne disent pas cependant « tout le bordereau », Belhomme dit : « quatre mots » : Couart dit : « quatre ou cinq mots ». Varinard, lui, ne dit rien. Il s'en réfère à son rapport.

Esterhazy, dans le groupe des deux s met le premier court et le second long, ce qui est très rare dans les écritures françaises. Varinard répond triomphalement :

Je crois qu'il y a une imitation voulue de la forme que donne à cette double lettre le commandant Esterhazy.

Les experi^s de FEtat-Major et les officiers et les généraux que nous avons entendus ont recours aux mêmes procédés. Aucune invraisemblance ne les choque. Ils cherchent le compliqué et l'impossible : et quand ils sont poussés à bout, ils se dérobent et gardent le silence. Ils invoquaient devant la Cour d'assises «le secret professionnel », comme Guénée. Devant la Cour de

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