VI. — Le voyage en Suisse
Le rapport indiquant que l'attaché militaire E. (?) se serait rendu en Suisse sans autorisation spéciale. A. (Schwarzkoppen) l'aurait su et s'en serait plaint au 2^ bureau.
Picquart ajoute :
Comme on avait su le départ de E , au 2" bureau, par le service des renseignements, celui-ci en a induit que A. Schwarzkoppen avait été averti par son ami du 2* bureau.
Je crois bien que le renseignement avait été donné à notre service de renseignements par la personne honorable dont il a été parlé dans le témoignage de Henry et transmis par l'agent Guénée. Ce serait un fait à vérifier.
En tous cas, je suis presque certain que Guénée a fait un rapporta ce sujet.
J'estime que A. a pu être averti d'une façon bien plus simple, les agents étrangers ayant entre eux des relations suivies pour qu'un départ soit imiûédiatement, connu.
Je crois, d'ailleurs, me souvenir que E. était particulièrement lié avec A., ce qui rendrait l'information rapide de A. absolument naturelle.
Si c'eût été un agent secret du 2« bureau qui eût averti A., il paraîtrait extraordinaire que A. fût venu montrer
immédiatement au 2' bureau qu'il avait ce renseignement.
Cette dernière phrase prouve évidemment que cette pièce ne regarde pas Dreyfus.
Mais ces pièces sont-elles bien celles qui ont été communiquées aux juges du Conseil de guerre?
Sur ce point la réponse de Picquart ne laisse aucun doute :
Le heut. -colonel Picquart. — D'ïibord ces pièces se trouvaient bien dans le pli que Gribelin m'a remis lorsque je lui ai dit : « Donnez-moi le petit dossier qui a été communiqué aux juges de l'affaire Dreyfus. »
Il se trouvait, il est vrai, avec ces pièces sept ou huit autres documents qui n'étaient pas, comme celles-ci, joints au commentaire ; mais ces pièces avaient l'air d'un rebut, elles avaient moins * d'importance que les autres ; il s'y trouvait deux ou trois photographies de la pièc€ « Ce canaille de D... »
J'€^ ai conclu que ces dernières ne formïdent que le rebut du dossier et n'avaient pas été communiquées aux juges.
D'ailleurs, le général de Boisdeffre et le général Gonse ne m'ont fait aucune objection quand je leur ai montré les pièces jointes au commentaire en leur disa,nt :
Je vous prie d'examiner les pièces qui ont été montrées aux juges ; vous verrez qu'elles ne peuvent s'appliquer à Dreyfus,
Et ils ont regardé ces pièces avec moi, comme étant des pièces communiquées aux juges.
Le commentaire accompagnait ces pièces.
Je l'ai remis, avec toutes les autres pièces, au général Gonse, quand il m'a redemandé le dossier secret, vers la fin d'octobre 1896.
De Boisdeffre et Gonse ne paraissent pas surpris lorsque Picquart leur expose que ces pièces ne pouvaient s'appliquer à Dreyfus. — Alors on se serait trompé ! dit
Gonse avec placidité. Et il a fait, depuis, tout le nécessaire pour qu'on ne se détrompe pas.