‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 124 sur 162 · VI. — Uatelier de Puteaux et Dreyfus · texte numérisé non relu

VI. — Uatelier de Puteaux et Dreyfus

Relativement à ces habitudes signaléesdéjà dans le rapport de d'Ormescheville, voici ce que dit M. le chef d'escadron d'artillerie Ducros, qui a déposé devant la Chambre criminelle. Le Figaro présente cet officier supérieur à ses lecteurs de la manière suivante :

M. le commandant Ducros, dont nous publions aujourd'hui la déposition devant la Cour de cassation, commande un groupe indépendant de batterie d'artillerie à la Fère. Il est le fils du préfet Ducros qui remplaça, dans les conditions d'héroïsme que l'on sait, M. de L'Espée, assassiné à Saint-Etienne pendant la Commune, et devint « l'inoubliable » préfet du Rhône.

Le commandant Ducros est ancien élève des jésuites et ami particulier du R. P Du Lac.

Alfred Dreyfus lui avait été présenté, quand il était lieutenant aux batteries de TEcole militaire ; depuis ils s'étaient rencontrés un certain nombre de fois. Un jour, au Bois de Boulogne, chevauchant botte à botte, Dreyfus lui raconta qu'un professeur d'artillerie à l'Ecole de guerre avait fait une conférence sur les recherches nouvelles de l'artillerie.

Un des sujets de cette conférence, dit le commandant Ducros, était Texposé des travaux sur l'artillerie de campagne auxquels je me livrais à ce moment à l'atelier de Puteaux, parallèlement avec le colonel Déport. Rencontrant Dreyfus au Bois de Boulogne, quelques jours après je lui offris de compléter les renseignements de la conférence, pour lui permettre de corser le travail qu'il avait à faire à cette occasion et pour me permettre^ à moi-même, de reprendre un peu mes propres idées.

Comme j'étais très occupé, j'engageai Dreyfus à venir me voir à l'heure du déjeuner ; nous pourrions causer ensemble à table ; je pourrais lui faire visiter Vatelier et le mettre un peu au courant de tout ce qui se faisait.

Cette offre, que j'eus l'occasion de faire d'ailleurs à d'autres camarades, ne fut pas acceptée par Dreyfus qui ne vint jamais voir Vatelier de Puteaux, qui ne chercha jamais à me voir avec une insistance quelconque et que je ne rencontrais jamais qu'en passant, soit au Bois de Boulogne à cheval, soit sur les boulevards.

Or, il faut savoir que l'atelier de Puteaux que dirigeait le commandant Ducros est le réceptacle de tou,tes les nouveautés de l'artillerie. C'est là que' les appareils de précision sont fabriqués, essayés, mis à point. L'espion qui pourrait s'y introduire ne manquerait pas de faire payer très cher les renseignements qu'il surpren- • drait. Gomment se fait-il que Dreyfus n'ait jamais cherché à profiter des invitations du commandant Du-

cros '1 II était très curieu^, disent 'ses accusateurs ; c'est là un (le leurs arguments lavons.; en acceptant l'invitation du commandant Ducros, il avait à la fois l'occasion de satisfaire sa propre curiosité et cette avidité que M. le général Roget a rappelée dans sa déposition.

L'explication qu'on peut donner de l'abstention de Dreyfus est bien simple ; tout entier à ses études d'Etat- Major, il n'avait pas le loisir de s'occuper de questions d'artillerie. Ce n'est pas parce qu'elles ne l'intéressaient plus, mais parce qu'il travaillait avec acharnement dans un autre ordre d'idées.

Plus tard, Dreyfus donna au commandant Ducros la primeur d'une traduction d'un ouvrage allemand intitulé :1e Canon de V Avenir, traduction que lui avait demandée l'autorité militaire. Nouvelle invitation à venir déjeuner à Puteaux dont Dreyfus ne profite pas.

Voici le récit de la dernière conversation que le commandant Ducros eut avec le condamné.

Enfin, peu de temps avant son arrestation, autant que je puisse m'en souvenir, j'eus avec lui, avenue de l'Opéra, la conversation suivante :

Dreyfus, à qui je demandai ce qu'il faisait, me dit qu'il était à l'Etat-Major de l'armée ; que, grâce à sa connaissance de l'allemand, qu'il parlait comme le français, il avait pu, rapprochant tous les documents qui existaient à cette époque au ministère, reconstituer l'obus allemand dont le détail était encore inconnu à ce moment, et dont on ne savait qu'une chose, c'est qu'il produisait beaucoup de fumée en éclatant.

Il me dit que ce projectile était constitué comme suit : une enveloppe en acier conj^enant des balles en plomb par couches régulières, dans les interstices des balles, une composition fumigère sur laquelle on n'était pas encore complètement fixé ; divers indices permettaient de croire qu'il y entrait beaucoup de phosphore amorphe, l'ouverture du projectile était obtenue par l'inflammation d'une très petite

quantité de poudre ordinaire, cette poudre était disposée sous forme d'un cône allongé dont la petite basé reposait sur le culot du projectile.

Je lui demandai sll y avait d'autres nouveautés, il me dit qu'il lie connaissait pas autre chose, et notre conversation en resta là.

Je ne l'ai pas revu depuis.

Dreyfus paraissait donc plus préoccupé de ses documents sur l'artillerie allemande que sur l'artillerie française.

Le général Roget déclare que Dreyfus avait' pu avoir en 1893 (j'in^agine et pas en 1892) des plans directeurs. Donc, conclut le général Roget... — Eh ! non, il ne conclut pas, il suggère la conclusion et aussitôt il parle d^une pièce saisie, en janvier 1894, qui doit être « le brouillon d'un rapport adressé à un gouvernement étranger >>.

C'est le brouillon commençant par les mots : « Doute, preuve ». Il a fait porter les quatre pièces du dossier secret (V. liv. III, chap. I, § 3). Picquart a prouvé qu'il ne pouvait s'appliquer à Dreyfus.

Le général Roget revient aussi sur la pièce « canaille de D<.. y> mais avec un certain détachement : car Henry a déclaré lui-même qu'elle ne s'appUquait pas à Dreyfus.

Le général Roget parle d'une autre pièce :

Il y a ensuite une pièce dans laquelle B (Panizzardi) dit à A (Schwarzkoppen) qu'i7 va recevoir V organisation militaire des chemins de fer français.

Cette pièce peut désigner Dreyfus parce que Dreyfus avait été stagiaire au quatrième bureau de l'Etat-Major général de l'armée dans le semestre précédent (deuxième se-

mestre 1893), qu'il était stagiaire au réseau de TEst, le plus important de tous, puisque tous les mouvements de concentration aboutissent sur ce réseau, et parce qu'on avait fait aux stagiaires, dans ce semestre (au mois de décembre), des conférences sur l'organisation militaire des chemins de fer, conférences auxquelles je présidai.

Des esprits critiques trouveront peut-être que ce ne sont pas là des raisons péremptoires.

Le général Roget exhibe ensuite une pièce que nous connaissons déjà (Voir Revision du P. Z)., C. de cassât,, p, 111) :

Je viens encore d'écrire au colonel Davignon.

Elle a fait partie du dossier secret (V. liv. in, eh. I, § 4).

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