‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 130 sur 162 · II. — La pièce Dr ei fus-Bois · texte numérisé non relu

II. — La pièce Dr ei fus-Bois

Du V^^ juillet au 16 novembre 1896, il n'est entré aucune pièce concernant Dreyfus au bureau des renseigne-

ments : le faux Henry fut remis directement à Gonse le 1*' novembre.

Le président demande, lors de la déposition de Picquart, le 1®' décembre 1898, s'il n'a pas souvenir d'une pièce qui serait arrivée au ministère de la guerre, toujours par la voie ordinaire, au mois d'octobre 1895, et qui commencerait par ces mots : « Dreyfus (écrit avec un i) Bois... y>

Le lieutenant-colonel Picquart, — On n'a pas parlé de cette pièce, ceci, j'en suis certain, lorsqu'en 1896 la question de la culpabilité de Dreyfus a été soulevée avec mes chefs et avec le commandant Henry.

La pièce a été exhibée par Roget. Nous n'en connaissons pas encore le texte allemand. Mais il est évident qu'il ne peut s'agir que du canevas d'un compte rendu du dîner de Mirecourt.

Quoique le texte ne se retrouve pas dans la déposition de Picquart, je le reproduis ainsi qu'une explication très simple à laquelle il a donné lieu.

Pour démontrer matériellement l'authenticité du bordereau, et implicitement la duplicité de l'attaché militaire allemand, le général Roget a produit devant la Cour la pièce suivante :

Dreifus Bois,., (une déchirure où se trouverait la fin du mot).

Je ne peux pas ici.,, (une déchirure oii se trouveraient deux mots courts).

La pièce est arrivée entre les mains de Vattache militaire ou du grand Etat Major à B. Ce que je puis assurer verbalement, c'est qu'elle est réellement airivée entre, les mains des attachés militaires et qu'elle a fait ensuite retour au bureau des ren^ seignements.

Berger Constantinople Bogoluboff. — Discours, — Je porte lia toast chaleureux à la réunion des drapeaux franco-russes

258 ANALYSE DE l'eNQLKTE

sur le prochain champ de bataille, — Rrffiment n** 128. — GioranninelU, Saussier, de yêf/rier, Hervé.

19^ corps, recrutement des zouaves.

6" corps bis — écarté cette année.

Je ne comprends pas pourquoi on est Si circonspect. — B. officiers russes.

Telle est la traduction donnée. L'original débute évidemment comme suit :

Dreifus Bois.

Ich kann nicht hier... das sfiick, etc.

— Se référant à la traduction ci-dessus, le général Roget a dfi la commenter ainsi : Schwarzkoppen, en réponse à une demande de son gouvernement, dit qu'il ne peut Oixpliquer ici comment le bordereau est arrivé, mais affirme qu'il est réellement i)an'enu aux attachés militaires.

Cette version soulève de nombreuses objections : le délîut de la note ne se rapporte pas à ce qui suit ; la note semble avoir été composée en deux fois. — Il est parlé de Swarzkoppen h la troisième personne. — On ne s'explique pas le doute contenu dans la troisième phrase (l'attaché militaire ou le grand Etat-Major, ni le mot Bois...

Il me semble plus plausible que Ion se trouve en présence d'un rapport de Schwarzkoppen, qui raconte tout ce qu'il a vu, entendu ou appris, sans doute au dîner de Mirecourt 180o,

n débute par certains propos attribués au général de Boisdeffre. La note se lit ainsi :

(Quant à) Dreyfus, Boisdeffre (a déclaré) : Je ne puis à ce sujet dire si la pièce (Ich kann nicht hieriiber sageh obdas stiick) est arrivée entre les mains de l'attaché militaire ou du grand Etat-Major à Berlin, Ce que je puis affirmer, etc.

Cette version explique : 1° L'unité de la note.

2** La différence de rédaction entre les simples notes

prises en style télégraphique et les paroles rapportées textuellement (epr. le toast).

3* L'emploi de la troisième personne en parlant de Schwarzkoppen (l'attaché militaire).

4° Le doute contenu dans le troisième membre de phrase.

5° Le mot « Bois... », la lettre B, les deux mots courts qui manquent.

Le général Roget conclut que cette pièce est probante contre Dreyfus. Mais quelle est valeur de cette pièce I Qui nous en assure l'authenticité ? Et enfin si elle prouve contre Dreyfus, pourquoi ne prouverait-elle pas contre Boisdeffre ?

C'est toujours l'acte d'accusation fait sur des pièces secrètes, d'origine mystérieuse à l'aide desquelles on essaye de justifier a posterioH une condamnation, parce qu'on trouve sans doute que les preuves antérieures sont insuffisantes. C'est ce mobile qui a poussé Henry à faire son faux, Cavaignac à s'en servir et c'est ce même mobile qui dirige toute la déposition du général Roget.

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