‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 132 sur 162 · IV. — Le voyage à Bruxelies · texte numérisé non relu

IV. — Le voyage à Bruxelies

Cette invention du général Roget tout-à-fait digne de l'imagination de du Paty de Clam vient d'une assertion de M. d'Ocagne. « Son ancien » de l'Ecole Polytechnique, Lonquety, lui avait raconté qu'il avait rencontré Dreyfus à Bruxelles, quelque temps avant son arrestation, à la Taverne Royale, galerie Saint-Hubert, et qu' « après avoir échangé quelques mots avec lui, il était parti » .

M. Lonquety est entendu. Il ne peut fixer l'époque où il croit avoir rencontré Dreyfus dans ce restaurant, un des plus fréquentés de Bruxelles : et, contrairement à l'affirmation de M. d'Ocagne, il dit :

Je ne me souviens pas de lui avoir parlé, et nous sommes restés à distance Vun de Vautre. Il était36ul, et sa présence ne m'a inspiré aucune réflexion particulière.

Voilà une déposition qui perd singulièrement delà précision que lui avait donnée M. d'Ocagne. Il est arrivé à tout le monde de prendre une personne pour une

autre, surtout si elle ne Ta pas vue depuis longtemps et si elle ne la voit qu'à distance.

Le capitaine Guignet, lui, avait dit :

Je sais que des rapports ont été faits directement à M. Cavaignac, ministre de la guerre, par des personnes qui avaient rencontré Dreyfus à Bruxelles.

Je ne connais pas suffisamment ces rapports verbaux...

Cependant, c'est sur cette rencontre très douteuse que le général Roget aA^ait construit toute une hypothèse :

Il n'est pas sûr que le bordereau ait été remis à Paris.., un voyage de Dreyfus à Bruxelles est établi (!!) par un témoin très honorable que je connais, M. Lonquéty.

Le président posa alors la question suivante au général Roget :

Dans le cas où le bordereau aurait été envoyé dans un autre centre d'espionnage, ne faudrait- il pas nécessairement admettre qu'il a été renvoyé à Paris, où il a été saisi ?

Dreyfus allant porter le bordereau à Bruxelles pour que Schwarzkoppen le rapportât à Paris, afin de le faire * saisir et de le livrer aux espions français : voilà ce qu'imagine le général Roget.

Auguste Comte a formulé ce principe de méthode : construire toujours l'hypothèse la plus simple d'après l'ensemble des renseignements obtenus.

Il est si juste, que la complication des hypothèses est un des symptômes les plus caractéristiques de la folie. A en juger par sa conception des pérégrinations du bordereau, le général Roget ne serait pas seulement sur le

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chemin de la Ilaute-Cour i>our cause de surdité dans la caserne de Reuilly, mais il serait encore sur le chemin d'une maison d'aliénés.

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