‹ Affaire Dreyfus: Analyse de l'enquêteChapitre 143 sur 162 · II. — Za question d'argent · texte numérisé non relu

II. — Za question d'argent

Le lieutenant colonel Piequart avait demandé à la chambre criminelle d'entendre Tagent Guénée : il a été entendu deux fois le 18 janvier et le 27 janvier.

Dans sa première déposition, après avoir dit qu'il n'avait jamais entendu parler de Dreyfus avant son arrestation, il affirme que Dreyfus était « joueur, fréquentait les tripots et avait des relations intimes avec plusieurs femmes du demi-monde » ; et il insiste beaucoup sur une femme Bodson, chez laquelle « d'après les déclarations d'autres femmes qu'il ne peut nommer, un commandant allemand dont il ignore le nom se serait rencontré avec Dreyfus à plusieurs reprises )> . Il y aurait eu même une scène entre les deux ; ce commandant lui aurait reproché d'être trop exigeant et aurait menacé de le perdre.

Et Guénée conclut : « Le mobile de l'acte de trahison est, d'après mon avis, le besoin d'argent )>.

Voilà des affirmations.

Voici les preuves.

Le président, relativement à la scène qui aurait eu lieu entre le commandant allemand et Dreyfus, demande à Guénée :

Pouvez-vous nous faire connaître d'oîi vous vient cette information et comment il serait possible de la contrôler?

Pouvez-vous nous citer des noms de personnes qui pourraient appuyer de leurs déclarations celles que vous avez faites ? '

M. Guénée, — Je ne puis citer aucun nom.

J'ai été mis au courant de cette scène par des racontars, par des dires de personnes, soit françaises, soit étrangères, qui fréquentaient chez cette femme, c'est-à-dire la Bodson.

290 ANALYSE DE L'eNOL'ÊTE

Je ne saurais vous citer aacime personne pouvant étayer de sa déposition ma déclaration.

Le président. — Vous nous avez déclaré qu'après Tarresiation de Dreyfus vous vous étiez rendu compte que certains renseignements que vous aviez été mis à même de fournir au bureau des renseignements se rapporteraient à Dreyfus.

Quels sont ces renseignements et quelle en était la source?

^f. Guénée, — Ces renseignements pouvaient aussi bien se rapporter à Dreyfus quà un autre ; mais comme seul Dreyfus était inculpé, tout retombait sur lui. « C'était la tête de Turc. •

Le président. — Par quelle voie avez-vous su que Dreyfus fréquentait le Betting-Club, le cercle Washington, le New- Club et le cercle des Capucines ?

M. Guénée. — C'était un bruit qui courait parmi les habitués des tripots qui fréquentent les cafés des boulevards et les grands bars.

Le président. — Avez-vous pu vérifier vous-même si Dreyfus fréquentait ces établissements ?

iW. Guénée. — Non, monsieur, mais je puis vous dire que le jour de la première audience du Conseil de guerre, en ^ i89i, comme je me rendais compte de la physionomie de la foule qui se tenait aux portes, j*ai aperçu le sommelier du Betting-Club, qui était connu sous le nom de Joseph.

C'est là une preuve. Cependant le président ne la trouve pas suffisante. Il continue.

Le président. — Avez-vous su, au cours de vos investigations, si Dreyfus engageait au jeu des sommes importantes et s'il a fait, dans l'un des cercles sus-désîgnés, une perte notable.

M. Guénée, — Non, monsieur.

Voilà de solides preuves à coup sûr. Cependant d*Ormescheville en a fait état dans son rapport : et nous avons entendu le général Rogct répéter ces racontars*

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